SS
Dan Juan,
Véritablement.
J'aurai des cadeaux ?
Don Juan.
Dignes d'une reine.
Dona Violante.
Vous ferez des folies ?
Don Juan, En vous aimant.
Dona Violante.'
Etes-vous passionné ?
Don Juan.
Plus qu'un Portugais.
Dona Violante.
Vous roucoulez ?
Don Juan.
Oc»nme une colombe.
Dona Violante.
Etes-YOUB querelleur ?
Don Juan, En aucune façon.
Dona Violante.
Grondeur ?
Don Juan.
Rarement.
Dona V^okmte, Btes-yous joueur. ?
Don Juan, Je TOUS ftiine.
Dona Violante.
Vous levez*yon8 matin ?
Don Juan.
Non.
Dona Violante,
Bentrea-Yons tard ?
Don Juan.
Comme le soleil.
Dona Violante.
Quelle sagesse ! Gomment m'appelleres-vous ?
Don Juan.
Mon ciel. ,
Dona Violante.
Qaoi de pins ?
Don Juan.
Mon soleil.
Dona Violante.
Avec des griffes ?
Don Juan.
Ma reine !
Vous me vêtirez bien ?
Don Juan.
Comme nn printemps.
Dona Vous ne me querellerez pas ?
Don Violante.
Je ne saurais pas me planchéier, ni m'enfler de quatre lieues d'étoffe comme un berceau d'enfant. Il ferait beau voir une fille du peuple pour avoir voulu faire figure, souffrir devant le monde, les attaques des mauvaises langues ! L'amour demande l'égalité de condition. Il n'y a pas de laboureur qui attelle au joug s'il veut labourer également une mule et un chameau. Gela dit, ou prenez mon pain ou adieu !
Don Juan.
Écoute, fille simple et sage. Si des paroles sont une assurance, si des serments obligent, si des gages donnés peuvent enlever le doute, par la lumière de ces deux soleils qui éclairent mes ténèbres, par le printemps de ce visage que l'hiver n'attriste jamais, si la renommée répond à ta beauté, sans regarder à la condition (l'amour n'y prend jamais garde) je partagerai avec toi, en devenant ton époux, mes biens qui donnent deux milles
ducats de rente.
Dona Violante.
Je ne sais quel diable me remue dans le cœur depuis que je vous ai vu ; j'y sens plus de mille aiguilles. Enfin vous vous marieriez avec moi ?
Don Juan.
Sans aucun doute.
Ne vous ennuieriez-To>us pas bi«n vite ?
Don Juàn^' b
L'amour vrai dure toujours.
Dona ViolanU.
On se lasse vite de mets sucrés, et comme l'amour est un fruit, on le mange^ volontiers dans sa primeur, et quand il est trop mûr il dégoûte.
Don Juan.
Ne craignez pas cela.
Dona Violante
Vraiment ?
Don Juan.
Par votre vie.
Dona Violante.
Et par la vôtre ?
Don Juan.
C'est tout un.
Dona Vi(danie.
Enfin je vous plais ?
Don Juan.
Infiniment.
Dona Violante.
Je puis être tranquille ?
Do» Juan.
Je suis gentilhomme.
Dona Violante.
Yous m'aimerez bien ? *
Don Juan.
Je vous adorerai.
Dona Violante.
Pour rire ?
D&na Violante.
Mon amourenx est un homme robuste.
Don Juan.
C'est un vilain ?
Dona Violante, En actions.
Don Juan,
Il mourra.
Dona Violante,
Qui le condamne ?
Don Jnan,
L'affront qu'il vous fait.
Dona Violante.
Il peut s'amender.
Don Juan.
Alors c'est moi qu'il offense.
Dona Violante,
En quoi ?
Don Juan, En vous aimant.
Dùna Violante, Plût à Dieu!
Don Juan.
Il est inconstant ?
Dona Violante, Comme la lune.
Tkm Junn.
isez-le.
Pour qui ?
Pour moi.
Dana Violante,
Dona Violante.
Ârri ! Vous vous moquez.
Don Juan.
Auteur de mes peines, qui, en me racontant les vôtres, découragez mon espoir, si vous vous mariez, et me laissez là, l'amour célébrera du même coup votre bonheur et ma mort.
Dona Violante.
Il y aura Requiem et Alléluia. Votre G-râce croit-
elle que les paysannes se contentent d'un amour sans
honneur ?
Don Juan.
Mon amour est pur. .
Don Violante,
Oui, si on le lave, se mariera-t<il avec moi comme mon Antoine?
Don Juan.
Oe sera un grand bonheur que le ciel m'enverra.
Don Violante.
Il est bien grand, et mon sort est bien petit.
Don Juan.
L'amour égalise tout.
D.)n Juan.
De ma vie.
Dona Violante.
Irai-je en coche ?
Don Juan.
Et en carosse.
Dona Violante.
Aurai-je des dentelles ?
Don Juan.
De Flandre.
Dona Violante.
Et des pierres bleues ?
Don Juan.
Aussi.
lyona Violante.
Je sortirai quelquefois ?
Don Juan.
Souvent.
Dona Violante.
Pour faire des visites ?
Oui.
Dona Violante.
J'irai aux courses de taureaux ?
Don Juan.
Sur un balcon.
Je man^^erai des confitures ?
Don Jvmi..
Taut que vous voudrez.
Dona Violante.
S'il y a comédie ?
Tkin Jtmn.
Vous n'en perdrez rien.
Dona Violante.
Je les verrai toutes ?
Don Juan.
Toutes.
Dona Violante,
Irai-je au Prado ?
Don Juan.
Les jours de soleil.
Dona Violante.
Et le suir, à la lune ?
Au printemps.
Dona Violante
Que me donnerez-vous ?
Don Juan.
Mon âme.
Dona Violante.
Arri ! vous vous moquez !
Polonia !
Den Juan aabitit la psla de Dod* ViaUnte qai lui dit :
Dona Violante.
Payez-moi.
Don Juan.
Lai doQurit a> bogai.
Avec ce diamant.
Dona Violante.
Voyez comme il reluit ! .
Don Juan.
Comme vos yeux.
Dona Violante.
Est-il faux ?
Don Juan.
Il n'y a rien de £aux en moi.
Que me donnerez-vous encore ?
Don Juan.
Cette chaîne.
DoTM Violante.
De cuivre ?
Don Juan.
De vingt-quatre carats, comme votre beauté.
Dona Violante.
Comme il vend bien ses aiguilles !
Don Juan.
(DoDn.nt » bour™)
Et encore cette bourse.
Dona Violante.
C'est de la môme monnaie ?
* Don Juan,
Elle est même comparée à vos mérites qui valent toates les richesses de San-Lucar.
Dona Violante.
Vous êtes généreux !
Don Juan.
Soyez aussi généreuse.
Gomment ?
En me donnant une main.
Dona Violante.
Une seule.?
Don .Juan.
Cela suffit.
Dona Violante.
Regardez-les toutes les deux.
Don Juan.
Donnez-les moi.
Dona Violante.
Arri ! vous vous moquez.
Pour juger du mérite littéraire de ce dialogue, il ne faut pas oublier que la scène se passe en Espagne, au seizième siècle, et que Tart dramatique alors est à peine sorti de Tenfance.
Même aujourd'hui, avec tous les perfectionnements du métier on ne fait rien de plus léger, de plus vif et de plus spirituel. Mais je reconnais qu'on réussit mieux la plaisanterie grivoise ou obscène.