LA COLUMBIA
enfants nous couperons les arbres d'abord dans l'Orégon, ensuite dans le territoire de Washington, et à la fin dans la Colombie britannique, une nouvelle forêt aura poussé sur nos derrières, et ce sera à recommencer. »
Encadré de bas coteaux boisés, la Columbia, ès large près de son embouchure, le parait plus qu'elle ne l'est en réalité. Ce qu'on voit est d’une douce et grandiose monotonie : des pins qui forment un rideau uni vert foncé, l’eau jaunâtre et trouble du fleuve, pendant que nous le remontions, un ciel bleu pâle. Des lumières et des ombres également pàles, venant je ne sais d’où, répandaient tour à tour des elartés et des ténèbres sur cette vaste nappe d’eau qu'aucune voile, aucun canot n'animait. Pas trace de village ou de maisons. Seulement, à de grandes distances, des débarcadères à l’usage des bûücherons, qui v embarquent leur bois. Plus on remonte, plus les rivages s’abaissent, mais la forêt continue. Au-dessus des têtes d'arbres, pointent à de grandes distances des cônes volcaniques tout couverts de neige et à cette heure tout ensoleillés. Ce sont les géants du nord : le mont Hélène, le mont Adams et, le plus élevé, le mont Hood.
1. Ces pies ont, dans l'ordre indiqué, 9000, 11000 et 13 000 pieds d’élévation au-dessus de la mer,
Après six heures de navigation, notre paquebot entre dans la Williamette, affluent de la Columbia, et gagne peu agrès le port de Portland, capitale de l’Orégon.
Plus on converse avec les Américains, plus on apprend à apprécier leur tournure d'esprit, si différente de la nôtre. Cela s'explique par la manière dont leur esprit est faconné. Ils commencent par la vie pratique et finissent par la théorie. Nous procédons de la manière inverse. L'école nous prépare pour la vie. Lei la grande école est la vie. Je ne veux pas dire que les enfants ne recoivent pas une instruction fort bonne; cela m'est confirmé de tous côtés. Mais la vraie, la haute école des jeunes Américains est la pratique et l'expérience.
A San-Francisco j'entre dans un bureau de télégraphe. Une demoiselle, mise avec recherche, prend mon message, le lit et me dit « Vienne? Vienne? où est cet endroit? » Quoique profondément humilié et frappé au cœur en ma qualité de Viennois, je dissimule mon dépit et je lui réponds que c’est la capitale de l'Autriche. « Autriche? dit-elle, où est l'Autriche? » Cependant cette jeune fille, dont je me flatte d’avoir
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