‹ A travers l'Espagne: lettres de voyageChapitre 13 sur 38 · DE-CI DE-LA · texte numérisé non relu

DE-CI DE-LA

L'AIaméda. — Un mendiaDt linguiste. — La cathédrale. — La chapelle royale et ses tombeaux. — Jeanne la Folle et Saint François de Borgia. — Gotizalve de Cordotie et ses comptes. — Saint Jean'-de-Diea. — Sainte Thérèse.

L'Âlaméda est une promenade très vantée de G-renado Elle est spacieuse, plantée d'arbres, ornée de fleurs et de deux fontaines monumentales ; mais ce qui en double l'intérêt est d'y voir circuler la i)opulation, et d'en observer les curieux costumes.

Malheureusement nous y sommes assaillis -par les petits mendiants qui sont légion à Q-renade. L'un d'eux. pourtant à réussi à m'intéresser. Il était boiteux, et âgé de 9 à 10 ans ; il avait l'œil vif, la voix claire, ei il me poursuivait avec acharnement.

Je crttô l'embarrasser en lui disant: I dan't understand t/ou, speak engHsh.

— My dearsir, reprit-il, avec l'accent britannique, give me a penny, pray.

—Parlé frâiïiçais,;répliquai-je. i

— Paites-moi l'aumône d'un petit sou, mon bon monsieur, continua-t-il, sans hésiter.

Je fus non seulement attendri, mais charmé, et je m'exécutai^de bonne grâce.

— lOT —

Alors i! s'attachti à nos pas, paflatrt tantôt r^6pa,gnol, tantôt le français, et tantôt l'angolais. Nous ■ niontâmes en voiture pour nous rendre à la cathédrale, et nous lui dîmes adieu ; mais quand nous descendîmes à la porte de l'église, il y était déjà et nous attendait.

Il souleva la portière du vestibule, nous accompagna dans la cathédrale, nous fit ouvrir la chapelle royale et la sacristie, et nous donna même des renseignements et des explications qui ne manquaient pas d'exactitude.

La cathédrale est un édifice très imposant par ses vastes proportions. Les piliers des nefs, qui ressemblent à des tours, portent les voûtes à une hauteur immense, et se divisent au sommet en faisceaux de colonnes qui soutiennent des arcs puissants.

La façade extérieure du chœur est d'une grande richesse en marbres et en statues. Celles-ci ne sont pas peintes comme dans presque toutes les églises d'Espagne ; on leur a laissé la blancheur du marbre, sauf les yeux qui sont peints en noir comme des yeux andalous. Dans le fond du chœur, au-dessus de l'autel principal, et sur les grands panneaux encadrés par les pilastres se détachent six grandes peintures d'Alonzo Cano, l'un des grands artistes de l'Espagne.

Dans une des chapelles latérales, nous avons beaucoup admiré le rétable de l'autel ; c'est un bas- relief en marbre représentant l'archange Saint-Michel foudroyant Lucifer, une ceuvre magistrale de Berruguete.

Mais ce qui fait le principal intérêt de cette église c'est la chapelle royale contenant les tombeaux de Ferdinand et Isabelle, et ceux de Philipi>e I leur fils, et

de Jeanne la Folle. Ces mausolées sont de la plus grande beauté et enrichis de sculptures magnifiques. Sur un large catafalque de marbre, Ferdinand et Isabelle sont étendus avec les insignes de leur royauté, et semblent dormir dans la sérénité et le rayonnement de la gloire. Aux encoignures du catafalque sont sculptés les écussons royaux portés par des anges, et tout autour sont rangées des statues d'évêques, de moines, et de guerriers. C'est une œuvre digne des cendres augustes qu'elle recouvre.

Quelle émotion j'ai éprouvée en songeant que j'avais sous les yeux les restes de ce grand souverain et de cette grande reine qui ont conduit l'Espagne à l'apogée de la gloire !

Aussi leur souvenir est-il ineffaçable à G-renade, où tout les rappelle. Leurs noms sont inscrits partout ; leurs portraits, leurs statues, leurs écussons sont dans tous les musées et dans toutes les églises.

Le tombeau de Jeanne la Folle, mère de l'empereur Charles-Quint, m'a rappelé un fait historique qui n'est pas sans intérêt.

C'est ici que saint François de Borgia, alors marquis de Lombay et grand écuyer de l'impératrice, Songea pour la première fois peut-être à se retirer du monde, et se consacrer à Dieu.

