‹ À travers l'Europe coopérative [microform]; Congrès de Buda-Pesth du 31 août du 17 septembre)Chapitre 54 sur 56 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Tout ce qui constitue la présente étude : analyses des séances du VI® Congrès de l’Alliance Coopérative Internationale; études de sociétés diverses; statistiques, etc, se présente au lecteur sous un aspect suffisamment aride pour m’autoriser à ne pas augmenter encore la fatigue de ceux qui auront le courage de me suivre jusqu’ici, en ajoutant à ce qui précède des commentaires inutiles.

Je me bornerai donc à faire quelques courtes réflexions avant de mettre le point final.

Tout d’abord, il me semble nécessaire d’appeler l’attention du Comité central de l’Alliance sur le chifïre absolument infime des organisations adhérentes (483) au regard du nombre formidable d’associations coopératives (91.000) dont nous avons constaté l’existence.

11 me paraît donc indispensable qu’un efïort de propagande considérable soit tenté pour donner à l’Alliance, avec le nombre de membres sur lequel elle peut raisonnablement compter, l’importance qu’elle doit avoir pour exercer une influence réelle sur le mouvement coopératif mondial.

Cet effort, le Comité central de l’Alliance et les organisations adhérentes doivent le préparer et l’organiser de telle façon que le ^chiffre des adhésions monte rapidement et que le nombre des membres de l’Alliance atteigne bientôt 10.000 organisations coopératives.

Nous sommes prêts, en ce qui nous concerne, à prêter à l'Alliance le concours le plus large et le plus dévoué, pour que les résultats de l’eflort que nous préconisons soient aussi considérables que nous le souhaitons et l’espérons.

Mais, pour arriver au but que nous nous proposons : pour réaliser la formule coopérative qui se trouve résumée dans les statuts de l’Alliance Coopérative Internationale, il est absolument indispensable que les membres de l’Alliance ne perdent pas de vue que celle ci a été fondée pour :

« Créer des relations entre les Coopérateurs et les Organisations Coopé- « ratives des différents pays, pour leur permettre de comparer des résultats, de

« s’instruire mutuellement et de fortifier partout la Coopération par l’union et l’appui mutuel. •

Il nous parait donc dangereux, pour l’unilé et le développement de rAlliance, que dans les Congrès qu’elle organise on essaie de cataloguer les sociétés coopératives en socialistes et non socialistes, et querunion tant désiréeenlre'les sociétés adhérentes disparaisse pour faire place à une guerre sourde d’embuscades et de trahisons funestes au principe de la coopération et destructives de toute organisation.

Nous avons pu constater à Buda-Pesth qu’un certain nombre de délégués, peu nombreux, qui, par modestie sans doute, vont affirmant, contre toute justice et toute vérité, que seules . les Sociétés coopératives socialistes, dont ils font partie, naturellement, sont capables de faire œuvre utile au point de vue économique comme au point de vue social, ont essayé de mettre la main sur le Comité central de l’Alliance, en réclamant pour ces sociétés, au sein du comité, un nombre de représentants absolument déraisonnable et hors de proportion avec leur effectif réel.

Ce n’est pas faire preuve d’union que d’agir de la sorte et si nous ne faisons aucune difficulté, au contraire, de reconnaître les résultats économiques très réels obtenus par les sociétés socialistes de Belgique et d’Allemagne, nous estimons, d’autre part, qu’il serait souverainement injuste de méconnaître les résultats merveilleux que les sociétés de la Grande-Bretagne (la Wholesale en tôle), de la Hongrie, d’Italie, les 14 mille sociétés de crédit d’Allemagne, et nos coopératives françaises ont obtenus sans arborer une bannière politique, comme aussi sans excommunier celles qui dans nos réunions se croient obligées, bien inutilement, suivant nous, de faire de l’églantine rouge leur cocarde et de rinternationale leur credo.

Tant que nous aurons l’honneur de représenter la France dans les assises internationales de la coopération, nous ne tolérerons pas qu’en notre présence on vienne afiimer que seules les sociétés socialistes sont prospères et se développent. Nous protesterons énergiquement contre de pareilles affirmations, sans, toutefois, pousser la cruauté jusqu’à affirmer, par mesure de représailles, que c’est justement le contraire qui se produit.

Nous ne faisons pas de politique et nous ne voulons pas en faire ; et c’est là que réside le secret de notre force et de notre sécurité. — Nous ne nous occupons pas des faits et gestes des Coopératives et des Coopérateurs qui en font.

Nous ne voyons dans les sociétés coopératives que des foyers d’instruction sociale et d’émancipation économique et nous ne faisons aucune distinction entre les coopérateurs, de quelque point qu’ils arrivent de l’horizon politique.

Nous sommes tolérants et respectons la liberté de nos voisins et, en agissant ainsi, nous ne faisons pas autre chose que d’appliquer la devise coopérative : Tous pour chacun, chacun pour tous, à laquelle nous n’avons jamais manqué.

C’est pour cela que nous réclamons pour nous la meme tolérance et les memes égards. Nous n’injurions ni ne molestons personne et nous ne pouvons supporter qu’on nous injurie, ni qu’on nous moleste. C’est un droit que l’on ne peut nous contester, nous déclarons que nous sommes décidés à le défendre envers et contr'fe tous, si on essayait de nous le ravir.

Nous estimons que la coopération se suffit à elle-même et qu’elle n’a rien à gagner à se mettre à la remorque d’un parti politique quelconque. Nous repoussons donc pour elle toute estampille politique dont elle n’a que faire et qui serait pour elle une cause de division et de décadence.

C’est pourquoi, nous faisons appel au bon sens et à la raison de tous,— socialistes ou non, — pour que dans fAlliance Coopérative Internationale, l’union se maintienne étroite pour qu’elle devienne féconde, et fasse de ce groupement mondial une puissance économique assez forte et assez sage, pour être écoutée au dehors et respectée au dedans, et devenir le rempart intangible du mouvement coopératif universel.

Serons-nous écoutés ? L’avenir nous l'apprendra.

Page 1