‹ A travers l'Espagne: lettres de voyageChapitre 14 sur 38 · LES GLOIRES DE GRENADE · texte numérisé non relu

LES GLOIRES DE GRENADE

Saint-François de Borgia. — Charles-Quint au oouveot. — Santa-Fe. — La reine Isabelle au siège do Grenade. - Abu-abd-Allab. — Martincz de la Rosa.

Je vous ai rappelé, dans ma dernière lettre, quelquesunes des gloires de Q-renade, et je veux évoquer aujourd'hui le souvenir de quelques autres. Mais, en réalité, ce sont des gloires qui appartiennent à toute l'Espagne ; et si j'en parle ici, c'est qu'il y a dans G-renade tantôt un monument, tantôt une inscription, tantôt une ruine qui rappelle leur mémoire.

C'est ainsi qu'en visitant les ruines du palais de Charles-Quint, j'ai cru voir revivre quelques-unes des célébrités de son temps.

Quelle époque glorieuse pour l'Espagne que celle où il régnait, où les artistes en tout genre excellaient, où la sainteté brillait dans des âmes telles que sainte Thérèse, saint Pierre d'Alcantara, saint Jean de la Croix et saint François de Borgia !

- Qaels -entretiens devaient échanger ces âmes d'élite !

Il est peu d'histoires plus curieuses, plus intéressantes, et plus mouvementées que celle de Saint François de Borgia.

— lia—

Arrière'-petit-fils de Ferdinand, et d'Isabelle, reine de Castille, il occupa les plus hautes dignités à la cour de Charles-Quint, le suivit dans ses expéditions, et devint le vice-roi de Catalogne. A la mort de son père, le duc de Candie, il dut aller prendre possession de son duché, et gouverner ses sujets. Il y fonda des monastères, des hôpitaux, fit des bonnes œuvres sans nombre, et devint un modèle de vertu.

Il avait épousé Eléonore de Castro, et en avait eu huit enfants. Quand elle mourut, il voulut entrer dans la Compagnie de Jésus, et, après trois ans consacrés à assurer l'avenir de ses enfants, il y fut admis.

La gloire l'y suivit, et saint Ignace le nomma son vicaire général dans toute l'étendue des Espagnes, du Portugal et des Indes-Occidentales.

Eesté l'ami et le confident du grand empereur, il le prépara à la mort dans le monastère de Saint-Just, que celui-ci avait choisi pour retraite après son abdication.

Rien ne montre mieux le caractère profondément catholique de cette époque que cette réclusion volontaire, et cette pénitence d'un honxme qui avait été le maître des destinées du monde.

Qael étonnement doivent éprouver les souverains et les hommes d'Etat de nos jours, s'ils lisent l'histoire de Charles-Quint, en le voyant abdiquer librement, et se renfermer dans un cloître pour se préparer à mourir ! Penseur profond, homme d'Etat habile et ambitieux, conquérant de plusieurs royaumes, il gouvernait l'Europe depuis plus de trente ans, et il n'avait encore que

55 ans, c'est-à-dire l'âge où les hommes publics d*ànjourd*hui font encore toutes les folies !

Sa devise était ^' plus ultra '^ et il semble qu'elle indiquât une ambition insatiable. Mais cette ambition était lasse de conquêtes terrestres, de renommée, de gloire, de richesses, de puissance, et le grand chrétien, en foulant à la fin conquérir le ciel, se montrait fidèle à sa devise. Plus ultra, il voulait atteindre cet au*delà mystérieux vers lequel nous tendons tous, et s'y assurer une bonne place !

Il avait fait neuf voyages en Allemagne, six aux Pays- Bas, quatre en France, deux en Angleterre, deux en Afrique : il lui en restait encore uh à faire, le plus court et le plus long,' le plus rapide et le plus dangereux, le voyage de cette vie à l'autre ; et pour traverser cet inconnu, il crut que le meilleur véhicule serait la cellule d'un couvent.

Ce n'est pas moi qui l'en blâmerai ; je connais trop cette vie, et je crois trop fermement à l'autre.

Mais on comprend qu'un homme, qui avait occupé une si grande place dans le monde, ne put pas en sortir aussi complètement qu'il l'aurait voulu. Malgré lui, il lui fallut suivre encore le mouvement de la politique européenne, dans l'intérêt de sa patrie qui ne cessait de le consulter.

C'est en vain qu'il voulut mener la vie d'un cénobite, et n'être dorénavant que le frère Charles, îl resta malgré lui un double personnage, et sa correspondance ptt>uve qu'il fut obligé d'être encore une espèce de isouvèrain

consultaiit, dont la diplomatie c^uropéeiine n'apprit qn^pi la longue à se passer. , . ,

Un jour m^me,.,ari, voulut qu'i^ pe.Temît à la têjte. .» d'une ^.r^iée d'invasion contre la France,, et il Tavî^it;,; presque |)roiiais. Mais il n'y fut pa3 contraint, et il . resta dans son couvent dont il remplissait toui^ les saints exerpices.

II. y mourut entouré de prélats et de religieux, embrassant pi;eusement le crucifix que l'impératrice avait ellemêmie embrassé en mourant. .

En tournant le dos au palais de Charles-Quint, on. arrive bientôt à l'escarpement où s'élèvent les murailles et les tours de l'Albambra, couronnées de créneaux et de . terrasses.

Dn haut, de ces terrasses, on çiperçQit, au loin dans la ; plaine, une ville de peu d'étendue, et dont les maisons sont couvertes en tuiles rouges. On la nomme Santa-Fe, et son origine mérite d'être racontée. .

