‹ A travers l'Europe [microforme]Chapitre 34 sur 49 · AUS · texte numérisé non relu

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philosophie était absolument l'évolutionnisme contemporain. Les Parisiens évolutionnistes n'auraient donc fait aucun progrès depuis vingt-cinq siècles, et à ce compte-là leur évolution n’est. elle pas un peu trop lente ?

Soyons sérieux, et revenons à l’histoire de Paris.

Nous l'avons dit, nous ne voulons pas refaire, ni même résumer cette histoire que des plumes très compétentes ont faite.

eNous nous contenterons de la feuilleter, et d’énumérer quelques-uns des noms qui en personnifient les époques les plus remarquables.

Le premier qui se présente à la mémoire est le fondateur de l'Eglise de Paris, saint Denis l’Aréopagite, homme prodigieux, génie étonnant et grand saint ! C'est lui que le Parisien devrait prendre pour modèle, :

On a dit souvent que tés Parisiens sont les Athéniens moder. nes ; or saint Denis venait d'Athènes et faisait partie du fameux Aréopage, qui valait sans doute l’Institut, et devant lequel saint Paul parla si éloquemment. La doctrine nouvelle annoncée par saint Paul lui plut, comme toutes les nouveautés plaisent aux Parisiens; mais la nouveauté dont s’éprit saint Denis, c’est la vraie science de Dieu. Si le Parisien pouvait s'éprendre de cette nouveauté.là !

Saint Denis la prêcha ensuite avec une éloquence digne de la chaire de Notre-Dame, et avec une humilité qu’on peut encore recommander, même aux Parisiens.

Quand sa tête fut tombée sous le fer du bourreau, il la releva et l’emporta lui-même dans ses mains. Le Parisien qui perd quelquefois la tête, et qui abat celle des autres, apprendrait sans doute d’un pareil patrou à mieux veiller sur son chef, et à laisser vivre celui du prochain.

On raconte enfin que ce fut l'éclipse de soleil à la mort du Christ qui révéla à saint Denis la première notion d’un Dieu. En voyant plongé dans l'obscurité la plus profonde ce roi des astres qu’il croyait immuable, il crut à l'existence d’un Etre supérieur, qu’il désira connaître et qui devint l'amour de sa vie.

L’éclipse visible de la France, cette reine des nations, ne devrait-elle pas produire la même métamorphose dans l'esprit du Parisien ?

Nous espérons et nous désirons de toute notre âme que cette éclipse, qui n’est que partielle, soit de bien courte durée, et que

‘la France reprenne sa place à la tête des nations; mais nous

sommes convaincu que ce retour de gloire et de puissance s’apè-

rerait en peu de temps si Paris, plus chrétien, avait la foi de

ce grand saint dont le martyre couronna la vie sur la colline de

Montmartre.

En reportant les yeux vers ses origines, Paris retrouve aussi" dans sainte Geneviève une patronne bien choisie,

Car l'histoire de Paris atteste que cette vierge savait accomplir des merveilles très utiles à sa ville, et qui auraient bien sérvi Paris dans la dernière guerre. Elle détournait Le fléau de Dieu qui venait de l'Allemagne ; elle procurait du blé aux Parisiens réduits à la famine; elle obtenait constamment! des rois le par: don des criminels. N'est.il pas étrange de songer que les exilés de Nouméa auraient pu réclamer l’amnistie au nom de sainte Geneviève ? Mais on aurait pu leur répondre que les vrais amis

‘de cette sainte ne sont pas des ennemis de Paris, et ne le font pas hrûler.

Lorsque la vierge de Nanterre morrut, Clovis avait définitivement soustrait la France à la domination romaie. Il fixa sa résidence à Paris, qui devint la capitale de la France.

Mais la plupart de ses successeurs, mérovingiens et carlovingiens, préférèrent vivre ailleurs, et ce n'est qu’à l'avètiement des capétiens que Paris devint définitivement le séjour des rois de France,

Hugues Capet y bâtit des palais, et la ville, sous son règne, s'agrandit et s'embellit. On fait remonter jusqu’à lui une partie des constructions qui composent le Palais de justice actuel.

Non-seulement Paris avait alors envahi les deux côtés de la Seine, mais il avait franchi la première enceinte de murailles dont la construction remontait à une date inconnue ; et lorsque. deux siècles après l'avènement de la dynastie Capétienne, Philippe-Auguste voulut enfermer la capitale dans une nouvelle enceinte, il dut laisser encore en dehors, s’il faut en croire l'historien Anquetil, du côté du nord, le Louvre, Saint Honoré, Saint-Martin, le Temple, et leurs enclos : du côté du midi et du couchant, les bourgs de Saint-Eloi, de Saint-Victor, de Saint. Marcel et de Saint Germain-des.Prés. Mais s’il dut laisser le Louvre en dehors de l'enceinte, il en fit un château fortifié,

et il y ajouta un donjon.

