‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme]Chapitre 156 sur 175 · LES INTERVIEWS · texte numérisé non relu

LES INTERVIEWS

enrichi les connaissances géographiques, semble se tirer d'affaire à merveille, et, à en juger par le mien, les télégrammes qui passent par ses mains arrivent à destination. En Europe les employés de cette branche du service publie commencent par étudier la géographie, après quot ils passent au télégraphe. Tei c’est l'inverse, et l'Amérique s’en trouve bien.

Autre exemple. Dans une grande ville, un très jeune homme, sans se faire annoncer, pénètre chez moi. Il se présente comme un des rédaceurs d'un des grands journaux et me demande une entrevue pour m'adresser un petit nombre de questions. En voici quelques-unes. Je cite textuellement. « Quelles sont les lois de succession dans le duché de Brunswick? Depuis quand Brunswick fait1l partie du royaume allemand? Quelles sont les relations des princes allemands entre eux? Quelles étaient-elles avant la formation du nouvel empire? Veuillez aussi me donner des informations exactes sur le Pape, sur ses défauts et ses qualités, et sur tous les cardinaux et autres membres du concile, Que pensez-vous de l’empereur Napoléon IF? Comment aurait-il dû, selon vous, gouverner la France? et quelles sont les fautes commises par ses généraux dans la guerre avec les Allemands”? Racontez-moi aussi quelques historiettes de sa vie

intime? Des anecdotes, l'histoire secrète enfin des Tuileries. Nos abonnés sont assez friands de ce genre de lecture. » Je restait ébahi, stupéfait, anéanti. Enfin, reprenant l'usage de la parole, je lui répondis : « Vous n'étonnez moins par l'excès de votre indiscrétion, que je comprends, que par l'énormité de votre ignorance sur des matières que vous traitez tous les jours dans votre journal. Vous n'avez done jamais rien lu, ni rien étudié? » — «Non, monsieur », répondit mon interlocuteur sans trahir le moindre dépit de la brusque franchise de ma réponse ; « non, du moins pas assez. Comment pourrais-je lire, puisque je passe mon temps à écrire? Ce n’est pas dans les livres que nous autres journalistes recueillons nos informations, c’est par la conversation avec des gens qui savent ce que nous ignorons. » — C'est à peu près la réponse que me fit, il y a deux ans, dans une grande capitale de l'Amérique du Sud, un jeune journaliste de talent.

« Avez-vous étudié à l’université? demandai-je à ce caballero. — Non, monsieur. L'université

n'est fréquentée que par ceux qui comptent se

faire avocats. Pour nous autres cela ne vaudrait pas la peine. Nous appartenons à un pays nouveau : nous devons improviser les hommes. Nous commençons la vie publique très jeunes. Le ré-

afin de péle, par ds.

des ans lu, dit épit on, ire, ’est

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PORTLAND. 495 dacteur de notre journal a vingt-huit ans. Il est notre aîné, J'en ai vingt-quatre. Nos collaborateurs sont plus jeunes. En notre qualité de jour-

nalistes nous devons apprendre quelque chose

sur toutes sortes de matières, puisque nous sommes appelés tous les jours à tout juger, tout et tous, todo y todos. Vous comprenez que nous n'avons pas le temps de suivre les cours de l'université. »

Portland’, la métropole du Nord-Ouest Pacifique, est une très jolie petite ville et le centre d'une grande activité commerciale, Un juif polonais de Künigsberg en Prusse, qui tient ici boutique depuis vingt-cinq ans, c'est-à-dire depuis que la ville existe, m'ouvre son cœur. « Les grands négociants, me ditl, ne laissent pas parvenir les petits. Et puis, les Chinois! Ah! ces terribles Chinois! On a beau leur tenir la dragée haute, ïls font toujours d'excellentes affaires. Ils sont plus forts que nous. »

Les fils du Ciel, ici moins perséceutés qu'en Californie, forment un élément important de la population. Ils construisent eux-mèmes leurs

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