LE JARDIN DE SHALIMAR
maison de Paris vient de faire de grandes commandes.
Le célèbre jardin dit Shalimar de Shah-Jehan se trouve à une petite distance de la ville. Nous nous y rendons dans une voiture tirée à quatre chameaux; chacun est monté par un palefrenier vètu de la livrée écarlate de l’impératrice. C'est la première fois que je vois le navire du désert servir d'attelage. Cet équipage fantastique va fort bien au milieu où je me trouve.
On dit que Shah-Jehan a voulu imiter les jardins de Cachemire ; mais Shalimar a évidemment été dessiné par des artistes arabes. Dans les carrés formés par des sentiers qui se croisent à angle droit, se pressent, en entrelaçant leurs branches touffues, des manguiers, des liguiers, des orangers géants, plus que deux fois séculaires. Au centre un vaste étang est ceint d'une bordure blanche. Trottoirs, escaliers, balustrades, ponts et kiosques, tout est construit en marbre, et ee marbre a conservé la blancheur de la neige. Quel ensemble! De l’eau, de l'ombre, de la fraicheur! Sur la surface de l’étang, les reflets de la végétation et de la pierre. Au-dessus, la voûte, poussière d’or, du ciel de l'Inde.