‹ À travers l'Europe coopérative [microform]; Congrès de Buda-Pesth du 31 août du 17 septembre)Chapitre 32 sur 56 · VIENNE · texte numérisé non relu

VIENNE

Vienne. - Capitale de l’empire d’Autriche (1.700.000 habitants). Belle et élégante ville d’origine celtique, sur le canal du Danube, dans lequel se jette la Vienne, dans la ville même.

Comme Paris, Vienne est divisée en vingt arrondissements et la partie lapins commerçante et la plus animée de la ville se trouve enserrée dans le cercle de la Ringstrasse. La Ringslrasse est le nom sous lequel on désigne une ceinture de grands et superbes boulevards entourant la ville intérieure.

Suivanl ce qui avait été convenu avec nos compagnons de voyage, nous nous disposons à visiter la ville aussitôt après notre petit déjeuner; mais en sortant nous constatons encore une lois que la pluie, qui nous accompagne depuis le début de notre voyage, avec une fidélité désespérante, s’est remise à tomber.

Force nous est donc de braver le mauvais temps si nous voulons profiter de notre séjour ici pour faire connaissance avec la capitale autrichienne.

Nous faisons le tour de la Ringstrasse sur laquelle se trouvent les monuments ci-après que nous voyons en passant: le Théâtre de V Opéra, le Ministère de la Justice, le Palais Impérial (Woïhnvg) que nous reverrons de plus près tout à l’heure, la Bibliothèque inipériale, qui contient 400.000 volumes et 20.000 manuscrits, les Musées de Peinlure- et d" Histoire naturelle, le Palais de Justice, le Parlement (Reichsralh), édifice imposant, de style grec, ayant sur le devant une fontaine monumentale couronnée d'une superbe statue de Minerve; le Théâtre de la Cour, Vllôtd de Ville, magnifique édifice, de slyle gothique (surmonté d’une tour de 100 mètres de haut), qui a coûté 30 millionsdecouronnes; \e Palais deV Université, la Préfechire de Police, la Bourse, ITIôteldes Postes, le Musée de l' Industrie, le Palais de I archiduc Eugène et V Académie des Beaux-Arts.

A peu près tous les monuments de la Ringstrasse sont de construction récente, lisent été édifiés de 1871 à 1885.

En revenant vers la Ilolburg, qui est la résidence des princes de la maison d’Autriche^ depuis le xiii® siècle, nous voyons passer un peloton d’environ 40 gardes de l’Empereur, soldais splendides, velus de magnifiques costumes rouges, armés de hallebardes. Nous questionnons notre guide qui nous apprend que ces soldats d’élite se rendent à la chapelle du Palais où doit être célébré aujourd’hui, à 11 heures, un service funèbre à l’occasion de l’anniversaire de la mort de l’Impératrice Elisabeth, assassinée à Genève, il y a quelques années.

Nous nous rendons alors dans la cour des Suisses qui nous a été indiquée, pour voir passer la Cour impériale se rendant à la cérémonie.

Dans celle cour où se trouvent pas mal de personnes allant et venant et où passent de très nombreuses voilures de la Cour amenant à l’église, archiducs, archiduchesses, princes, généraux, ministres, etc., il n’y a pour tout service d’ordre que deux soldats de la garde impériale, bonasses et placides, qui suffisent à contenir les curieux et à assurer la circulation de.^ voitures et des piétons.

L’autorité supérieure n’a pas jugé nécessaire de faire Irarrer les rues, de garnir le passage du cortège d’une multitude d’agents ni d’une forêt de baïonnettes, et les représentants de la force publique ne nous paiaissent pas éprouver le besoin de passer à tabac les paisibles sujets de l’empereur François-Joseph.

On n’cnlend point de cris, il n’y a pas de bousculades et on n’ai rêle personne. Tout cela nous paraît bien bizarre et sort de nos habitudes.

De temps en temps on entend un long commandement, un bruit d’armes froissées que suivent des roulements de tambours. C’est un archiduc ou une archiduchesse, ou bien encore un prince quelconque qui passe dans une voilure aux roues dorées.

