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américains, australiens aux antipodes. Dans ces grands milieux ils renoncent à leur nationalité
politiquement, mais, moralement et intellectuel-
lement, ils la conservent. Dans les autres parties du monde transocéanique, le colon allemand se trouvait pour ainsi dire suspendu en Pair. Il manquait d'une protection nécessaire et la demandait à son pays. C'est ce qui explique la politique coloniale que le gouvernement allemand vient d'inaugurer sur une si grande échelle.
La première impression qu'elle produisit en Angleterre, surtout dans les régions officielles, fut celle de la surprise avec un mélange d'humeur. Si mes informations sont exactes, il n’en était pas ainsi dans les colonies. En Australie, il est vrai, redoublèrent les cris demandant des annexions dans le Pacifique, mais, à part quelques jalousies et rivalités individuelles déjà existantes, et qui se produisent souvent entre émiorés de même origine, l'harmonie entre colons britanniques et allemands n’a pas été troublée un instant. C’est que sur les lieux et quand on à sous les yeux la tâche immense qui reste à accomplir, on comprend mieux qu'en Europe qu'il y a encore de la place pour les uns et pour les autres. C'est le côté brillant de la colonisation d'avenir. Mais les ombres ne font pas défaut. J'entends parler de l'élément chinoi. .
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La dernière guerre de l'Angleterre et de la France contre la Chine est, à mes yeux, un événement d'une portée incalculable, non à cause des lauriers faciles cueillis par les armées des alliés, mais parce qu'elle a détruit la vraie, la grande muraille chinoise, celle qui avait, depuis la nuit des temps, séparé quatre cents millions d'ûmes du reste du genre humain. Et c'est précisément ce qu'on avait en vue : on voulait ouvrir la Chine aux Européens; mais c’est aux Chinois qu'on à ouvert le monde, Le nombre des voyageurs blancs dans l'Empire du Milieu a-t-il beaucoup augmenté depuis 1860? Je ne Le pense pas. En dehors des résidents des ports libres, personne ne s’y rend, si ce n'est, comme par le passé, des missionnaires, des sœurs de charité et quelques rares explorateurs. Mais les Chinois se sont précipités par les portes ouvertes de leur prison. Svitant jusqu'à présent les pays fort peuplés, et recherchant de préférence les contrées moins habitées, ils inondent, depuis vingt ans, les trois quarts du globe. Eux aussi, à leur manière, sont des colons. Fort bien doué, mais, dans les sphères de la vie intellectuelle, inférieur à l'homme de race caucasienne, actif et sobre à l'excès, négociant-né et, comme tel, d'une probité proverbiale, excellent cultivateur, jardinier hors ligne, cuisinier de premier ordre, légal de
tout le monde en ce qui concerne Île travail manuel, le Chinois attaque le blane partout où il le rencontre. Non par la force, il est vrai, mais avec les armes du travail et de la frugalité, il l’arrète, il le vaine, il l'évince. Le secret de ses succès est facile à pénétrer, Grâce à ses qualités, à sa constitution physique et à ses habitudes, il lui est possible de tout faire à moitié prix, tout, dans les limites que j'ai indiquées. Jetons un regard sur ses conquêtes, qui sont toutes d’une date fort récente, et ici je citerai seulement des faits que j'ai pu constater moimème sur les lieux. En 1871 tout le commerce anglais avec la Chine était entre les mains de trois grandes maisons anglaises et d’une maison américaine établies à Hong-Kong et à Shangaï, et de plusieurs négociants anglais et allemands de
moindre importance dans les autres treaty-ports
(ports ouverts aux étrangers). Des marchands, également anglais, allemands, américains, seraient d'intermédiaires entre ces maisons et des marchands indigènes dont le rôle se bornait à répartir dans l’intérieur les marchandises importées du dehors. La maison américaine possédait vingt steamers qui entretenaient les communications entre les ports libres du Yang-tsé et des côtes. Aujourd'hui le nombre des maisons étrangères est fort réduit, et tout le commerce inter-
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médiaire a passé aux mains des Chinois. Les vapeurs américains ont été achetés par des compagnies indigènes. Les échanges commerciaux de l’Empire du Milieu avec l'Angleterre sont restés les mêmes, On les chiffre toujours à quarante-deux millions de livres sterling, mais la majeure partie des profits est encaissée par des négociants chinois.
