‹ A travers l'Europe [microforme]Chapitre 40 sur 49 · LER CERCLES CATHOLIQUES D'OUVRIERS · texte numérisé non relu

LER CERCLES CATHOLIQUES D'OUVRIERS

OUT le monde connaît le fameux romancier qui a nom Paul Féval, et l'on sait qu'il s’est radicaement converti, il y a quelques années.

Quand je dis converti, je n'entends pas faire cenprendre qu’il fût un impie. Non, Paul Féval est Breton, et les libres-penseurs sont rares en Bretagne. Il avait la foi, mais la foi sans les

œuvres.

Absorbé, emporté par cette vie sceptique de Paris qui énerve les sentiments, qui dissipe les croyances, et qui effémine les intelligences les plus viriles, Paul Féval a pendant de longues années gaspillé son merveilleux talent à entasser romans sur romans, qui ne faisaient pas de mal peut-être, mais qui ne pro duisaient aucun bien.

Cependant Paul Féval avait un ami, qui n'avait pas sa réputation, qui est mort presque inconnu du monde, et qui pourtant le dominait. Or cet ami jetait constamment dans le cœur de Paul Féval une semence mystérieuse qui n’a germé que longtemps après, et qui, d’un croyant tiède, a fait un pratiquant fervent, [l semble qu’il y a peu de distance entre croire et pratiquer ; mais en réalité il ÿ a un abime, et Paul Féval a mis des années à le franchir. Croire est quelque chose, mais prati. quer c’est tout; voilà ce que Paul Féval ne voulait pas comprendre.

Et maintenant, si l’on veut connaître Paul Féval converti, il faut lire la Première partie des Etapes d’une conversion. C'est un des plus beaux livres de la littérature contemporaine, d'autant

plus beau qu'il n'est pas entièrement le produit de l’imagination, et que son héros a vécu.

Paul Féval le nomme Jean, mais il s'appelait Raymond Brucker, et les cercles d'ouvriers dont je veux parler, rappellent naturellement son souvenir.

Il fut a“issi cet ami dont l'influence a fini par triompher du vieil homine en Paul Féval, et par en faire un homme nouveau qui fait le plus grand honneur au nom catholique.

Je n'ai pas entendu Brucker, qui était mort lorsque j'ai visité Paris; mais dans une brillante conférence au cercle du Luxembourg, M. Léon Gautier a fait revivre sous mes yeux cette gloire de l’éloquence populaire; et j'en veux noter quelques traits, puisque je parle des conférenciers de Paris.

Les cercles catholiques d'ouvriers n’ont été organisés que deux ou trois ans, je crois, avant la mort de Raymond Brucker, et lorsqu'il avait à peu près cessé de donner des conférences.

Mais avant cette époque et pendant plusieurs années, on avait adopté la coutume de réunir les ouvriers dans les églises, le soir, et d'inviter quelque conférencier laïque à venir leur adresser la parole.

Or Raymond Brucker était le conférencier populaire par excellence de ces réunions, et il obtenait parfois des succès pro digieux. Il était lui-même un converti de la veille, et après avoir été le disciple de plusieurs utopistes de cette époque—qui fut très féconde en systèmes philosophiques—il était devenu purement et simplement l'avocat de Dieu.

Tous ceux qui l'ont connu et entendu ont vanté avec un véritable enthousiasme son prodigieux talent oratoire, que la foi la plus ardente enflammait. On a dit qu'il avait du saint Thomas d'Aquin, du Shakespeare et de l'O'Connell; mais il était lui, et, quoique ce génie à part fût incomplet, il avait le don de faire vibrer les cordes du cœur huffiain et de l’'émouvoir profondé ment.

Son éloquence avait des hardiesses inouïes, des impétuosités sans frein, des éclairs imprévus, des ironies sanglantes, des dédains écrasants, des sarcasmes et des tendresses, des larmes et des sourires; et tout cela formait un ensemble harmonieux qui fascinait l'auditoire,

Chose étrange! Cet esprit, si puissant par la parole, n’était plus lui, une plume à la main. Il a écrit, beaucoup écrit, mais

le l’imagina-

t Raymond r, rappellent

riompher du ime nouveau

que j'ai visité le du Luxemx cette gloire elques traits,

rganisés que ond Brucker, nférences.

, années, on ns les églises, à venir leur

opulaire par 28 SUCCÈS pro ille, et après époque—qui était devenu

avec un vérique la foi la saint Thomas Il était lui, et, don de faire oir profondé

impétuosités nglantes, des 28, des larmes harmonieux

parole, n’était

Fu

toutes ses œuvres écrites sont manquées.

ce souffle et cette vie dévorante de la par lui était un instrument trop froid et tro marchait, son feu s'éteignait.

Au reste, Raymond Brucker était un foudre d terrassait, qui pulvérisait, qui brûlait; mais la Pas un fäifice, comme l'a dit quelqu'un. Or, faire un livre— un livre et non pas un volume—c'est construir

e un édifice, Il est temps de citer quelques-unes de ses Paroles qu'on a beaucoup admirées.

C'était le soir, dans la vieille église de Saint-Laurent, l'une des plus anciennes de Paris, près de l'arrondissement de Belle. ville, Une foule nombreuse d'ouvriers avait envahi la nef, la plupart par curiosité et non par dévotion.

Un grand nombre s’y tenaient debout, et n'avaient pas voulu s'agenouiller, Ils de Raymond Brucker comme d’ langue, et qui ne marchandait pas assurer eux-mêmes.

