ETAT ACTUEL
avaient à se considérer non plus comme des
ensionnaires, mais comme des colons.
Le gouverneur de la Nouvelle-Galles fut nommé gouverneur de l'île, qui, cependant, ne fut pas annexée aux colonies australiennes. En vertu d'une constitution que le gouvernement anglais lui a octroyée, elle jouit, sauf certaines restrictions, d’une parfaite autonomie’. Mais la
1. Le gouverneur qui réside à Sydney est tenu de visiter Norfolk-[sland une fois pendant la durée de ses fonctions de gouverneur de la Nouvelle-Galles, Une assemblée populaire, où siège tout individu mâle qui a dépassé l'âge de 25 ans, se réunit quatre fois par an. Les projets de loi qu'elle vote doivent être soumis à la sanction du gouverneur, Le président de l'assemblée, élu pour la durée d’un an, est en même temps agistrat, administrateur et juge de première instance, Dans les cas, fort rares, de délits graves, le magistrat intervient comme juge d'instruction, Les dépositions des témoins sont envoyées au gouverneur, qui nomme une cour @d hoc. La seule infraction aux lois, et elle assez fréquente, c'est la chasse en temps prohibé. Le coupable paye une amende de 5 shillings et n'a garde de se laisser attraper une seconde fois, Il n’y a pas d'impôt, sauf une petite souscription obligatoire de 15 shillings par famille, donnant par an 58 livres sterling, Cette somme est employée à payer le médecin de la communauté, dont les gages s'élèvent à 150 livres, Le surplus est fourni par le Island fond, alimenté par la vente, très peu considérable, des terrains de l'Etat et par de petites redevances, résultats des transactions avec les baleiniers qui, parfois, relâchent ici pour faire de l'eau et acheter des provisions,
Les principaux besoins de la communauté se réduisent à la conservation des routes, de l'église et de l’école, On y pourvoit par des corvées, chaque homme, sans exception,
curieuse en ce sens qu'elle est contraire à tous les prin-
charte de donation contient une clause
cipes de la colonisation moderne, surtout à ceux de la politique coloniale anglaise. En assurant aux habitants de l'île de Norfolk l'usufruit exclusif de ce territoire, elle les isole du reste du monde, Ils avaient insisté sur ce point et ils l'ont obtenu. Aucun étranger ne peut s'établir dans leur ile, rendue ainsi inaccessible par la loi autant que par la nature. Une seule exception à été faite en faveur de la mission mélanésienne, où sont élevés environ cent cinquante enfants recueillis dans différents groupes de !à Mélanésie. Cet établissement, qui se trouvait à Auckland, a été transféré ici, les jeunes sauvages nés dans les régions équatoriales étant hors d'état de supporter le climat comparativement rude de la Nouvelle-Zélande. On me dit qu'il est dirigé admirablement par l'évêque (anglican), docteur Selvyne, malheureusement absent en ce moment. La mission est placée au centre de l’île et sans aucun contact avec les habitants.
Maintenant, quel est le résultat de cette séquestration volontaire? Nous allons le voir de nos yeux.
étant tenu à travailler pendant trois jours et demi tous les six mois. Rien de plus simple ni de plus patriarcal,
Ce sité ( Nobl et mc trop ot su très f sur € des 1 habit petits aujo Bou
nace
resté hutte pren très c'est rado leur sim} sans cou] chat tent ten san,
Ce n'est pas sans un mouvement de vive curiosité que, pilotés par le magistrat, M. Francis Nobbs, qui est venu à bord, le capitaine Bridge
et moi nous quittons l'£spiègle, traversons sans
trop de difficulté la barre et débarquons sains et saufs au milieu du concours des habitants, très friands de voir des étrangers. Nous flänons sur des chemins raboteux, entre des potagers et des maisonnettes plus ou moins délabrées, où habitaient autrefois les gardes-chiourmes et les petits employés du bagne, et où demeurent aujourd'hui les descendants de l'‘quipage du Bounty. Quand une de ces vieilles masures menace ruine, les propriétaires, plutôt que de la restaurer, cherchent un refuge dans ‘ne autre hutte un peu plus solide et la partagent avec les premiers occupants. Ce n'est ni très propre ni très sain, mais, au point de vue des insulaires, c’est commode. L'ile de Norfolk est lEldorado du laisser-aller. Les habitants négligent leur personne ainsi que leurs vêtements, très simples mais strictement européens, fort ràpés sans tomber en loques; ils se promènent beaucoup à pied ou montés sur leurs chevaux de charrue, ne sont jamais pressés et semblent conlents, insouciants, un peu endormis, Medium tenuere beati. Le mélange des deux sangs, du sang anglais et du sang polynésien, principale-
ue meme © vom 0.