Philippe-Auguste ne se contenta pas de fortifier Paris ; il eut soin de l’assainir. Ilenfi paver les rues, et donna des ordres pour qu’elles fussent nelloyées et proprement entretenus.

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closes et surveillées ; le roi les fit ceindre de murs, et régir par des règlements de police, de manière à empêcher la contagion de se répandre.

C'est à saint Louis que Paris doit l'établissement de la Sorbonne, et de grandes faveurs conférées à l'Université.

Mais peu de rois ont fait autant pour Paris que Charles V. Les murs bâtis par Philippe-Auguste étaient depuis longtemps dépassés, et le temps était venu d'agrandir l'enceinte des fortifications, devenue tr-p étroite. Charles V entoura donc Paris d’une nouvelle ceinture de pierre, et commença cette redoutable forteresse, qui devint plus tard une prison fameuse, la Bastille.

Elle se composait de cinq tours reliées par des remparts. entourées de fossés, et formait l'extrémité est des boulevards.

Anquetil ajoute que Charles V bâtit encore le château de Montargis et celui de Creil, augmenta le Louvre, et se fit, sur le bord de la Seine, près de la Bastille, un séjour agréable appelé l'hôtel Saint-Paul. Sa destination était marquée par cet autre nom, l'hôte! solennel des grands esbattements.

Victor Hugo a fait, dans Notre-Dame de Paris, une description pompeuse de cet hôtel Saint-Paul, qui était immense et merveilleux, une cité dans la cité.

“ Pas de coup d'œil au monde, ni à Chambord, ni à l'Alham- ‘bra, plus magique, plus aérien, plus prestigieux que cette futaie de flèches, de clochetons, de cheminées, de girouettes, ‘ de spirales, de vis, de lanternes trouées par le jour, qui sem. “ blaient frappées À l’emporte-pièce, de pavillons, de tourelles “ en fuseaux, ou comme on disait alors, de tournelles, toutes “ diverses de formes, de hauteur et d’attitude. On eût dit un “ gigantesque échiquier de pierre. ”

Les siècles se succèdent, et Paris grandit toujours, lentement sous quelques rois, rapidement sous d’autres. Ii s'enrichit, tantôt d’un palais, tantôt d’un hôtel, ici d’une forteresse, et là d’une église.

François Ier en étend encore les fortifications, restaure quelques églises, construit de nouveaux édifices et commence l'hôtel de ville.

Henri IV achève le Pont-Neuf, ouvre de nouvelles rues et fait des additions au Louvre.

Louis XIIT continue l’embellissement de la capitale, construit de nouveaux ponts et des quais, commence le Palais royal et le Luxembourg, et crée le jardin des Plantes. ‘Puis vient Louis XIV, le roi-soleil dou l'éclat illumine Paris,

et qui en change l'aspect par des travaux immenses. Les boule. vards tombent, les fossés sont comblés, et, à leur place, s’alignent ces larges rues bordées d'arbres que nous admirons encore au. jourd’hui, et qui ont gardé le nom des anciennes fortifications, . Partout on ouvre des issues pour faire circuler librement l'air et le soleil au sein de la grande ville. La place du Carrousel, la place Vendôme, la place des Victoires, sont créées, 1

Des arcs de triomphe, qui rappeiient les victoires du grand roi sur les Allemands, les Espagnols et les Hollandais, sont érigés en son honneur. Ils s'appellent aujourd'hui la Porte Saint-Denis et la Porte Saint-Martin, et rompent agréablement la monotonie de ces vastes boulevards qui pèchent par trop d’uniformité.

En même temps naissent les Académies, l'Observatoire, l'Hôtel des Invalides, la Colonnade du Louvre, les Gobelins, l'Opéra et la Comédie-Française, la Salpétrière, et le Palais des Quatre- Nations, aujourd’hui l’Institut.

Il semble que la‘haine de Paris pour les souverains absolus est de l’ingratitude ; car c'est à eux qu’il doit davantage.

On vient de voir ce que fit Louis XIV; les Napoléon ne firent pas moins. Le nouveau ‘Paris d:te en grande partie de l'ère impériale.

De nouveaux boulevards, des ponts superbes, de nombreuses fontaines publiques, les palais agrandis et embellis, les églises restaurées, la Madeleine achevée, la Bourse et un grand nombre d’autres édifices érigés, la colonne Vendôme, l'arc de triomphe du Carrousel, l'arc de l'Etoile, et beaucoup d’autres monuments, de nouveaux parcs et jardins, de nouvelles places publiques, un système d’égouts colossal, des quais immenses, et une multitude d’autres travaux sont dus aux Bonaparte,

Personne n’a oublié les démolitions et les reconstructions que le 10m du baron Haussmann rappelle.

Mais lous ces gigantesques changements opérés dans Paris depuis deux siècles, et surtout depuis le commencement du siècle présent, ont-ils vraiment embelli Paris ?