C'était ai; printemps de 1491. . L'arraée espagnole, campée à l'endroit même où s'élève aujourd'hui Santa- ; Fe, faisait.le siège de Grrenade, dernier boulevard de l'Islamisme en Espagne.

Pour rOfUimier le courage d,e ses spl^ats.-qui perdaient confiance, la reine Isabelle elle-mèpae était venue 3:ejoin- ; dre son noble époux au camp, et. le marquis de Cjadix . lui avait, cède sa tente. Par malheur, une des gaméristes, de la princesse s'endormit, un soir sï^ns ^teindre une lumière placée trop près deJa .tQiler;Jle.ifeï^ prit è^M^ tente, et la* plus «grande partie 4n cainp. fut réduite en cendres.

Alors, la reine dit aux soldats qu'elle letrr^ doimerait des logements meilleurs, et elle fit construire des mai«ons de pierre, couvertes de tuiles. La ville fut bâtie en quatre-vingts jours, et la reine la baptisa d'un nom, qui affirmait sa foi, et sa confiance dans le succès définitif de ses B.rmeB^^Santa'Fe.

Quand les Maures virent cette ville remplacer, comme par enchantement, de simples tentes en toile, ils comprirent queles^rois (catholiques étaient bien- décidée à ne pas abandonner le siège de G-reilade; et le décauragement s'empara d'eux.

Cependant, ils résistèrent longtemps encore, et avec courage^. Plusieurs fois, ils sortirent de. leurs remparts, et vinrent attaquer l'armée chrétienne, qui s'était emparé des villages environnants, et leur coupait les vivres ; mais €ronzalve de Cordons les repoussait toujours, »et bientôt la famine se fit sentir dans Grenade.

Enfin, on raconte que, dans un engagements, pendant lequel la reine IfeàbUe à genoux priait Dieu; les chrétiens, sans perdre un seul homme, tuèrent 600 Maures, en firent 1400 prisonniers, et s'emparèrent de l'artillerie ennemie.

Ce succès décida les Maures à capituler, et le ^roi Abu-abd- Allah, allant à la rencontre des rois Ferdinand et Isabelle, leur remit les clefs de la ville.

Quelques jours après, les rois catholiques firent leur entrée dans la fameuse citadelle, regardée comme imprenable, que Mahomet avait promis de toujours défendre; et ils firent' célébrer le sacrifice divin à -l'Alhambre.

Dans le même temps, Tinfortuné ' Abu-^bd- Allah, surnommé Boabdil, s'éloignait en pleurant de Grrenade, et soupirant : Allah huakbar ! Dieu est grand ! Peutêtre ii'ajoutait-il pas : Mahomet est son prophète !

Il faut avoir visité Grenade pour comprendre quelle dut être la profondeur de son désespoir.

Après quelques jours passés dans cette admirable ville, je la quitte moi-même avec regret, et en promettant d'y revenir un jour.

Je comprends la joie que l'un de ses poètes contemporains^ Maiîtinez de la Rosa, a éprouvée, en la revoyant après un^ absence prolongée, et je ne copie pas, sans • émotion ce salut 'poétique qu'il lui a adressé :

" O ma. bien-aiiaiée patrie ! Je te revois enfia, je revois ton sol si beau, tes champs brillants et féconds, ton soleil éclatant, ton ciel paisible !

" Oh ! oui, je vois la célèbre Grrenade s'étendre au bas de ses deux collines, je vois ses tours se dresser au milieu de ses jardins toujours verts, je vois ses fleuves de cristal baiser ses murailles, ses monts superbes entourer la vallée, et la Sierra Nevada couronner ses horizons lointains.

" Oh ! ta mémoire me suivait partout, Q-renade ! elle troublait mes plaisirs, ma paix, ma gloire, elle oppressait mon âme et mon cœur. Sur les rivages glacés de la Seine et de la Tamise, je me rappelais les doux rivages du Darro et du Grénil, et je soupirais ! et bien souvent en entonnant une chanson joyeuse, ma douleur s'exaspérait, et une plainte mal réprimée étouffait ma voix.

■ * En Tttiii TArtto délîcieui: itt^offrît'SèB 'rivfes éitfuillées 'dé flfettrs, àsîlè ' dés àtn'otjitô et de Ift • poitJ ^ ' liâ^ ■ plfetine "'âtrosée'pât-lé paisîbfe &êttil; disâis-jfe, esf {lilUi^ Benffe ! Le séjoùT dé la belle Grenade est î^lûs-douxl'Et* je • mùî'mtîrai& cêsj"pai*6lés d'une Voix' 'plaintite, ^t rtté rappelant la maiscm dé mes pètes, j'éltevàiiS mes iriëteis yeux '"'viBràle--ciei:^ ' ' '" •' '■'-' '" ' ' ' '' "'■ •■'• ^ '- '-

" ' Quelle' esl * donc ta magie; ' ton înèflfbibl^ encliànte-

ment, ô patrie, ô doux nom, pour' ^uë tu' notis' sëis si

' 'chéré ! lié noir Af ricaîii, loin de son défàéftt toatal,' regarde

avec tin doulôtireux dêdditi les bbàmps ' verdoyante ;' le

' grossier Lâpbn; ravi à sa tem îriaâ;érn'éllé;«0'di'pire'ttptès

ses longues nuits et' fees glaééaéierd'eTlés^, et inéî; ^ëéIcA à

^ùi lé destin bîérifâisànt à accordé là fereiir'dfe naître

' et de' grandir éur ta terre bien heureuse, si comblée des

dons de Dieu, aurais-je pti fàîufelièr; 6 Gireriàdé ! "^ ' ^ " '

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