BOSTON
de variété dans l'architecture, mais l'harmonie du coloris lui donne du charme. L’étang du jardin public est sillonné de barques chargées de femmes et d'enfants. Une mécanique cachée dans l'intérieur de cygnes de dimension colossale les met en mouvement. C’est tout ce qu'il y a de plus baroque et de moins américain.
De l’autre côté du pare est le quartier d'affaires. Une foule de femmes mises avec recherche se pressent dans la rue Washington, où se trouvent les boutiques les mieux achalandées. Il est quatre heures, c'est-à-dire l'heure élégante. On ne voit que le beau sexe : à pied, en omnibus, en tramway. Et comme ces ladies ont l'air indépendant! Indépendant, oui, mais non émancipé. Seulement elles se sentent et se savent le chefd'œuvre de la création.
Beaucoup de librairies. En général cette Athènes de l'Amérique porte sur son front l’empreinte du raffinement des mœurs et de la culture de l'esprit.
New-York a grandi depuis mes visites en 1870 et en 1871. Le nombre de ses habitants, d’un million qu'il était, a augmenté de 20 pour 100. Mais c'est la morte saison, et, si dans les quar-
tiers d'affaires l'animation continue, dans les
rues élégantes les stores baissés des fenêtres témoignent de l'absence des maitres. Le grand monde est à New-Port, les nouveaux riches à Saratoga ou dans d’autres places d'eaux. Mais peu seulement ont risqué le voyage en Europe. No Europa going cette année-ci. Le choléra effraye les touristes et dépeuple les paquebots, d'ordinaire surchargés de passagers dans cette saison.
Le pont suspendu qui relie Brooklyn à New- York est une merveille. En le traversant en chemin de fer, on peut, si l’on veut, se donner l'émotion de contempler à travers les rails les pointes de mât des bâtiments qui passent au-dessous. Cette construction colossale, dont les deux piliers auxquels le pont est attaché dépassent les plus hautes flèches d'église, a coûté trente-quatre millions de dollars.
Est-ce l'effet de l'air excessivement sec, ou de la surexcitation des nerfs, conséquence naturelle de cette vie d’affaires, véritable course au clocher, qui donne aux habitants cette apparence de mouvement fébrile qui frappe l'étranger? On dirait qu'ils ont horreur du repos. Un Américain m'a dit: « Chacun de nous veut arriver le premier. Vous marchez, nous courons dans le senlier de la vie. C’est pour cela que nous arrivons plus vite à la fin de la route. »
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