Il était venu à Grenade pour accompagner les restes mortels de l'impératrice, et les remettre au clergé chargé de la sépulture. ** Pour rendre témoignage que c'était elle-même, il fit ouvrir le cercueil de plomb où elle était ensevelie, et quand il aperçut, hideux et horrible à voir.

ce visage qui faisait naguère l'adiniratioii de son siècle, il s'écria : " Je n'aurai plus jamais d'attachement pour aucun maître que la mort me puisse ravir, et Dieu seul sera l'objet de mes pensées et de mon amour ! "

A côté de Ferdinand et Isabelle, je regrette que l'on n*ait pas élevé au grand capitaine Q-onzalve de Cordoue un mausolée digne de lui. Car sa gloire n'a pas été surfaite, et l'Espagne a droit d'être fière de son héros. Aussi suis-je attristé de ne pas le voir dormant son dernier sommeil aux côtés des souverains qu'il a faits si grands. Sa tombe est à peine visible à l'église de saint Jérôme, où repose le grand homme. C'est une simple dalle de marbre, dans le pavé,^ avec une inscription fort simple, dont les derniers mots signifient que sa gloire n'est pas ensevelie avec lui.

Mais on montre dans la sacristie de la cathédrale un document d'une rare originalité et du plus touchant intérêt pour ceux qui admirent Gronzalve de Cordoue. C'est une copie des comptes que le grand capitaine rendit au roi, à sa demande, après toutes ses victoires et ses conquêtes.

Les trésoriers du royaume de Naples, à l'esprit mesquin et terre-à-terre, avaient réussi à convaincre le roi que l'illustre général devait rendre compte des sommes énormes, qui lui avaient été avancées pour les frais de la guerre.

Le grand homme répondit avec fierté que ses comptes seraient prêts le lendemain, et il n'y fit pas défaut. Il comparut à l'heure fixée, et, ouvrant un livre volumineux, il lut à haute voix le chapitre de ses dépenses,

dans, lequel étaient entrés des items comme, les suivants : . .

1*70,000 ducats pour refondre les clochas, usées à sonner contin,uelle^lent pour de nouvelles victoires remportées sur les ennemis ;

l million de meiSii^es ^'aqtjipns de . grâc^ et de Te Dwm au. Tout-Puissant ; , ?

300 millions de prières pour les morts ; .

. 100 millions pour la patience que j^aj .montrée hi^r, pu, entendant que le roi demandait des comptes à xî^lui qui lui 0, donné un royaume,

, , Le roi comprit la leçon, et i^'exigea pas d'autres détails . Les trésoriers eux-mêmes dujrent se déclarer,. satisf^ij:/). . D'autres o]>jets x\oxi moin^i inté;rf^ssants, ewclij^seut le Trésor de la cathédrale. Nous y £^vons vu. j^jx drAr p<^au; portée T^ 1^; prise de Grenade, . la. oQuro^aie i j^jb le sceptre 4eJ[ia:reiue Isabelle, et une épée du- roi.jJ^diH na^d. , MaïB cç qui m'a qausé^.ime V:^ritabl6 émotion, c'esjt 1^, large éçrin daj^lequellareiu^els^Ji^elJejç^îifenîm» ses biJQuxdt les mit en^giage,: pour fourair à. Christophe Colomb l'argent nécessaire à sa provideutiçlJa fi>xpé^ ditipn,, ;^' I .; . : / " ^ -:< À

: O granfl^r^ine, l'humanité toute entière devrait t'iélev^;r ijïi.mQnume^nt eu t^pojiuaissçmce de; cet açt^l .'••^: . BixreiPQîiaï^t.de l^ii^^E^thédrale^nous ayons erré un-peia à l'aventure, et, dans une ruelle misérable, je mettrQïiyaî toi3it-à'^iip. ejjL face d'une maison, c«jirrée, à d^uï ^étages, blanchira la chaux, et portant une inscription espagnole* Ni lesgui^ps, ui les réoits de voyagequejlavaisUu?' ne m!av^iejjt indiqué- oett^ maison, et c'est aviec lajoie

d'un découvreur que je lus sur les murs : " Dans cette maison vécut et mourut le grand capitaine Gronzalve de Cordoue. "

Que d'autres gloires encore le nom de G-renade rappelle !

C'est ici que vécut saint Jean-de-Dieu, que Jean d'Avila convertit. C'est lui qui parcourait les rues de Grrenade en s'arrachant les cheveux de douleur, à cause des péchés qu'il disait avoir commis. Il y fonda un hôpital, et il y recevait tous les malades et les pauvres qu'on lui amenait. L'Archevêque de Q-renade lui ayant reproché de recevoir des vagabonds et de» méchants, il répondit : je ne connais dans mon hôpital, d'autres pécheurs que moi.

Ici vint un jour sainte Thérèse, une des plus pures gloires de l'Epagne.

Elle n'est pas seulement la plus célèbre des contem* platives ; mais elle occux)e une place distinguée parmi les écrivains ascétiques, et ses ouvrages témoignent autant aie sa brillante intelligence que de sa saintetés -

M. Benan lui-même la déclare admirablei (dt- M* Ernest Hello fait observer qu'elle partage aveo saint Augustin le privilège d'être estimée par les gens du monde. Pourquoi? Evidemment parce qu'elle a été mondaine elle-même, à une certaine époqu^e de sa vie.. ;

Ce fut saint Pierre d'Alcantara, une autre gloire espagnole, qui lui ouvrit les yeux, et fit la lumière dans son âme. - ! ; i

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