‹ A travers l'Espagne [microforme]Chapitre 10 sur 85 · M TE · texte numérisé non relu

M TE

comptons quarante-huit autels, tous plus ou moins

riches en tableaux, marbres et reliques, et nous visitons le cloître.

Je ne vous décrirai pas ses immenses galeries voûtées, à deux étages reliés entre eux par un escalier monumental. Je ne vous conduirai, ni dans le chœur, dont les stalles nombreuses sont maintenant abandonnées, ni dans les bibliothèques pleines de manuscrits des plus curieux, ni dans le collège et le séminaire maintenant vides, ni dans les innombrables salles du palais qui contiennent pourtant de fort belles tapisseries, un riche mobilier, et des chefs-d'œuvre d’ébénisterie et d’incrustation.

Non, toutes ces visites m'entraîneraient trop loin, et j'ai hâte d'en finir avec l’Escurial. Veuillez pourtant descendre avec moi de la salle des batailles, dans cette chambre oblongue, aux murs nus et blanchis à la chaux, éclairée par une seule fenêtre, et aux extrémités de laquelle s'ouvrent deux alcôves sombres. C’est ici que le roi Philippe II vint passer les dernières années de sa wie, et mourir. C’est d'ici que, sombre, soucieux, il prévoyait les éclipses de la gloire espagnole, et qu'il commandait encore à l'Europe. De ce palais immense, il ne s'était réservé que ce coin sépulcral, pour s’habituer au repos de la tombe, et, du fond de cette alcôve, une baie pratiquée dans le mur lui permettait d’'entendre le chant des moines, et de voir le prêtre offciant.

Allons, ne nous attardons pas dans ce tombeax ; car nous pourrions y mourir. Je suis las, je suis triste ; il me semble que dans ces sombres corridors j'entends

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marcher des spectres. Verrai-je encore le soleil ? Respirerai-je encore le grand air ? Courons de ce côté, et franchissons ce portique; enfilons ce corridor, et traversons cette cour. Que de portes, grand Dieu ! que d'appartemenis ! que de galeries ! que de murailles ! que d’escaliers ! N’arriverons-nous jamais ?

Tiens, voici des arcades et des murs peints à fresques ; c'est donc encore le cloître ? Où va nous conduire ce couloir ? Ah ! voilà de longs vestibules et des meubles dorés ; serait-ce encore le palais ?

Là-bas brille une lumière ; plus loin verdissent des myrtes entourant une fontaine. Réjouissons-nous, nous sommes sortis !

Nous revenons à notre hôtel avec une faim inexprimable, et l’hôtelier nous improvise un déjeuner indescriptible, qui nous transforme en tambours de basque. Nous avons trois heures devant nous, avant celle du départ ; que pourrions-nous faire de mieux qu'une course à pied dans la montagne ? L’ascension est un peu pénible, mais fatiguer le corps reposera l’esprit.

Il fait un temps ravissant, et les rayons du soleil baignent les flancs de ces rochers : :c'onéens.

Nous gravissons un premier sommet, d’où la vue s'étend bien loin, sur un pays accidenté mais désert. Ce matin, les vallons étaient noyés dans la brume, et ressemblaient à autant de lacs; mais maintenant les croupes sombres des rocheis, se succèdant à perte de vue, nous offrent l’image des convulsions de la mer.

Un torrent dégringole de la montagne, et sur ses

bords sont échelonnées des blanchisseuses, étrangement

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