A Macao, occupé par les Portugais depuis près de quatre cents ans, le principal quartier de la ville se distingue par Le grand nombre et la magnificence relative de ses palais, dont plusieurs datent du seizième siècle. De tout temps il était interdit aux Chinois d'y construire des maisons. Cette défense a été maintenue jusqu’à ce jour, mais beaucoup de ces palais ont été achetés et sont habités par des Chinois.
J'ai parlé dans mon journal des proportions colossales que l'immigration de race jaune a prises à Singapour et dans les pays de terre ferme situés au sud de la Birmanie.
Aux iles Sandwich, comme on a vu, les Chinois sont devenus un élément avec lequel on doit compter.
Je n'ai pas visité les îles Gilbert, un des groupes importants du Sud-Pacifique, ni les ports de la côte occidentale de l'Amérique du Sud, mais, par des documents officiels allemands, je
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vois qu'une maison chinoise exerce le monopole du commerce dans l'archipel que je viens de nommer, et j'ai eu sous les yeux des correspondances diplomatiques qui portent à deux cent mille les Chinois immigrés au Chili et au Pérou pendant les vingt dernières années, chiffre énorme quand on le compare avec le nombre peu considérable des populations blanches de ces pays. Mais c’est aux États-Unis et en Australie, surtout dans les États pacifiques de l'Union améri- ‘aine, que élément jaune à pris de grands développements, et nulle part plus grands qu’en Californie. On sait que la législature de cet Etat a voté, il y a quelques années, une loi qui défend l'immigration chinoise pendant une durée de dix ans. De leur côté, les ouvriers blancs se défendent, comme ils peuvent, non en admettant, ce qu'ils ne veulent et ne pourraient pas, une réduction du prix de la main-d'œuvre, qui serait cependant le seul remède efficace, mais en employant la force contre les intrus. Les rixes sanglantes sont à l’ordre du jour. Tout dernièrement, dans un des États de l'Ouest, des travailleurs chinois ont él6é massacrés en masse avant l’arrivée sur la scène du carnage des troupes envoytes à leur secours. Et quel est l'effet de ces actes de violence populaire, de ces actes législatifs aussi
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Chinois gagnent du terrain. Voyons ce qui se passe à San-Francisco, la grande, la florissante métropole du s/ope pacifique : au point de vue de l'importance commerciale, sije ne me trompe, la troisième ville des États-Unis. La fabrication des cigares forme une des principales branches de l'industrie californienne. Dans ies fabriques, des ouvriers blanes et des ouvriers jaunes traaillaient eûte à côte. L'automne dernier, Îles Chinois, se mettant en grève, demandèrent le renvoi de leurs confrères blancs, et les propriéaires, s'excusant devant l'opinion publique sur l'impossibilité de trouver des ouvriers de notre couleur au même prix que les ouvriers jaunes, s'exécutèrent en congédiant les blanes. Les Chinois leur dictent la loi et ils la subissent !
Un journal de cette ville‘ dit : « Les Chinois ne se contentent pas de partager avec nous une de nos branches d'industrie, ils la demandent tout entière pour eux seuls. Après s'être approprié la fabrication des cigares, ils essayeront d'en faire autant pour la confection des chaussures et des habits, el nos fabricants se verront contraints à renvoyer leurs ouvriers blanes, hommes et femmes, » Dans cet article, fort curieux sous plus d'un rapport, les menaces alternent avee des cris