Après le défilé, la foule se relire paisiblement, nous faisons comme elle.

Notre petite caravane se rend après le déjeuner au château impérial de Schœnbrunn où elle arrive après une demi-heure de tramway.

Le château construit en 1750 est entouré de jolis parterres admirablement entretenus. 11 possède un jardin zoologique où il y a une importante ménagerie d’animaux que nous n’avons vue qu’en courant, la pluie nous ayant fait partir en toute hâte.

En 18Ü5 et 1809, Napoléon eût son quartier général à Schœnbrunn et son fils le duc de Reichstadt (l’Aiglon) y est mort en 1832, dans la même chambre qu’avait habitée son père. Nous n’avons pu visiter celte piécehistorique, le château n’élanl pas ouvert au public au moment de notre visite en raison des apprêts d’un grand dîner que devait y donner le soir l’empereur François-Joseph.

En rentrant à l’hôtel on nous montre dans une niche pratiquée dans l’angle de la maison faisant le coin de la rue du Graben et de la Kœrntnersirasse, un tronc de mélèze couvert de clous et appelé pour cette raison, le « Tronc au fer » (Stock im Eisen). Il est retenu au mur par un cercle de fer marqué du millésime de 1575. Cet arbre, dit-on^ marquait l’extrémité delà forêt de Vienne et les jeunes gens avaient l’habitude d’y venir planter un clou quand ils avaient fait un serment d’amour.

Dimanche, 11 septembre

La pluie tombe toujours. C'est pour nous une affaire d’habitude et surtout de patience.

Le malin, nous visitons l’église cathédrale de St-Etienne (Stephans Kirche) le plus considérable et le plus beau des monuments de Vienne. Bâtie de 1300 à 1519 sur les restes d’une autre église datant du xii^ siècle, l’église est en forme de croix latine.

Du haut de la tour Sl-Iitienie (136 mètres) on jouit dhine vue incomparable, et on a un bon panorama des champs de batailles de Wagram et d’iissling.

A'ous avons entendu une très belle messe en musique avec orchestre et chœurs d’un très grand effet.

Au nord de la place se trouve le palais archiépiscopal.

L’après- midi nous avons fait une promenade au Prater (le bois de Boulogne Viennois, en moins beau).

Sur la Ilauptallée quelques cafés étalent sous les arbres leurs tables garnies de nappes, sur une longueur et une profondeur inconnues en France et pouvant recevoir (en plein air s’entend) des milliers et des milliers de consommateurs.

A Vienne, nous constatons, comme du reste nous l’avons déjà constaté à Buda-Pesth et à Munich, l’intensité vraiment remarquable de la circulation des tramways électriques. Il y a une abondance de voitures que ne nous ne connaissons pas en France. Tous les trains comportent au moins une voiture réservée aux fumeurs et dans ceux composés d’une seule voiture une partie de celle-ci, séparée du reste par une cloison, est également réservée aux fumeurs.

Ce soir nous faisons avec M. Buffet nos adieux à nos compagnons de voyage, M. le comte de Rocquigny, M. de Fonlgalland et M. Madare (I) qui doivent rentrer en France par Salzbourg, Innsbruck et Zurich, alors (juc nous partons pour Trieste, Venise et Milan pour rentrer par Modane.

Ce n’est pas sans émotion que nous allons quitter ces Messieurs qu’une vie commune de deux semaines nous a appris à connaiire et à apprécier.

(1) Nous avons conservé le meilleur souvenir de M. Miidaré. <|ui est en m -me leirips qu'un homme cliurmant. un précieux compagnon do voyage.

Joseph de HAJOS

Directeur de la Société Centrale de Crédit coopératif.

Lundi, 12 septembre

Nous quittons Vienne par le train de 8 h. î23, nous rendant à Trieste.

Le temps s’est remis au beau .

Dans les environs de Vienne qui sont garnis de vignobles nous constatons, par les installations que nous apercevons, que les vignerons autrichiens font usage du tir au canon contre la grêle.

Nous traversons des plaines immenses jusqu a Neunkirchen.

