‹ A travers l'Europe [microforme]Chapitre 20 sur 49 · COURSES QUOTIDIENNES · texte numérisé non relu

COURSES QUOTIDIENNES

L y a dans toutes les grandes villes certains édifices qui n’ont de véritable intérêt que pour une certaine classe de touristes, ou qui ne méritent l’attention que par leur destination. Il faut cependant les visiter pour dire qu’on les a vus.

C'est un peu pour ce motif que j'ai voulu voir Guild Hall, hôtel-de-ville de Londres, dont la grande salle est bien vantée, Masion House, résidence du lord maire dont on ne vante rien, si ce n'est la salle du bal. Habiter Mansion House n’est pas néanmoins à dédaigner, puisque le salaire du maire est de £3000 sterling.

A quelques pas de là s'allonge un édifice plus prétentieux, avec une longue façade à colonnes. C’est la Banque d'Angleterre, la plus grande qui existe, le centre de toutes les grandes opérations financières de l’Europe.

Curiosité à voir, et trè' intéressante pour ceux qui aiment à manipuler des millions! L'administration se compose d'un gouverneur, d’un député-gouverneur et de vingt-quatre directeurs, et je m'imagine qu’elle tient dans ses mains bien des fils mystérieux, qui pourraient faire sauter au besoin les gros bonnets de la finance dans tout l'empire britannique et dans l'Europe.

En traversant ses comptoirs et ses bureaux, sillonnés de gens affairés et inquiets, en examinant ses presses qui impriment 15,000 billets de baaque par jour, j'étais tenté de m’écrier : Vive la pauvreté ! La spéculation ne l'empêche pas de dormir, et elle est indépendante de la Banque d'Angleterre.

Le Royal Exchange, qui est en face, est vraiment un joli édifice, etle démon de l'argent doit être fier de ce témple. Je vous dirais

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sans doute les intrigues compliquées qui s'y jouent, si j'étais un des privilégiés de Lombard Street.

En retournant à Charing Cross, je m'arrête À la Galerie

Nationale. C'est un bel édifice dont le portique orné de colonnes

fait face à Trafalgar Square.

L'intérieur est assez riche en tableaux. Toutes les écoles de peinture y comptent quelques chefsd'œuvre—sauf peut-être l’école espagnole qui est négligée, L'école f rançÇaise n’y est pas non plus suffisamment représentée,

Pour être juste, il faut dire que si la Galerie nationale de Londres n’est pas aussi complète qu’on pourrait le désirer, il y a dans cette ville des galeries privées qui possèdent d'inappréciables trésors. Car l'Anglais a ce goût particulier qui tient à posséder non pas seulement ce qu’il admire lui-même —il est mauvais juge—mais ce qui est généralement admiré.

Ajoutons que le culte des beaux-arts en Angleterre est tout moderne, -Cromwell a été l'ennemi des arts, parce qu'il croyait avec raisou—que leur culte était intimement lié au culte catholique. Cette haine lui a survécu, et l’Angleterre l’a partagée pendant plus d’un siècle. C’est ce qui explique chez les Anglais, au moins partiellement, leur longue enfance dans les arts. L’aridité naturelle de leurs sentiments et la rigidité de leur caractère Y ont sans doute aussi contribué.

Les Anglais ont fait plus de progrès dans les sciences naturelles, et ce contraste frappe en visitant le Musée britannique.

Cet édifice est immense, et sa façade bordée de colonnes avec purtique et fronton offre un aspect imposant,

Ses collections d'histoire naturelle sont les plus considérables qui existent, et je n'ai trouvé, ni dans les musées français, ni dans ceux d'Italie, une aussi colossale exhibition de mammifères, de poissons, de serpents, d'oiseaux, d'insectes, de coquilles et de minéraux, le tout rangé et classifié dans un ordre parfait.

Un colosse antédiluvien y remplit toute une salle : c’est le mégathérium. Sa charpente osseuse ressemble au squelette d’un trois-mâts naufragé que l’on apercevrait sur un rivage désert. Le déluge nous a débarrassés de cet animal, et c'est bien fait ; il devait être d’un voisinage gênant, et je n'aurais pas aimé pour ma part le rencontrer seul au coin d’un bois.

La partie artistique du musée est fort négligée, quoique riche en marbres antiques. C'est là que lord Elgin a déposé les débris du Parthénon enlevés à Athènes. Les Français envient beuucoup à l'Angleterre ce chef-d'œuvre de Phidias,

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