‹ A travers l'Europe [microforme]Chapitre 24 sur 49 · CG · texte numérisé non relu

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Qui nous dira les angoisses de sa famille désolée, dans ce jour terrible qui lui apportait à la fois l'isolement et l'exil ?

Je me suis rappelé toutes les circonstances de son départ du Canada. Avec un grand nombre de ses amis, j'étais allé lui serrer la main à bord du steamer, et je l’avais trouvé bien altéré par la maladie, Mais en prenant la parole pour répondre à notre adresse, toute son énergie lui était revenue. Uu moment son œil vif s'était rallumé, et les éclats de sa voix avaient couvert le bruit des flots et du vent. Soudain le sifflet du navire avait mugi, et il avait été forcé de s'interrompre; mais une minute après il avait repris son discours en disant : ‘ Vous ‘‘ voyez, mes amis, combien de temps ce terrible sifflet m'a in- “ terrompu ; eh bien, il en sera de même de ma défaite poli- ‘ tique et de ma maladie : elles ne feront qu'interrompre un ‘“instant ma carrière ; elles ne la briseront pas ”

Hélas ! cette confiance dans l'avenir, qu’il s’efforçait de nous inspirer, il ne l’avait plus lui-même. Car le lendemain il disait au Capitaine du vaisseau, en regardant son beau fleuve Saint- Laurent qu’il avait tant aimé: “ Je reviendrai dans mon pays, mais non pas vivant |”

Cette parole était prophétique. Le travail, la lutte et les veilles avaient usé cette organisation dévorée d'activité, et qui n’était plus soutenue que par son indomptable énergie, Le repos, le changement de climat, la paisible atmosphère de la vie domestique qu'il n'avait pas assez goûtée, ranimèrent quelque temps ses forces épuisées. L’espérance commença même à renaître au fond de son cœur; et quand la mort impitoyable vint frapper à cette porte No.:47, de la rue Welbeck, elle n'était pas assez attendue! Mais la miséricorde de Dieu est infinie, et sans doute elle aura reçu son âme. Sa foi ferme et ses profonds sentiments religieux lui auront mérité cette grâce.

Un rapprochement s'impose à mon esprit: O'Connell et Sir George Cartier.

Le premier servit avec amour sa patrie et l'Eglise, l'Irlande et Rome. Il alla mourir en Italie dans les bras de l'Eglise sa mère, léguant son corps à l'Irlande, son cœur à Rome et son âme au ciel!

Le second aima surtout son pays et sa mère patrie, le Canada et l'Angleterre. Il mourut à Londres qui lui avait décerné de grands honneurs, et légua au Canada son corps qui‘y fut rap porté et enterré avec une pompe princière ! La différence de ces deux destinées est un grand sujet de réflexion.

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