Après avoir quitté Wiener-Neustadt, nous voyons sur la voie une équipe de 8 ou 10 poseurs-femmes, maniant avec entrain la pioche et la pelle.

A Ternitz, la voie s’engage dans la vallée qu’arrose la Schwarza et qu’elle côtoie jusqu’à Payerbach, où elle traverse la rivière et la vallée de lieichenau.

Depuis Gloggnitz, nous suivons ce qu’on appelle la ligne du Semmering, mais c’est à partir de Payerbach que la voie s’engage résolument dans la montagne par des rampes atteignant 40 ■>'/'" et en formant des lacets très raides. Nous franchissons des viaducs accrochés à des hauteurs vertigineuses et des tunnels nombreux, (sur une partie de la ligne de 57 kilomètres nous trouvons successivement 35 tunnels et 16 viaducs). Nous arrivons enlin à un point de la ligne situé dans la montagne, juste au-dessus de Gloggnitz, qui esta 170 mètres plus bas et que nous avons quitté depuis pas mal de temps. Nous sommes donc revenus complètement sur nos pas, en longeant l’autre côté de la vallée au fond de laquelle coule la Schwarza.

Le panorama a varié souvent le long de cette ligne, dont le point culminant est à 894 mètres d’altitude, à Semmering. Nous jouissons d’une vue ravissante et nous ne nous lassons pas d’admirer les riantes vallées que nous voyons à nos pieds et les rochers escarpés qui menacent nos têtes, où sont mollement accroupis ou pittoresquement accrochés, de nombreux et jolis villages aux maisons proprettes et parfois élégantes.

De nombreux châteaux perchés sur les cimes pointent fièrement leurs tourelles vers le ciel, pendant qu’à côté d’eux des ruines imposantes de châteaux forts nous rappellent que cette nature si jolie et ces vallées si verdoyantes, furent le théâtre de combats meurtriers et de scènes sanglantes.

Et le train continue sa route et, après 5 heures de marche, nous amène à Graz (capitale de la Styrie, 140.000 âmes) où l’on déjeune en 20 minutes.

Le long de la ligne du Semmering, les maisons de garde assez nombreuses, sont très jolies et paraissent très confortables. Elles sont toutes à 4, G et parfois

8 logements.

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A parlir de Graz, s’ouvre une vasie plaine généralement bien cultivée et offrant à perte de vue des champs de pommes de terre, de maïs, de raves, de choux et de betteraves, de blé noir, de luzerne et d’immenses prairies.

A Spielfîeld, la vallée se rétrécit et nous recommençons à grimper. Les vergers sont magnifiques et les arbres se courbent sous le poids d une abondante récolte de Iruils de toutes sortes : pommes, poires, prunes, pêches, etc. ; — à .Marbourg, ville de 25.000 habitants sur la Draveet dans un site pittoresque, la vallée s’élargit de nouveau et forme une large plaine.

A Cilli (siège de l’Union des Sociétés Goopéialives Slovènes de crédit), petite ville de 7.000 habilanls, sur la Sann, une fête foraine bat son plein aux environs de la gare et nous pouvons examiner les naturels du pays dans leurs divertissements qui ne diffèrent guère de ceux de nos fêtes pojtulaires : balançoires, chevaux de bois, etc., le tout égayé par le grincement des orgues de Barbarie.

Pas loin de nous, à gauche de la ligne, nous avons les plaines de la Croatie.

A Salloch, nous sommes dans une plaine immense et nous voyons à notre droite (iS-O)la haute chaîne des Alpes Juliennes s’estomper dans le lointain.

Nous arrivons à Laibach (siège d’une Union de Sociétés Coopératives agricoles de Crédit), capitale de la Carniole, au déclin du jour. C'est une ville de 36.000 âmes sur la Laibach. Il règne une grande animation à la gare.

Nous traversons successivement Adelsherg, St- Peter, Divaca et Nabresina et de ce dernier point, où nous laissons à droite la ligne d’Udine, nous descendons sur Trieste où nous arrivons à 9 h. 30 du soir.

Mardi 13 septembre

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