‹ A travers l'Espagne [microforme]Chapitre 35 sur 85 · LES GLOIRES DE GRENADE · texte numérisé non relu

LES GLOIRES DE GRENADE

Saint-François de Borgia.—Charles-Quint nu couvent.—Sagtu-Fe.—Ln reine

Isabelle ñu siège de Grenude. - Abu-abd-Allah.—Martinez de la Rosa,

Je vous ai rappelé, dans ma dernière lettre, quelquesunes des gloires de Grenade, et je veux évoquer aujourd’'hui le souvenir de quelques autres. Mais, en réalité, ce sont des gloires qui appartiennent à toute l'Espagne ; et si j'en parle ici, c’est qu'il y a dans Grenade tantôt un monument, tantôt une inscription, tantôt une ruine qui rappelle leur mémoire.

C'est ainsi qu'en visitant les ruines du palais de Charles-Quint, j'ai cru voir revivre quelques-unes des célébrités de son temps. |

Quelle époque glorieuse pour l'Espagne que celle où il règnait, où les artistes en tout genre excellaient, où la sainteté brillait dans des âmes telles que sainte Thérèse, saint Pierre d’'Alcantara, saint Jean de la Croix et saint François de Borgia !

Quels entretiens devaient échanger ces âmes d'élite !

Il est peu d'histoires plus curieuses, plus intéressantes, et plus mouvementées que celle de Saint François de Borgia.

Arrière-petit-fils de Ferdinand, et d'Isabelle, reine de Castille, il occupa les plus hautes dignités à la cour de Charles-Quint, le suivit dans ses expéditions, et devint le vice-roi de Catalogne. A la mort de son père, le duc de Candie, il dut aller prendre possession de son duché, et gouverner ses sujets. Il y fonda des monastères, des hôpitaux, fit des bonnes œuvres sans nombre, et devint un modèle de vertu.

Il avait épousé Eléonore de Castro, et en avait eu huit enfants. Quand elle mourut, il voulut entrer dans la Compaguie de Jésus, et, après trois ans consacrés à assurer l'avenir de ses enfants, il y fut admis.

La gloire l’y suivit, et saint Ignace le nomma son vicaire général dans toute l'étendue des Espagnes, du Portugal et des Indes-Occidentales,

Resté l'ami et le confident du grand empereur, il le prépara à la mort dans le monastère de Saint-Just, que celui-ci avait choisi pour retraite après son abdication.

Rien ne montre mieux le caractère profondément catholique de cette époque que cette réclusion volontaire, et cette péuitence d’un homme qui avait été le maitre des destinées du monde.

Quel étonnement doivent éprouver les souverains et les hommes d'Etat de nos jours, s’ils lisent l’histoire de Charles-Quint, en le voyant abdiquer librement, et se renfermer dans un cloître pour se préparer à mourir ! Penseur profond, homme d'Etat habile et ambitieux, conquérant de plusieurs royaumes, ii gouvernait l’'Europe depuis plus de trente ans, et il n'avait encore que

55 ans, c’est-à-dire l’âge où les hommes publics d'aujourd'hui font encore toutes les folies !

Sa devise était ‘“ plus ultra,” et il semble qu'elle indiquât une ambition insatiable. Mais cette ambition était lasse de conquêtes terrestres, de renommée, de gloire, de richesses, de puissance, et le grand chrétien, en voulant à la fin conquérir le ciel, se montrait fidèle à sa devise, Plus ultra, il voulait atteindre cet au-delà mystérieux vers lequel nous tendons tous, et s’y assurer une bonne place !

Il avait fait neuf voyages en Allemagne, six aux Pays- .

Bas, quatre en France, deux en Angleterre, deux en Afrique : il lui en restait encore un à faire, le plus court et le plus long, le plus rapide et le plus dangereux, le voyage de cette vie à l’autre; et pour traverser cet inconnu, il crut que le meilleur véhicule serait la cellule d'un couvent.

Ce n’est pas moi qui l’en blâmerai ; je connais trop cette vie, et je crois trop fermement à l’autre.

: Mais on comprend qu'un homme, qui avait occupé une si grande place dans le monde, ne put pas en sortir aussi complètement qu'il l'aurait voulu. Malgré lui, il lui fallut suivre encore le mouvement de la politique européenne, dans l'intérêt de sa patrie qui ne cessait de le consulter.

C’est en vain qu’il voulut mener la vie d’un cénobite, et n'être dorénavant que le frère Charles, il resta malgré lui un double personnage, et sa correspondance prouve qu’il fut obligé d'être encore une espèce de souverain

DS nil

consultant, dont la diplomatie européenne n’apprit qu'à la longue à se passer.

Un jour même, on voulut qu'il se remît à la tête d'une armée d'invasion contre la France, et il l'avait presque promis. Mais il n'y fut pas contraint, et il resta dans son couvent dont il remplissait tous les saints exercices.

Il y mourut entouré de prélats et de religieux, embrassant pieusement le crucifix que l’imptratrice avait ellemême embrassé en mourant.

En tournant le dos au palais de Charles-Quint, on arrive bientôt à l’escarpement où s'élèvent les murailles et les tours de l’Alhambra, couronnées de créneaux et de terrasses.

Du haut de ces terrasses, on aperçoit, au loin dans la plaine, une ville de peu d’étendue, et dont les maisons sont couvertes eu tuiles rouges. On la nomme Santa-Fe, et son origine mérite d’être racontée.

C'était au printemps de 1491. L'armée espagnole, campée à l'endroit même où s'élève aujourd'hui Santa- Fe, faisait le sièxe de Grenade, dernier boulevard de l’Islamisine en Espagne.

Pour ranimer le courage de ses soldats qui perdaient confiance, la reine Isabelle elle-mème était venue rejoindre son noble époux au camp, et le marquis de Cadix lui avait cèdé sa tente. Par malheur, une des caméristes de la princesse s’endormit un soir sans éteindre une lumière placée trop près de la toile ; le feu prit à la tente, et la plus grande partie du camp fut réduite en cendres.

Alors, la reine dit aux soldats qu'elle leur donnerait des logements meilleurs, et elle fit construire des maisons de pierre, couvertes de tuiles. La ville fut bâtie en quatre-vingts jours, et la reine la baptisa d’un nom, qui affirmait sa foi, et sa confiance dans le succès définitif de ses armes—Santa-Fe.

Quand les Maures virent cette ville remplacer, comme par enchantement, de simples tentes en toile, ils comprirent que les rois catholiques étaient bien décidés à ne pas abandonner le siège de Grenade, et le découragement s'empara d'eux.

Cependant, ils résistèrent longtemps encore, et avec courage. Plusieurs fois, ils sortirent de leurs remparts, et vinrent attaquer l’armée chrétienne, qui s'était emparé des villages environnants, et leur coupait les vivres ; mais Gronzalve de Cordoue les repoussait toujours, et bientôt la famine se fit sentir dans Grenade.

Enfin, on raconte que, dans un engagement, pendant lequel la reine Isablle à genoux priait Dieu, les chrétiens, sans perdre un seul homme, tuèrent 600 Maures, en firent 1400 prisonniers, et s'emparèrent de l'artillerie ennemie.

mate,

Ce succès décida les Maures à capituler, et le roi Abu-abd-Allah, allant à la rencontre des rois Ferdinand et Isabelle, leur remit les clefs de la ville.

Re in arm à

Quelques jours après, les rois catholiques firent leur

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