‹ A travers l'Espagne [microforme]Chapitre 9 sur 85 · EE ARR · texte numérisé non relu

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prendre patience. Or, je ne vous dirai jamais assez quelle patience il faut pour voyager en Espagne, la nuit, dans un train omnibus. Certes, j'aime un ciel clair, tout scintillant d'étoiles, avec la lune toute grande qui poursuit sa course en attachant sur vous son regard serein ; mais tout lasse en ce monde. et je fus heureux de voir enfin l’orient changer sa couleur terne, et passer du gris sombre au rouge, du rouge au rose, et du rose à rois l'opale.

Le soleil ne paraissait pas encore, quand nous aperçûmes sur notre gauche, suspendu aux rochers d’une

Al, ! montagne désolée, le palais colossal des rois d'Espagne. tie : Les proportions de l’Escurial sont étonnantes, même dur 5 vues de loin; mais quand vous en approchez, vous chi 3 avez peine à retenir un cri de surprise, je n'ose pas dire LEÈg à d’admiration. C’est un géant qui vous écrase, mais qui je 4 ne vous plaît pas, et que vous êtes tenté de trouver oit 4 monstrueux. L'architecte a réussi à faire grand, mais 4 non à faire beau.

de : Cet immense édifice est dû à Philippe II, qui le fit Let, É construire en accomplissement d’un vœu fait à saint rix 4 Laurent, et l'architecte lui a donné la forme d’un gril tes 4 pour rappeler le martyre du saint. Il contient un coust- À vent, un palais, une église, des cours, des jardins, des de F galeries, des portiques, et l'on pourrait construire une PUS ville avec le granit qu'on y a amoncelé Fe Vous savez quand vous y entrez, mais non quand vous en sortirez. À peine le seuil franchi, vous avez la de frayeur de n’en jamais sortir. C’est un labyrinthe de fait

cours, de passages, de vestibules, de portiques, d’escaliers,

de promenoirs, dont les murs sont nus, massifs, sombres, et si hauts qu'ils vous cachent le ciel. Vous voulez retourner sur vos pas, mais vous ne savez déjà plus par où vous ê..s entré.

Enfin, vous levez une portière, vous entendez un chant lugubre et lointain, vous avancez : des piliers énormes comme des tours se dessinent dans l'ombre ; vous marchez toujours, guidé par les voix et l'orgue, dont l’harmonie devient plus distincte ; vous levez les yeux, et vous poussez un soupir de soulagement ; car devant vous se dresse l’autel illuminé, et sur votre tête s’arrondit, à une hauteur immense, une coupole décorée de fresques magnifiques.

Nous sommes dans l’église, et, comme c’est l’anniversaire de la mort de la reine Marie Christine, on y célè-

bre un service solennel pour le repos de son âme. Cinq

ou six femmes, agenouillées dans la chapelle qui porte le nom de la défunte, composent toute l'assistance, et les prêtres qui officient sont perdus dans l’immensité et la solitude du sanctuaire. Un chœur assez nombreux, dont l'écho multiplie les voix dans une proportion formidable, est logé quelque part dans le jubé de l'orgue, mais il reste invisible.

En arrière d’un pilier de colonnes fuselées, capable de porter un monde, s'ouvre un grar.d escalier de marbre noir, veiné de blanc, conduisant au campd santo des rois. Nous y descendons jusqu'à une profondeur immense, sous les assises du sanctuaire, précédés d’un sacristain qui porte une mêche allumée, et nous arrivons à une rotonde funèbre, autour de laquelle sont étagés les tom-

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beaux, comme les rayons d’une bibliothèque, D'un côté sont les rois, et les reines qui ont régné seules, et de l'autre les princes et les reines qui n’ont pas régné. C'est riche, mais simple et lugubre ; tous les cercueils sont en bronze, et parfaitement uniformes,

Cette uniformité de sépulture a sans doute pour objet de rappeler l'égalité dans la mort; mais la doctrine de l'égalité, prise dans un sens absolu, est fausse, même au-delà du tombeau. Les bons rois ne sauraient occuper dans l’autre vie la même place que les mauvais ; et, qui osera soutenir que Charles-Quint n'est pas plus vivant, dans la mémoire des hommes, que ses successeurs qui dorment à ses côtés ?

Car c’est là qu'il repose, le souverain illustre qui a exercé sur les destinées du monde une si puissante influence, et il faudrait être bien insensible pour contempler sans émotion le cereueil qui renferme ses restes glorieux. Le sacristain nous aflirme que son corps est parfaitement conservé, que ses ongles et ses cheveux ont continué de croître, pendant quelque temps, dans la tombe.

Là dorment aussi de leur dernier sommeil l’impératrice Isabelle, épouse de Charles-Quint, Philippe II leur fils, et Anne sa femme, Philippe IIT et Marguerite, Philippe IV et Elizabeth de Bourbon, Charles II, Charles ITIT, Chaÿles IV et Ferdinand VIT.

En sortant du Panthéon, nous entrons dansla sacristie, qui est très belle, bien éclairée, ornée de tableaux et de bas-reliefs, et qui contient les plus précieux reliquaires. Nous retraversons l’église, autour de laquelle nous

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