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gers réels où imaginaires que nous courons,
C'est une sorte de cotillon vertigineux dansé par les lames, Les hauts et les bas se succèdent avec rapidité. Tantôt, le lieutenant et moi, nous plongeons sur ia surface de cinq chapeaux luisants qui dérobent à notre vue ceux qui les porleut, tantôt nous n'apercevons que le dessous de cinq nez et de cinq mentons, et je me demande par quelle suspension surnaturelle des lois de la pesanteur ces cinq gaillards ne nous tombent pas sur la tête. Nous sommes au fond de l'abime, entre de sombres murailles mouvantes parsemées de diamants et de perles qui reflètent les lueurs blafardes d'un petit bout de ciel gris-topaze. Un instant après, nous voilà portés sur la crête écumante de la houle, et alors, d'un regard, nous embrassons un horizon immense : l'océan et le ciel et les rochers rougeûtres de l’île Philippe, sur lesquels se détachent, loin, fort loin, les contours gracieux de l'Espiègle, et près, hélas! tout près de nous encore, la jetée avec le groupe des insulaires. Immobiles comme des statues, enveloppés de leur otlskin, le sud-ouest enfoncé jusqu'aux sourcils, les mains appuyées sur leurs genoux légèrement ployés pour mieux résister aux rafales, ils nous regardent, ils nous suivent, ils nous dévorent des yeux.