CANADA
Suit une promenade à travers le pays le plus paisible, du moins en apparence, le plus charmant, quoique, sauf les rapides du Saint-Laurent, le moins émouvant que j'aie vu, Me voilà au Canada, D'abord sur le lac Ontario, dont les rives plates pointent à peine sur l'horizon, puis le Saint-Laurent avec ses « mille îles ». Elles vous transportent par la pensée aux lacs de Suède dont vous retrouvez ici les petits rochers, les rideaux de sapins, les villas et maisonnettes de plaisance en bois peint. Ettoutes ces villes : Toronto, Montréal, Québec : Toronto à la physionomie anglaise ; Montréal, avec sa ville haute riche en églises et en arbres, avec sa ville basse qui est restée française et où on lit, au-dessus des boutiques, des noms fréquents au temps de Louis XIV, mais devenus rares de nos jours ; Québec enfin, la ville aux souvenirs glorieux, la ville militaire par excellence, dont le château domine le fleuve, qui ici est vraiment magnifique.
Ce qui frappe dars toutes ces villes, en dehors de la physionomie française d'une grande partie de leurs habitants, c’est un air de prospérité, de sécurité et de calme. Des affaires oui, de l’animation oui, mais pas trop. Pas de course au clocher pour faire fortune. Sous ce rapport le contraste est frappant avec les villes d'Amérique. Quel bonheur de ne pas être obligé d'aller de l'avant,
to go ahead. Comme on serait distancé par les Yankees si l’on devenait américain ! Aussi restons ce que nous sommes. C’est ce que tout le monde m'a dit, Canadiens français aussibien qu'anglais. Leur loyalisme est intéressé et par conséquent solide.
J'ai fait pendant mon court séjour à Toronto, à Prescott, à Montréal et à Québec de fort agréables connaissances. Dans la dernière de ces villes j'ai eu la bonne fortune de rencontrer le vice-roi, Lord Lansdowne, avec sa famille, alors en tournée, Quelle agréable existence que celle du représentant d'une souveraine adorée, vivant dans une atmosphère rarement troublée où l’on
un pays où les parties en traineaux aux flambeaux raccourcissent les longues nuits d'hiver, où la chasse et la pêche, abondantes comme nulle part, rompent en été la monotonie de la saison morte !
Et comme les Canadiens sont attachés à leur SOU! Un haut fonctionnaire de sang français me
1. Depuis ma visite, la rébellion du métis Riel à interrompu cette vie idyllique du monde officiel et offert aux Canadiens l'occasion de témoigner, malgré certaines sympathies de race pour les insurgés mi-sang français, de leur union entre eux et de leur capacité à se défendre sans avoir recours aux forces de la métropole,
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