À Sur cette dernière place le duc de Lafeuillado avait fait élever une statue pédestre de Louis XIV, reposant sur un haut piédestal, et qui a été Roatiue en 1:92. Des fauaux placés aux quatre coins du piédestal attirèrent ë Su die épigramme d’un gascon :

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Les opinions sont très partagées sur cette question ; mais, en général, je crois que les vrais artistes s'accordent à dire que si Paris y a gagné au point de vue de l'agrandissement, de l’uti. lité et de la salubrité, il Y à perdu au point de vue de l’art.

Une chose certaine, c'est que le vieux Paris n'existe plus, et que les vrais amis du beau le regrettent

Je pourrais vous citer ici les lignes pleines de mépris amer que M. Louis Veuillot a sonvent adressées au Paris moderne ; mais on dirait qu’il est ennemi du progrès.

Je préfére donc reproduire un témoignage moins suspect, celui de M. Victor Hugo. Peut-être sera-t-on étonné de voir que l’auteur de Notre-Dame de Paris n'est pas plus tendre pour la ville actuelle que ne l’a été le sarcastique écrivain des Odeurs de Paris :

“ Le Paris actuel n’a aucuñe physionomie générale. C'est ‘une collection d'échantillons de plusieurs siècles, et les plus ‘ beaux ont disparu. La Capitale ne s’accroit qu'en maisons, et ‘ quelles maisons! Du train dont va Paris, il se renouvellera “ tous les cinquante ans. Aussi la signification historique de “ son architecture s'effacetelle tous les jours. Les monuments

"y deviennent de plus en plus rares, et il semble qu'on les voit

‘“ s'engloutir peu à peu, noyés dans les maisons. Nos pères ‘avaient un Paris de pierre; nos fils auront un Paris de * plâtre.

“ Quant aux monuments modernes du Paris neuf, nous nous ‘* dispenserons volontiers d’en parler, Ce n’est pas que nous ne ‘* les admirions comme il convient. La sainte (xeneviève de M. * Soufflot est certainement le plus beau gâteau de Savoie qu'on ‘ ail jamais fait en pierre. Le palais de la Légion-d'Honneur ‘est aussi un morceau de pâtisserie fort distingué. Le dôme de “la halle au blé est une Casquette de jockey anglais sur une “ grande échelle. Les tours de Saint-Sulpice sont deux grosses ‘ clarinettes, et c’est une forme comme une autre; le télé. ‘* graphe, tortu et grimaçant, fait un aimable accident sur leur ‘toiture. Saint-Roch a un portail qui n’est comparable, pour “ la magnificence, qu’à Saint-Thomas d'Aquin. Il a aussi un calvaire en ronde bosse dans une Cave, et un soleil de bois doré. “ Ce sont là des choses tout à fait merveilleuses. La lanterne du “labyrinthe du jardin des Plantes est aussi fort ingénieuse. * Quant au palais de la Bourse, qui est grec par sa colonnade, “ romain par le plein-cintre de ses portes et fenêtres, de la re. “* naissance par sa grande voûte surbaissée, c’est indubitable.

“ ment un monument très correct et très pur; la preuve, c'est “qu'il est couronné d’un attique comme on n’en voyait pas à “ Athènes, belle ligne droite gracieusement coupée çà et là par “ des tuyaux de poêle. Ajoutons que, s’il est de règle que l'ar- * chitecture d’un édifice soit adaptée à sa destination de telle , “façon que cette destination se dénonce d'elle-même au seul “ aspect de l'édifice, on ne saurait trop s’émerveiller d'un mo- ‘ nument qui peut être indifféremment un palais de rois, une “ chambre des communes, un hôtel de ville, un collége, un ‘ manège, une académie, un entrepôt, un tribunal, un musée, “ une caserne, un sépulcre, un temple, un théâtre, En atten. “ dant, c'est une Bourse. Un monument doit en outre être ap- “ proprié au climat. Celui-ci est évidemment construit exprès “ pour notre ciel froid et pluvieux. Il a un toit presque plat “ comme en Orient, ce qui fait que l'hiver, quand il neige, on ‘“balaye le toit; et il est certain qu'un toit est fait pour être ‘balayé. Quant à cette destination dont nous parlons tout à “ l'heure, il la remplit à\merveille ; il est. Bourse en France “ comme il eût été temple en Grèce. Il est vrai que l’architecte ‘“ a eu assez de peine à cacher le cadran de l'horloge, qui eût “ détruit les belles lignes de la façade ; mais en revanche, on a “ celte colonnade qui circule autour du monument, et sous la- ‘ quelle, dans les grands jours de solennité religieuse, peut se * développer majestueusement la théorie des agents de change ‘et des courtiers de commerce. :

‘ Ce sont là, sans aucun doute, de très superbes monuments. “ Joignons-y force belles rues, amusantes et variées, comme la ‘“ rue de Rivoli, et je ne désespère pas que Paris, vu à vol de “ ballon, ne présénte aux yeux cette richesse de lignes, cette ‘opulence de détails, cette diversité d’aspects, ce je ne sais quoi “ de grandiose dans le simple et d’inattendu dans le beau, qui ‘ caractérise un damier,”

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