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femme descendant jusqu'aux genoux, les jambes et les pieds nus, ou chaussés de pantoufles en maroquin jaune.
Les juives—souvent très jolies—ont le costume le plus disgracieux. Elles sont courtes et grassouillettes, quelquefois énormes. Depuis le cou jusqu'aux hanches c'est une masse disgracieuse de chair, et cette masse est envelcppée dans une ample camisole de soie ou de coton, tantôt blanche et tantôt de couleur tendre. De cette masse informe sortent deux jambes grêles emprisonnées dans des caleçons très collants en coton, ou, si elles sont riches, en drap d’or. Placez un tonneau sur deux batons et vous aurez une idée de l'élégance des juives de Tunis.
Sur leur tête, elles portent une espèce de bonnet phrygien, pointu, et barriolé de broderies et de pierres de couleur.
Quel contraste entre la femme mauresque et la juive ! La ‘première, je vous l’ai déjà dit, vit renfermée ; et quand elle sort elle est voilée, et toute enveloppée de vêtements blancs très amples. La juive au contraire est libre, sort beauccup, et porte des vêtements trop étroits.
La beauté, dans l’opinion des Tunisiens, consistant dans l’'embonpoint, j'imagine que la Tunisienne a cru que ce costume ferait mieux ressortir cette perfection. Mais aux regards de l’homme civilisé, cette perfection ressemblé beaucoup à une infirmité.
Ainsi, nous avons assisté au mariage d’une Tunisienne, âgée de 18 ans, qui pesait au delà de 800 livres,
dont la taille mesurait probablement 8 pieds de circonférence. C'était l’idéal de la beauté !
Remarquez bien que, suivant la coutume, on avait dû pendant les six mois précédents, la soumettre à un régime particulier, destiné à produire ce résultat. Aussitôt que le mariage d’une jeune fille est décidée, on la renferme dans une chambre obscure, où elle mange des farineux et dort. Au bout de quelques mois, elle en sort énorme, c’est-à-dire belle. Cela me rappelle qu'autrefois on engraïissait les victimes avant de les conduire à l’autel des sacrifices ! :
Le seul avantage que je trouve dans cet embonpoint des juives de Tunis, c’est qu’on ne pourait pas facilement les enlever. Cet avantage serait peut-être appréciable, même en Canada ; car s’il faut en croire les journaux (qui ne mentent jamais), il se rencontrerait parmi nous, de temps en temps, des femmes qui manquent de poids, et dont l’enlèvement est possible.
Un des quartiers les plus intéressants de Tunis est celui des soukhs ou bazars. Nous nous engageons dans un enchevétrement de ruelles et de passages à arcades, généralement voûtés, et flanqués de balcons enfoncés, ou de niches où se tiennent les marchands, assis sur des comptoirs, les jambes croisées. Ici sont les parfums et les essences ; là sont les cuirs, les sachets, les babouches, les ceintures ; plus loin sont les tissus de soie et de coton, les tapis en poil de chameau ; ailleurs sont les bijoux et les objets d'art ; et les bazars succèdent aux bazars à perte de vue.
De nombreuses mosquées, et plusieurs synagogues s'élèvent dans les divers quartiers de la ville,
Le Dar-el-Bey, qui est le palais du bey, renferme plusieurs salles remarquables et nous y admirons surtout un plafond en stuc ciselé, qui est un chef-d'œuvre. Mais il est bien inférieur au Bardo, autre palais du bey, situé à quelques milles de la ville.
Celui-ci rappelle tout-à-fait l’Alhambra, et l'Alcazar de Séville. La cour des lions est loin de valoir celle de Grenade, mais quelques-unes des salles sont vraiment splendides, et certaines voûtes sont ornées de sequins d’or, et sculptées avec un art infini.
Après la visite du Bardo, nous allons voir les ruines de Carthage, qui malheureusement sont loin de satisfaire la curiosité de l’archéologue. Les fouilles ont-elles été insuffisants ? Je l’ignore ; mais il est certain que les découvertes faites sont de peu d'importance, si l’on considère l’antiquité et la célébrité de Carthage. A part les citernes qui sont immenses et curieuses, l’on n’a guère trouvé autre chose que des pierres détachées, des fragments d'inscriptions, de statues et de tombeaux, des couteaux de silex et d'anciennes monnaies.
Sur une colline de Carthage, s'élève la chapelle de Saint-Louis, modeste souvenir consacré par la France à l’un de ses plus grands rois, qui vint y mourir héroiquement, après un suprême effort contre la puissance d’Islam.
Etrange coïncidence que l’immense malheur de ce saint Roi dans les ruines mêmes de la ville la plus infortunée qui fût jamais !
La chapelle de Saint-Louis est confiée à la garde des missionnaires, parmi lesquels j'ai retrouvé le R, P. Delattre, que j'avais vu à Québec quelques années auparavant.
À deux ou trois milles de là, est la résidence de $. E. le cardinal Lavigerie, et nous ne manquons pas d’aller le saluer. Le grand homme nous fait l'accueil le plus charmant, et nous parle longuement des excellent. rapports qu'il entretient avec le bey.
Quand nous reprenons la route de Tunis, le soleil va bientôt se coucher, et les innombrables arches des
antiques aqueducs, bâtis par Rome, étendent au loin
leurs ombres colossales.
C'est une heure et un lieu bien propres à la réverie et à la méditation. Tous les souvenirs classiques que les ruines de Carthage ont réveillés en moi, et les œuvres de régénération que la France et l'Eglise tentent d'accomplir encore sur cette terre ravagée et dégénérée, me fourniraient un grand et beau sujet d'étude. Mais il est temps de prendre congé du lecteur, et de lui donner aussi son congé.
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