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qui ont la couleur de la malachite ne reculent devant aucun obstacle. C’est en vain que la montagne de calcuire se dresse devant eux, quand ils arrivent aux pieds de Tolède. Le fleuve charmant et charmé ne se détourne pas, il creuse son lit profond dans le roc déchiré, comme le Saguenay à travers les Laurentides, et, ne pouvant se détacher de sa ville bien-aimée, il en fait presqu'entièrement le tour. Il l’étreint dans ses bras, il la caresse, il reproduit son image dans le miroir de ses eaux, il l’abreuve, il la défend, il l’orne comme un bracelet ! Traversez la ville dans tous les sens, et vous arrivez toujours à un escarpement effrayant ; penchez-vous au bord de l’abime, et vous apercevez au fond les eaux sereines du Tage.
Oh! quelle ville merveilleuse et quel site enchanteur ! Tous les châteaux en Espagne que j'ai bâtis dans ma jeunesse, tous les rêves fantastiques auxquels mon imagination a donné des formes dans les vastes domaines de l'idéal ne sont pas illusoires. Ils existent, et je viens de les contempler.
Les voyages, les veilles, le travail, et—pourquoi ne l’avourais-je pas ?—les années, avaient un peu émoussé ma sensibilité, mais la vue de Tolède a ravivé toutes les fibres les plus délicates et les plus élastiques de mon être. Elle m'a rejeuni. Elle m'a donné plus d'émotions et d'enthousiasme que n'auraient pu le faire le plus mouvementé des drames, et le plus sublime des poèmes.
C’est qu’en réalité Tolède est une véritable épopée de pierre, où sont décrits trois âges de l’art, et qui chante le triomphe définitif du Christianisme sur l’Islamisme,
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Nous traversons le Tage sur le fameux pont d’Alcantara, en admirant la belle porte arabe qui le surmonte, nous passons sous la Puerta del sol, élégant monument d'architecture mauresque, et nous arrivons enfin, après une rude ascension, en face de l'Alcazar qui domine la ville. Le Tage miroite sous nos pieds, et la vieille cité déroule sous nos yeux son écharpe de ruines, que ‘le soleil a dorée.
L'Alcazar n'a de mauresque que le nom. C’est un palais du temps de Charles-Quint, formant un vaste quadrilatère, dont les angles sont couronnés de tours formidables. La façade est très élégamment ornée, et. autour de la cour intérieure, sont suspendues deux rangées d’arcades, soutenues par deux colonnades gracieuses, et reliées entre elles par un magnifique escalier de marbre.
De l’Alcazar nous courons à la cathédrale. Quelle merveille ! On ne s'étonne plus quand on l’a visitée, qu'elle soit considérée comme une des plus belles du monde. L’extérieur n’a niles proportions, ni l'élégance, ni les sculptures innombrables de la cathédrale de Burgos ; mais l’intérieur est plus orné, plus harmonieux, et rien n’égale l’admirable unité de ce monument.
Sa majesté étonne, sa beauté charme, et la richesse de ses ornements éblouit. [L’æil ne se lasse pas de contempler, en se promenant du maître-autel au chœur, et du chœur aux chapelles. La magnificence s'allie à la beauté, l'élégance à la gravité, l'harmonie à la variété, et chaque détail est un chef-d'œuvre. Comme dit Théophile. Gautier, le maître-autel seul passerait pour
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une église, et, quant au chœur, l’art gothique, sur les confins de la Renaissance, n’a rien produit de plus pur, de plus parfait, ni de mieux dessiné.
Une des portes latérales conduit au cloître, dont le promenoir à arcades entoure un jardin oriental, et dont les murs sont couverts de grandes fresques. Nous le parcourons rapidement, et nous revenons à l'église dont nous avons peine à nous arracher.
En sortant de la cathédrale, nous entrons dans un dédale de ruelles tortueuses dont vous ne sauriez vous faire une idée. C’est à se demander parfois si l’on circule dans une ville, où dans des catacombes. (Car les maisons très hautes se rejoignent presque au-dessus de notre tête. et la ruelle se change, tantôt en escaliers qui paraissent conduire sous terre, et tantôt en spirales qui ramènent au jour. Ici, c'est ia ville mauresque avec ses maisons sans fenêtres et ses portes basses à arcades, là c’est la ville du moyen-âge, avec ses fossés, ses créneaux, ses écussons et ses légendes.
Enfin, nous arrivons en pleine lumière devant une église gothique et un cloître : c’est San Juan de los Reys. Aux murs extérieurs sont suspendues de longues chaines de fer que portaient les prisonniers chrétiens délivrés par la prise de Grenade, en 1492. Les tribunes de l’église, les piliers, les arceaux et les voûtes présentent un admirable coup-d’œil. Mais le cloître est infiniment plus beau. C’est un joyau d’architecture et de sculpture à mettre dans un écrin. Aucune expression ne peut exagérer la beauté de ce monument qu’un écrivain proclame majestueux comme un temple, magni-
fique comme un palais de roi, délicat comme un joujou, gracieux comme un bouquet de fleurs.
C’est dans ce monastère de Cordeliers que vint se renfermer un jour un jeune homme qui devait être une des plus pures gloires de l'Espagne. Il se nommait, Gonzalez Ximénès de Cisnéros.
Il avait étudié d’abord à Alcala, puis à l’Université de SNalamanque, la théologie, la philosophie, le droit canon, le droit civil et les langues orientales. Après avoir professé le droit pendant quelque temps en Espagne, il était allé à Rome plaider ies causes des Espagnols devant les tribunaux ecclésiastiques.
Dans les deux pays, il s'était fait une grande réputation, et l'on avait la plus haute opinion de son génie.
Quant il revint à Tolède, il se rendit bientôt célèbre comme prédicateur et directeur des âmes. Mais sa popularité croissante lui ayant suscité des cnvieux, il se retira au couvent de Castagnar dans la plus complète solitude. l’lus tard dans sa plus haute fortune il a souvent regretté cette paisible retraite de Castagnar.
Un jour, il dût céder aux instances réitérées de la reine Isabelle de Castille, qui le choisit pour confesseur ; il revint chez les Cordeliers de Tolède, qui l’élirent Provincial.
Deux ans après, sur les pressantes sollicitations de la reine Isabelle, le Souverain Pontife le nommait archevêque de Tolède, et comme il refusait de quitter ce cloître, le Pape lui envoya six mois après l'ordre formel d'accepter la dignité épiscopale.
Ce n'était pas alors une dignité de mince importance : car l’archevêque de Tolède était le seigneur temporel