DES NOTABILITÉS INDIGÈNES
prochement des esprits et une transformation des mœurs. C’est dans cet ordre d'idées qu'il a adressé des invitations à diner à plusieurs personnages considérables de ses provinces, réunis en ce moment à Allahabad. Trois de ces messieurs ont accepté. Ce sont deux mahométans et un riche raja hindou. Seulement, cet Hindou s'est fait protestant pour pouvoir épouser une femme de sa race qui s'était convertie au christianisme. Les quatre autres notables Hindous, restés Hindous, se sont excusés pour le diner. S’asseoir à la même table que des chrétiens! Pour qui nous prenezvous? Impossible. Cependant ils ont promis de venir après le repas.
Le diner s'est passé fort bien, sauf une concession faite à la couleur locale, que j'ai regrettée : les dames de la maison n'y ont pas paru. Dans mon for intérieur j'en ai voulu aux deux mahométans et à l’ex-Hindou. Ce dernier, homme charmant, conteur spirituel, rieur, manie fort bien la langue anglaise. Les deux convives mahométans gardaient un maintien plein de dignité mêlée d’un peu d'embarras. Après le diner parurent les quatre Hindous, pour quelques instants seulement. Leurs beaux et riches costumes tranchaient agréablement sur le blanc et le noir des gentlemen. Mais, quoique les deux races se coudoient depuis plus de cent ans sur les chemins
de la vie, du champ de bataille au dourbar et du dourbar au champde bataille, Anglais et Indiens semblaient embarrassés de se rencontrer dans un
salon.
Mes ecauseries avec Sir Alfred Lyall pendant mon court séjour à Allahabad, malgré la diversité denospoints de départen certaines matières, me laisseront des souvenirs ineffaçables, et c'est avec grand regret que je me sépare du gouverneur des provinces du nord-ouest.
Bénares. — Quatre heures après avoir quitté Allahabad, le train s'arrête sur la rive droite du Grange, en face de la ville la plus sainte du monde, en ce sens que sa sainteté remonte à la nuit des temps. Pendant huit cents ans Bénarès à été le centre du bouddhisme, Ce fut au cinquième siècle de notre ère qu'elle retourna à l'ancienne foi des Hindous.
La voiture et des domestiques du commissaire m attendent à la gare. Nous traversons un mesquin pont flottant tout encombré de chars attelés de bœufs, qui se bousculent entre des garde-fous
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