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LES PALAIS DU PEUPLE

ps rapports. Elle a la même étendue et la même population que Rome au commencement de l'ère

chrétienne,

Comme dans l’ancienne Rome, il y a dans Londres des fortunes scandaleuses et des indigences avilissantes, toutes les recherches du luxe et de la

somptuosité à côté de toutes les privations de la misère,

Comme l'ancien peuple romain, le peuple de Londres demande du pain et des jeux, panem et circenses ; et s’il est vrai de dire qu’on lui donne peu de pain, il faut admettre qu'on lui donne beaucoup de jeux.

Les amusements les plus variés lui sont offerts, et il n'a que l'embarras du choix. Les théâtres, les musées, les cirques, ? concerts, les jardins, les bals masqués lui sont ouverts, et riv:: n’y manque pour le plaisir des yeux et des oreilles,

Quant à l'âme on n’y songe guère. Mais à quoi bon? N "y a-til

. Pas de grands savants qui nient soù existence, et M. Herbert Spencer n’at-il pas démontré que l’homme est un singe et que le singe est un homme ?

Telles sont les réflexions qui ont traversé mon esprit en visitant le Palais Alexandra et le Palais de cristal. Tous deux m'ont rappelé le Colisée des Césars, élevé pour amuser le peuple et le consoler de son dénûment.

Le musée de madame Tusseaud est curieux et l’on y passe une soirée agréable, Mais combien plus intéressants sont les palais, et ce n’est pas une soirée seulement, mais des journées entières qu'on y peut dépenser sans ennui.

Le Palais de cristal existe depuis vingt-cinq ans ; et, comme il ne suffisait pas aux besoins du public l'on a bâti depuis

OR d' +) g'ONDRES rappelle la Rome païenne sous plusieurg {

quelques années le Palais Alexandra. Les deux se ressemblent ; mais si le Palais Alexandra contient quelques additions intéres, santes et une salle de concert beaucoup plus vaste, le Palais de cristal, étant plus ancien, possède des collections beaucoup pius riches et plus complètes.

Une courte description de l’un donnera cependant une idée de l’autre, et fera comprendre que les Londonners y possèdent des jouissances égales— je ne dis pas semblables —à celles que les Romains trouvaient dans les cirques et dans les thermes des empereurs.

Le Palais de Cristal forme un parallélogramme de 1600 pieds de long sur plus de 300 pieds de large. C'est une nef immense avec un transept à chaque bout, et un troisième transept plus vaste el beaucoup plus élevé qui la traverse au milieu. Le plan en est simple,et cependant cette vitrine colossale a quelque chose d’aérien et de fantastique qui étonne et qui plaît. On a calculé que si ces voûtes de verre étaient étendues sur le sol elle couvriraient une superficie de 25 arpents.

Avant de franchir le seuil du Palais, les jardins et le parc nous invitent à y faire une petite course, et ce n'est pas du temps perdu. Quelles terrasses admirables bordées de balustrades autour des étangs d'azur! Quels parterres féeriques ornés de statues et de jets d’eau! Quels ombrages! Quels parfums! Quelles perspectives pleines de charmes et de surprises !

Les fontaines sont élégamment décorées, les ruisseaux traversés par des ponts ou des passerelles ; des monticules de gazon s'élèvent çà et là, et les escaliers de pierre qui en descendent nous conduisent à des pièces d'eau où des banquettes nous attendent.

Sur les bords sont installés des jeux de croquet, de cricket, et un archery ground où de nombreux compétiteurs se disputent des prix au tir de l'arc.

Le parc du Palais Alexandra contient en outre des bains et une école de natation, puis un bocage japonais avec une collection des curiosités de ce peuple étrange.

Mais arrachons-nous aux charmes du jardin italien et du jardin anglais, et pénétrons dans l'intérieur du palais. Le par courir, c’est faire le tour du monde et de l’histoire en quelques heures, car l'univers artistique y est représenté.

De chaque côté de la grande nef s'ouvrent des salles magnifiques dont l'architecture, la sculpture et les décorations appartiennent à des écoles différentes, Leur réunion forme un livre

it;

où l'on peut lire un abrégé de l'histoire de l'art dont chaque salle est un chapitre. :

En partant du transept central, sur la gauche, nous entrons d'abord dans l’école égyptienne, en suivant une avenue de lions. C’est l'enfance de l'art, mais ce grand effort de l'esprit humain qui invente les formes architecturales n'en est que plus étonnant. Ces statues colossales qui servent de pilastres, ces colonnes dont les chapiteaux sont enlacés de branches de palmier et de lotus, ces hiéroglyphes qui courent sur la frise au milieu des papyrus à tous les degrés de croissance, nous reportent à travers les siècles jusqu'à l'époque des Ptolémées. De nombreuses arcades appuyées sur des piliers énormes, des figures de Ramsès IT, le héros de l'Egypte qui a peut-être vécu douze siècles avant

us-Christ, des divinités allégoriques et des sphynx, des hiéroglyphes, des lignes verticales d'écriture où les lettres sont remplacées par des dessins représentant des yeux, des couteaux, des arcs, des oiseaux et d’autres animaux, forment un ensemble qui retrace à nos pensées Memphis et Thèbes, Ninive et Babylone.

