‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme]Chapitre 8 sur 175 · LES TOURS DU SILENCE · texte numérisé non relu

LES TOURS DU SILENCE

sert de repaire, s'abattent sur le haut d’une des tours, et, en serrant leurs rangs, la ceignent d'une couronne noire. Aussitôt le silence se rétablit, Immobiles, leurs plumes immondes hérissées, ces hideux oiseaux attendent leur proie. Elle ne tarde pas à arriver : un petit convoi débouche par la porte de l'enceinte. C’est le corps d'un Parsis porté par des parents ou amis. Deux hommes barbus qui le jetteront aux vautours marchent derrière la bière. D'autres coreligionnaires vêtus de blanc les suivent. On s’arrète devant deux chiens sacrés, dont la mission semble ètre de constater l'identité des trépassés. Les deux hommes barbus portent le mort dans l’enceinte de la tour, où nul n’est admis, sauf eux. Les oiseaux se précipitent sur le cadavre et le dévorent. En moins d’une demi-heure ils ont accompli leur œuvre et, bien repus, ils s’envolent : les os seuls sont restés. Les deux hommes barbus les jettent dans un trou au centre de la tour ; là le temps les convertira en poussière.

Un voyageur de la fin du dix-septième siècle a expliqué cette singulière forme de sépulture par la vénération des adeptes de Zoroastre pour les éléments : ils tàächent de les préserver du contact des cadavres, qui les souilleraient.

Les Parsis sont des hommes bien faits, pour la plupart de haute taille, avec le nez aquilin,

les yeux en amande, le regard grave, pénétrant, réfléchi et le profil aryen. Leur coiffure et l’ampleur de leurs vêtements rappellent, comme leurs traits, le pays d'où ils sont venus et dont ils ont pris et conservé le nom : la Perse. De toutes les races qui habitent la péninsule Gangétique, c’est la leur qui, par l'éducation, le savoir, la connaissance des pays étrangers et le goût des voyages, s’est le plus rapprochée des Européens. Sous ce rapport, la différence entre les Parsis et les Hindous est frappante. Beaucoup d’entre eux parlent anglais. Plus d’une fois, en me promenant seul dans les quartiers indigènes, il m'est arrivé de demander mon chemin, en anglais, à des Parsis. Sachant la langue, ils ont toujours pu me renseigner. [ls sont presque tous marchands ou artisans, et le grand mouvement des affaires multiplie leurs relations personnelles avec les Anglais. Et cependant un abime les en sépare. La civilisation européenne a pu polir la surface, mais elle n’a pas pénétré au delà. Elle n'a pas transformé l’homme. Ils s'inclinent encore aujourd'hui devant les éléments, comme ils faisaient il y a des milliers d'années.

Le contact d’un mort est une souillure. Ces deux hommes barbus eux-mêmes, les êtres les plus abjects de leur communauté dans l’opinion des Parsis, portent des gants, Ce n’est

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