En
ment taitien, a donné un caractère particulier à
ces insulaires, qui ont le teint blanc ou ohvätre.
les cheveux roux ou noirs, à moins que les deux types ne se confondent dans le même individu. On voit des hommes bien faits et des femmes pas absolument laides, mais tous ces visages sont défigurés par la grande bouche aux lèvres charnues et sensuelles du sauvage. Ils ont l'air de sens bien élevés et parlent l'anglais correctement en trainant un peu les voyelles, ce qui est particulier, me dit-on, aux langues polynésiennes. Le magistrat nous mène dans la maisonnette de son père, M. Nobbs, l’ancien chef de la colonie de Pitcairn. Nous trouvons cet octogénaire au parlour, assis dans un fauteuil près de la cheminée, et occupé à lire. [nous recoit avec politesse, échange quelques paroles avec nous, el retourne à sa lecture. Quelque petite qu'ait été sa sphère d'action, il y a occupé la première place et il lui en reste quelque chose. Madame Nobbs, sa femme, à l'extérieur d’une Taïtienne presque pur-sang. Leur fille, qui peut avoir environ cinquante ans, nous fait les honneurs de la maison avec l’aisance d’une femme du monde. Le petit parlour est meublé avee une certaine recherche. Des photographies suspendues aux parois, au milieu une grande table ronde sur laquelle on à étalé des albums et quelques illus-
lier à rûtre, deux vidu.
*$ pas sont charur de ‘ment parties.
nette lonie re au chepoliis, el it été nière lame enne r en- 'S de nde.
aine aux sul Ilus-
rations de l’année dernière. Des chaises de Vienne, austrian chairs, que j'ai rencontrées sous tous les cieux, complètent le mobilier, Comparativement, l’ensemble de cet intérieur a je ne sais quoi de distingué, un certain air de cour. Tout est relatif en ce bas monde.
Le capitaine Bridge retourne à son bord et m'abandonne à l'hospitalité du magistrat, qui nous assure que demain matin le temps ne mettra aucun obstacle à mon embarquement. 1 me cède son cheval, s'empare de mon petit sac et suit à pied. Le docteur de la communauté, un médecin anglais établi iei depuis quelques années, monté sur un bon poney, nous rejoint et, au moment où le soleil disparait, nous nous mettons en route vers la maison du magistrat, située dans l'intérieur de l'île, Nous avons quatre milles à parcourir ; mais, quoique les chemins, fort négligés, soient défoncés par les dernières pluies, quoique les chevaux glissent à chaque pas, et, quand ils cherchent le gazon, Ss'enfoncent dans des bourbiers ou trébuchent sur des racines d'arbres, le temps passe vite et agréablement, Je pose des questions, et mes deux compagnons y répondent chacun à son point de vue. Rien n’est plus instructif pour le voyageur que ce genre de discussion entre gens du pays. La route, montant plus qu'elle ne descend, gravit de raides Il — 19
collines, se précipite dans de profonds ravins, traverse des pâturages, pénètre dans la forêt, dont les arbres exhalent à cette heure des parfums délicieux. A la lueur incertaine du crépuscule nous voyons briller sur le fond noir des pins de Norfolk les pommes d'or des Hespérides, les fruits de citronniers gigantesques que les déportés ont plantés 11 v a près d'un siècle, et que, grâce à l’incurie des habitants actuels, la forèt envahissante menace aujourd'hui d’étraneler dans ses étreintes. Cà et là une fougère arborescente dessine sur le ciel topaze les fins contours de son feuillage. De vieux chènes, de gros bouquets de rhododendrons, des guavas et toute sorte d’arbousiers donnent au paysage l'apparence d'un pare, mais d’un pare tel que la nature seule en sait dessiner,
Le médecin nous avait quittés et 1l faisait nuit close lorsque nous arrivâmes devant le guichet d'un enclos. Le magistrat émit à voix basse un son rauque : « Cou-i! cou-1! » C'est le cri de ralliement des sauvages polynésiens. Un petit garçon, que je pris pour un valet de ferme, mais qui est un des fils de mon hôte, apparut aussitôt, ouvrit la porte et emmena le cheval.
