A TRAVERS LE DÉSERT
d'invention des Européens, qui ont remplacé le cheval par le feu, qu'il se passera la fantaisie d'un chemin de fer.
Le pays que nous traversons n'est pas encore un désert de Libye. Il le sera tantôt. En attendant, on voit encore des arbrisseaux épineux, des touffes d'herbe desséchée, enfin les traces d'une végétation, toujours pauvre, et à lheure qu'il est brûlée par le soleil et saupoudrée de sable. L'air est see et frais. Avant d'arriver au premier relais, nous perdons un cheval, foudroyé par un coup de soleil. Nous passons par deux villages formant de petites oasis. Des temples et des murs d'enceinte délabrés leur donnent la couleur locale de linde. Le peu d'hommes que nous rencontrons sur notre chemin animent un paysage sévère, grandiose, et ennobli par de vastes horizons. Nous dépassons quelques cavaliers assis sur leurs chameaux. Jei c’est un noble, un thakour. Son domestique, accroupi derrière lui, tient la chibouque du maître. Là un marchand précède une douzaine de chameaux attachés à la file, après une longue corde. Les voyageurs doublent Le pas, car le soleil baisse, el à huit heures du soir les portes sont fermées.
A quinze milles de distance, le but de notre voyage, le fort de Jodhpour, apparait à l'ho-
rizon, assis sur la plate-forme légèrement inelinée
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d'un roc isolé. Nos chevaux s'épuisent en efforts pour trainer ce lourd véhicule dont les roues s'enfoncent dans le sable. Le soleil est près de se coucher, Des lucurs d’albâtre violacé baignent le désert et le ciel, sur lequel se détache la silhouette noire du château. Laissant à notre droite la résidence du maharaja et le palais d'été encore inachevé dont il a lui-même dessiné les plans, nous pénétrons dans l'intérieur de la ville, vers sept heures du soir, par la jolie porte du sud-ouest, dite des Soldats.
L'Inde est un livre de contes de fées. Mais ici, aux merveilles qu'il vous offre, vient s'ajouter le charme du nouveau. Jodhpour’, avec ses quatre cents temples, avec ses nombreux petits palais de thakours, de vrais bijoux d'architecture hindoue, tous bâtis en grès rose, avec les maisonnettes blanches du peuple, moins riches que pittoresques, qui, en s'étageant les unes au-dessus des autres, envahissent les bases du roc, Jodhpour offre un aspect étrange, fantastique et complètement distinct de ee qu’on voit dans d’autres villes de Ta péninsule. À chaque pas les vues changent, et, comme nous n'avançons que fort lentement, j'ai le temps de jouir de ce spectacle unique, magnifiquement éclairé par la