‹ A travers l'Espagne [microforme]Chapitre 36 sur 85 · RER · texte numérisé non relu

RER

entrée dans la fameuse citadelle, regardée comme imprenable, que Mahomet avait promis de tonjours défendre, et ils firent célébrer le sacrifice divin à l’Alhambra,

Dans le même temps, l’infortuné Abu-abd-Allah, surnommé Boabdil, s'éloignait en pleurant de Grenade, et soupirant : Allah huakbar ! Dieu est grand! Peutêtre n’ajoutait-il pas : Mahomet est son prophète !

Il faut avoir visité Grenade pour comprendre quell: dut être la profondeur de son désespoir.

Après quelques jours passés dans cette admirable ville, je la quitte moi-même avec regret, et en promettant d'y revenir un jour.

Je comprends la joie que l’un de ses poètes contemporains, Martinez de la Rosa, a éprouvée, en la revoyant après une absence prolongée, et je ne copie pas sans émotion ce salut poétique qu'il lui a adressé :

# O ma bien-aimée patrie! Je te revois enfin, je revois ton sol si beau, tes champs brillants et féconds, ton soleil éclatant, ton ciel paisible !

“ Oh ! oui, je vois la célèbre Grenade s'étendre au bas de ses deux collines, je vois ses tours se dresser au milieu de ses jardins toujours verts, je vois ses fleuves de cristal baiser ses murailles, ses monts superbes entourer la vallée, et la Sierra Nevada couronner ses horizons lointains.

“ Oh! ta mémoire me suivait partout, Grenade ! elle troublait mes plaisirs, ma paix, ma gloire, elle oppressait mon âme et mon cœur, Sur les rivages glacés de la Seine et de la Tamise, je me rappelais les doux rivages du Darro et du Génil, ét je soupirais! et bien souvent

en entonnant une chanson joyeuse, ma douleur s’exaspèrait, et une plainte mal réprimée étouffait ma voix.

“ En vain l’Arno délicieux m'offrit ses rives émaillées de fleurs, asile des amours et de la paix. La plaine arrosée par le paisible Grénil, disais-je, est plus fleurie ! Le séjour de la belle Grenade est plus doux ! Et je murmurais ces paroles d’une voix plaintive, et me rappelant la maison de mes pères, j'élevais mes tristes yeux

vers le ciel.

‘“ Quelle est donc ta magie, ton ineffable enchantement, Ô patrie, ô doux nom, pour que tu nous sois si chère ! Le noir Africain, loin de son désert natal, regarde avec un douloureux dédain les chainps verdoyants ; le, grossier Lapon, ravi à sa terre maternelle, soupire après ses longues nuits et ses glaces éternelles ; et moi, moi à qui le destin bienfaisant a accordé la faveur de naître et de grandir sur ta terre bien heureuse, si comblée des dons de Dieu, aurais-je pu t’oublier, 6 Grenade ! ”

x DE GRENADE A SÉVILLE

” Questions effleurées.— Une ballnde.—L’Andalousie et son climat.—La Giraldn.— S Souvenirs que le nom de Séville réveille. —Manuscrits de Christophe Colomb e —Histoire de Séville.— L'opinion de ses admirateurs,

A Si j'ai bonne mémoire, la dernière lettre que je vous à ai adressée, il y a déjà longtemps, vous parlait encore " de Grenade, et c’est avec regret que je fais mes adieux es à la vieille capitale des Maures.

Que de choses je pourrais vous dire encore! Que de charmantes légendes j'aimerais à vous raconter, dans lesquelles les guerriers maures se trouvent aux prises avec les héros chrétiens ! Que de problêmes historiques il me plairait d'étudier avec vous !

Car cette invasion de l'islamisme dans l’Europe chrétienne, et sa domination huit fois séculaire en Espagne, font surgir des questions du plus haut intérêt. et ont donné lieu à bien des erreurs. Il y a des écrivains qui, grisés des beautés de l’art oriental, se sont épris d’admiration pour les Maures, vantent leur civilisation, et regrettent leur expulsion d'Espagne. Inutile dè vous dire que je ne suis pas de ceux-là. Tout en admirant le génie de leurs artistes—qui n'ont d'ailleurs excellé que dans un seul style d’architecture—je n'hésite pas à

dire qu’en expulsant ces terribles ennemis du nom chrétien, les rois catholiques d'Espagne ont sauvé non seulement le Christianisme, mais encore la civilisation et | l'art.

| Je crois aussi que l'islamisme n'a subsisté jusqu’à | nos jours, que grâce à certains principes fondamentaux | | qu’il a empruntés au christianisme. La part de vérité, | contenue dans le Coran et copiée de la Bible, l’a préserr4 d'une ruine précoce, comme la cathédrale catholique « sauvé la mosquée de Cordoue.

Mais ce n’est pas en courant d’une ville à l’autre, et k dans une chambre d'hôtel qui ne contient pas un livre, que je puis approfondir ces questions.

Pour en finir avec Grenade, je veux reproduire ici cette charmante ballade que je trouve dans une vieille revue d'Espagne :

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