IL va sans dire que toutes ces imitations de l'architecture égyptienne n’ont pas les proportions gigantesques des originaux.

Le petit vestibule que nous franchissons ensuite, en nous dirigeant vers le nord, nous fait faire un pas immense dans l’histoire de l’art; car nous nous trouvons sur une place publi. que de Némée dans l’ancienne Grèce. Devant nous s'élèvent les murs d'un temple de Jupiter, avec ses magnifiques colonnes doriques, et autour de nous des modèles des plus célèbres statues que la Grèce ait proiu'tes. Plus loin c'est l'immortel monument d’Aluènes, le Partnénon, avec des proportions ré. dnites.

D'Athènes à Rome la distance est à peine sensible, Nous voyons cependant apparaitre l’art toscan, et quelques additions

à l'école grecque, autour d’une collection non moins belle de stalues.

Mais quel changement soudain, et quel singulier réveil de l'art après dix siècles! Qu'est-ce donc que cette frise toute brillante de couleurs soutenue par ces délicats piliers d’or? C’est l'Alhambra, ce palais des mystères comme l'appelle Château. briand, qui abrita si longtemps la domination mauresque en Espagne ; et cette fontaine merveilleuse, c'est la Fontaine.des. douze-lions qui décorait l’une de ses cours. En arrière, est l4 Salle des Abencérages où les chefs de cette malheureuse famille

furent décapités. Il n'y, a que l'architecture mahométane qui possède ces plafonds à stalactites,

Notre promenade artistique et historique se continue autour de la grande nef, ici sous des cloîtres construits dans le style byzantin, là sous les arceaux gothiques du moyen âge, au milieu des statues couchées sur les tombeaux, plus loin à travers les œuvres mèlées de la renaissance,

L'école italienne vient ensuite nous offrir quelques illustrations des monuments de Michel-Ange et de Raphaël ; et, à deux pas de là nous traversons une maison de Pompeï très fidèle- * ment copiée.

Après l’art vient l’industrie, que les propriétaires du dé Palace n'ont pas oubliée,

La photographie, la gravure sur bois et sur acier, les verres de Chine et de Bohème, et tous les genres d'industrie—sans excepter les ferronneries de Sheflield—nous exhibent successivement leurs produits.

Sincèrement, cette exposition industrielle n’est peut-être pas à sa place ; mais il ne faut pas oublier que ce Palais est lui-mème une entreprise industrielle, et que les couteaux de Sheffield et le savon de Windsor lui attirent probablement plus de chalands que la frise du Parthénon, et le modèle du gladiateur mourant.

D'ailleurs, pour qui n’aime pas les bazars il y a autre chose, et les beautés Ke la nature vous reposent agréablement de la contemplation toujours fatigante des œuvres de l’homme. Dans une galerie voisine du grand transept, j'y ai mème rencontré un petit coin de mon pays, avec de vrais produits canadiens, et de faux sauvages qui n’ont pas voulu me reconnaître.

La végétation de l'Australie et des Tropiques s'étend à côté, et je me prélasse dans une vraie forèt, où sont cachés des animaux féroces que je reconnais très bien, et qu'on à laissés libres. , Heureusement ils sont en carton peint.

Plus loin je me suis cru en Italie, dans un jardin de Gênes, au milieu des orangers, des fleurs, et des statues, au pied d’une jolie cascade qui chantait dans les fougères, et faisait trembler les lotus bleus au bord des bassins de marbre.

d'y scrais demeuré longtemps, si les fanfares d'orchestre dans la grande salle publique du transepk central n'étaient venues m'arracher à ma douce rèverie. Des flots d'harmonie y coulèrent pendant près de deux heures, et les portes du théâtre furent ensuite ouvertes,

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Une excellente compagnie d'acteurs y joua la jolie comédie de Byron Our Boys, qui nous fit rire aux larmes aux dépens de celle pauvre autorité paternelle, si méconnue par les enfants contemporains, :

À six heures, un grand concert vocal par l'association chorale de Londres nous retint trop longtemps dans la salle de concert, qui s'ouvre en face de l'opéra.

A sept heures et demie, illumination des jardins et des fontaines, et feu d'artifice le plus merveilleux qu'on puisse voir,

À huit heures et demie des gymnastes et dés acrobates gain. badent au-dessus de nos têtes, et de nouvelles fanfares les suivent. Je n’en puis plus, et je veux me boucher les oreilles. Mais le moyen de ne pas écouter une bande qui appartient au royal horseguards blue ! Je ne serais plus un loyal sujet britannique,

Ce n’est que vers onze heures que nous pouvons reprendre le chemin de Loudres, et nous n'avions pas tout vu, ni tout entendu ; mais franchement nous en avions assez, et la lassitude remplaçait la jouissance.

Comme on peut le voir, le peuple de Londres a des palais, où, moyennant quelques chelins sterling, il peut passer une agréable journée. Mais ces amusements dont on se lasse si vite sont

bien peu de chose dans la vie d’un peuple, et suit bien insuf. fisants à son bonheur. On a beau dire, c’est encore la vie paisiblement mvnvtoue dunt ou se lasse le moins.

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