Nous trouvämes la famille réunie au salon Mrs. Nobbs, belle femme aux traits polynésiens, trois filles de douze à vingt ans et deux jeunes
ins, rût, Jar JuSdes spéque cle, s, la ''anère fins de IS ef sage
e la
nuit het un “alpetit ais tôt,
garçons. Le fils aîné, curé anglican dans le Queensland, et la fille ainée, maitresse d'école à Auckland, étaient absents. Les dames étaient proprement mais très simplement mises. Le magistrat, qui lisait ma pensée dans mes yeux, me dit : « Dans notre île nous sommes nos propres tailleurs. Quelquefois on nous envoie d’Auckland des modèles. Nous faisons tout nousmèmes. » Et il me montra ses mains calleuses. «Mais vous, magistrat, vous n'êtes pas tenu à faire la corvée? — Pendant sept jours de l’année je casse les pierres comme le premier venu. »
Sur la plage j'avais aperçu les patrons de deux baleiniers américains en partance pour le sud, L'un d'eux emmènera à Auckland un fils et une lille de M. Nobbs. « Est-ce pour longtemps que vous partez? leur demandai-je. — Pour plusieurs années, peut-être pour toujours. » J'étais surpris du peu d'émotion que cette séparation si longue et si imminente semblait causer dans la famille. Mais pourquoi s'en affliger aujourd'hui, puisque le départ n'aura lieu que demain? C'est le sublime de l’art de vivre au jour le jour. Je tächerai de m'approprier cette philosophie. Le pape Grégoire XIT disait que, pour vivre vieux, il fallait savoir ajourner les émotions pénibles. Le diner me parut fort bon, le vin me rappe-
PS de don PME MECS CLOS EE
PNR ne Eee
292 L'ILE DE NORFOIX.
lait les crus du Cap. Au dessert on servit des | oranges colossales, mais presque sans saveur. | J'apprends que les arbres qui les produisent et
qui ont été plantés par les déportés ont dégénéré |
faute de soins. On se prive ainsi d'un article d'exportation pour la Nouvelle-Calédonie, les
Français de cette colonie étant très friands d'oranges. Les maitres de la maison ont bien voulu me céder leur chambre et j'ai joui du bonheur de coucher dans un lit qui ne menaçait ( pas de me jeter par terre. Pas de roulis, pas de
langage, pas de pirouettes ! Pas de mugissement |
des vagues, mais la douce musique des conifères légèrement agités par la brise de la nuit.
28 mat. — J'avais manifesté lier l'intention
de me lever à sept heures. On s’est récrié contre
ce projet. C’est le soleil qui se lève à sept heures,
mais les hommes, quelle idée!
Je profite done d’une heure de solitude mati-
nale pour rassembler mes informations" et je ne
1. Jointes à celles que le capitaine et le médecin de l'Espiègle ont recueillies et qu'ils ont bien voulu me communiquer.
tre
"es,
atine
'Esani-