CHEMIN FAISANT
OME payenne faisait des dieux de ses empereurs : Londres divinise ses hommes de guerre. Il y en a deux surtout que je croyais morts depuis
longtemps, et cependant je ne puis faire un pas
sans les rencontrer. On peut nier l’immortalité des hommes en général, mais non pas celle de
Nelson et de Wellington.
Leurs statues, leurs portraits, leurs monuments se retrouvent partout, et Wellington fut de son vivant plus fêté, plus honoré que les antiques Césars. Il ne pouvait traverser une rue de Londres sans voir sa gloire affichée quelque part. Les salons, les vitrines, les places publiques offraient partout son image au culte des Anglais.
Au coin de Piccadilly et Hyde Park s'élève une mason qui n'est plus jeune, et qui fut la résidence du duc de Wellington. Les fenêtres qui font face au Parc éclairent une vaste chambre dans laquelle le Duc et ses amis ont célébré l'anniversaire de Waterloo pendant 35 ans.
Pour le flatter on lui éleva à l'entrée du Parc une statue qu'il pouvait contempler de chez lui sans se déranger. Francis Wey s'est agréablement moqué de cer excès d'attention, et. après avoir fait connaître le culte de Wellington il ajoute :
“ Mais ce n’est rien encore : à l’entrée de Hyde-Park, au hout “ d'une pelouse située en face des croisées du duc, Wellington ‘€ est représenté nu, en Achille, sous des praportions colossales. “ Achille a les jambes écartées, de son bras gauche il soulève ‘un bouclie’ ond; prêt à lancer le trait, il donne une expres- ‘* sion terrible à sa tête anglo-spartiate encadrée de favoris en ‘côteiuttes. Cette emphatique nudité de bronze a été placée
“sous les fenêtres, et pour le plaisir des yeux de Wellington. à “ qui ce cadeau a été offert par une souscription des dames de ‘“ Londres... ,
Tant de flatteries parurent insuffisantes. Une statue équestre “ à la Banque, une statue allégorique à Hyde-Park, des bustes “ partout, c'était bien quelque chose : le vainqueur de Waterloo “ pouvait se voir en Achille du fond de sa chambre à coucher ; “ mais il lui était impossible de se contempler de la salle à ‘ manger, qui ouvre sur la rue, Frappés de cette inconvénient, ‘“ quelques hommes d'importance, protecteurs d'un statuaire “ qui cherchait aventure, imaginèrent d'ouvrir une souscription ‘ pour un nouveau monument au vieux duc. Une pluie d’or “ répondit à cet appel.”
Après cela, les Anglais ne devraient pas se moquer de nos pratiques catholiques et de nos légendes. Ils ont plus que nous peut-être le culte des images. Ils ont aussi leurs légendes, et celle du comte Guy de Warwich semble copiée sur celle de saint Alexis. La seule différence c’est qu'un quartier de roche rem place l'escalier.
Que les Anglais honorent leurs grands hommes, et gardent leur mémoire, je n’y vois rien à blâmer, au contraire. Mais Je trouve que notre culte des saints a mille fois plus raison d’être.
C'est un des beaux côtés de notre nature de vénérer les morts illustres, et c’est surtout dans l’ordre spirituel que cette vénération est salutaire.
Aujourd’hui mème le souvenir d’un grand homme m'a attiré dans la rue Welbeck, et après quelques recherches j'ai pu trouver et visiter la maison qui vit mourir en 1873 l'homme d'Etat le plus éminent peut être que le Canada français ait produit, Sir George Etienne Cartier.
C'est le No. 47 de la rue Welbeck, West-End. J'ai vu les appartements qu’il occupait avec sa famille, le fauteuil où il s'asseyait le plus souvent près d’une croisée, et le lit sur lequel il est mort.
J'en suis sorti tout ému, et le souvenir de cet homme que j'ai si bien connu, et qui fut l’une de nos plus grandes gloirés na tionales, m'a longtemps poursuivi.
Qui nous dira les penséés qui ont dû traverser sa forte tête dans cette lutte suprême qu'il a soutenue contre la mort, lui qui avait tant combattu et remporté tant de victoires pendant vingtcinq ans ?
PE RL ER EP ES nez Eu VAS GIE Br