‹ A travers l'Empire britannique (1883-1884) [microforme]Chapitre 87 sur 175 · PONDICHÉRY · texte numérisé non relu

PONDICHÉRY

Et quel monde se presse sous ces voûtes de feuillage ! Des hommes ou tout nus, sauf un pagne minuscule, ou habillés de rose ou de blanc.

Des femmes en grand nombre. Personne ne semble affairé. Pourquoi le seraient-ils? C’est un peuple de promeneurs.

Le temple de Ventnore, petit bijou du genre sud-indien, mérite sa réputation. En revenant, je visite la fameuse Maison d’or, jadis palais d’un raja fort en faveur à la cour de France, aujourd'hui habité par des gens pauvres. Mais ce qui reste de l’ancienne splendeur vous récompense amplement de la peine d’être venu. La cour, Renaissance âge d’or, est en petit le cortile du palais Massimo delle Colonne. Dans les appartements, de belles boiseries sculptées dans le goût du pays et de magnifiques balustrades en fer envoyées de France. Le lit, richement orné, de mème provenance, serait à sa place dans une certaine chambre de Pompéi.

J'ai passé les heures chaudes de la journée chez le gouverneur, M. Drouet, qui m'a comblé d'amabilités. Lui et les secrétaires sont de l’île de la Réunion, et l'atmosphère qu'on respire dans cette habitation officielle appartient à un autre monde, à un monde créole mais essentiellement français.

Enfin le 7ïbre jette l’ancre devant Colombo,

où j'ai le plaisir de rencontrer le gouverneur, Sir Arthur Gordon, que j'avais manqué à ma première visite.

Suivent quatre jours passés à Colpetti dans une villa de M. Schultze, gérant du consulat d’Autriche. C’est bien l’île de Ceylan. A droite et à gauche, à perte de vue, la falaise panachée de cocotiers et battue toute l’année par les vagues d’un océan qui ne connaît pas de terres d'ici aux glaces du pôle antarctique. Plût au ciel qu'elles eussent été plus rapprochées, ces glaces! Je n'ai jamais éprouvé une chaleur plus accablante.

Ici se termine mon voyage dans l'Inde. Le livre des Mille et une nuits se ferme pour moi. Restent les souvenirs.

Le 9 avril, le Shannon, de la compagnieP.0., arrive d'Europe. Le même jour dans l’aprèsmidi, départ pour l'Australie.

Personne n'attend de moi un exposé complet ou un examen approfondi des différentes questions indo-britanniques. Non seulement cette tâche dépasserait mes forces, mais elle me ferait sortir des limites que je me suis imposées en n’admet-

Page 1