Plusieurs orateurs, entre autres M. Léon Gautier, vaient aussi, Mais q menaçantes auxquelles la lueur des candélabres don aspect terrible, ils pensèrent qu'il n’ faire. Raymond Bruc

Après avoir promené sur cet étrange auditoire ce re Paul Féval a décrit comme lançant des gerbes d’écl

mond Brucker fait un geste de colère, et dit : justice à l’ouvrier 1"

Quelques applaudissements éclatent dans l'auditoire. Le curé, qui s'était assis à côté de Brucker, s'alarme de ce début, lui qui a tant prêché à ses ouvriers qu'ils n’ont pas le droit de se plaindre de la société et des Bouvernants; et il le tire doucement par le pan de son habit, comme pour l’avertir qu’il touche une mauvaise corde,

Mais Raymond Brucker rep ‘rend: pas hommage à l'ouv

Des applaudissements

On n'y retrouve plus ole. La plume pour P lent ; pendant qu'elle

’éléquence, qui foudre ne bâtit

le chapeau sur la tête, avaient entendu parler un calotin qui avait bonne la vérité, et ils venaient s'en

s’y trou.

figures

gard que airs, Ray- “On ne rend pas

rend avec plus de force: “ On ne rier, on ne respecte pas l’ouvrier, ” prolongés suivent ces paroles, Alors

. . Raymond Brucker les arrête soudainement d'un geste, et s'écrie :

# N'applaudisses pas, malheureux |

SR

nr eo messes

“ Sachez qu'il #°y a dans tout l'univers qu'un seul ouvrier; # un ouvrier véritablement @iane de ce nom; uu ouvrier qui a

fait toûs les autres ouvriers; un ouvrier dont tous les autres : “ne font que copier servilement les œuvres; et cet ouvrier, “ c'est Dieu.

& C'est lui qui, incomparable architecte, a de sa main toute. “ puissante, élevé la voûte des cieux; c'est lui qui a groupé “ harmonieusement les nébuleuses dans l'espace immense : “ c'est lui qui a disposé dans l'éther l'architecture de tous les “ mondes ; c'est lui, c'est cet ingénieur éternel qui a fait des “ chemins à tous les astres et qui leur ordonne de les suivre “ avec une régularité immortelle.

“ C'est lui qui, sculpteur incomparable, a ciselé tous les “ astres ; c'est lui qui a taillé notre terre comme un merveilleux “ diamant ; c'est lui qui dans l'éternité de sa pensée et dr son “ plan divin a créé le modèle et arrêté la forme de tous les êtres “ vivants; c'est lui qui, daus le bloc de notre chair, a sculpté “ le corps humain, cette statue si bien proportionnée, si belle, “ et qui regarde le ciel.

& C'est lui qui, peintre incomparable, a jeté sur la terre la “ variété des couleurs : c’est lui qui,avec son inépuisable palette, “ a peint lui-même toutes les fleurs, tous les animaux, et le “ ciel, et la mer et l'œil humain.

& C’est lui qui a maçonné, charpenté, menuisé, tapissé, tissé, “ fondu, forgé tous les mondes, et surtout notre terre.

&« Et je dis qu’on ne rend pas justice à cet ouvrier, à l'Ouvrier !

& Tout à l'heure, je vous ai vus entrer dans sa maison, le “ blasphèmé aux lèvres et le chapeau aufront. Tout à l'heure ‘ vous êtes passés devant son tabernacle adorable, et vous ne l'avez pas salué. Tout à l'heure vous lui avez jei® je les ai “ entendues —des insultes avec des menaces.

& C'est une chose, en vérité, qui m'a révolté jusque dans le “ plus profond de mon être, et je n'ai pu en être le témoin sans “ être très profondément indigné.

“ Non, non, on ne rend pas justice à l'Ouvrier 1”

: 4 «rouchke auditoire fut subjugué, et peu à peu il s’inclina s. le souifle de cettc parole véhémente, Et Raymond Bru.

> couünuant fi asser sous leurs yeux le spectacle de Jésus euvi."r, de Jésug travaillant dans la maison de Nazareth, sous

n seul ouvrier; u ouvrier qui a

, tous les autres :

et cet ouvrier,

» sa main toute.

i qui a groupé ace immense :

ture de tous les 1 qui a fait des ne de les suivre

ciselé tous les un merveilleux ensée et de son de tous les êtres chair, a sculpté ionnée, si belle,

6 sur la terre la puisable palette, animaux, et le

6, tapissé, tissé, terre.

ier, à l'Ouvrier !

; sa maison, le Tout à l'heure,

able, et vous ne

, jet” ie les ai

ÿ jusque dans le > le témoin sans

peu il s’inclina Raymond Bru.

ectacle de Jésus Nazareth, sous

les ordres de Joseph, son Patron, et fabriquant de des meubles de ménage, des croix peut-être |

Je vous laisse à deviner quel effet une semblable éloquence devait produire sur les ouvriers. Ses succès lui firent com prendre que sa mission était là,'et il y consacra le reste de sa vie. Mais il va sans dire que ce labeur, tout de patience et de dévouement, ne lui apporta pas la fortune, Au contraire, il , dépensa le peu que ses productions littéraires lui avaient ac “44 et il mourut dans la misère,

8 Charrues,

Louis Veuillof a raconté quelque part qu'il était allé plusieurs fois porter l’aumône de Donoso Cortès, ambassadeur d'Es qui manquait de chemises, à Raymond Brucker, av Dieu, qui manquait de pain.

Les cercles Catholiques d'ouvriers étaient alors fondés, et

l'œuvre pouvait compter sur d'autre >s apôtres, que avai appelés à son heure. P que Dieu avait

pagne, avocat de

Deux officiers chrétiens, capitaines de c de Metz, plus tard prisonniers en Allemagne, étaient rentrés en France, le cœur brisé par les malheurs de la patrie, et résolus tous deux à consacrer à son salut le reste de leurs jours.

avalerie dans l'armée

Muis un nouveau et immense sujet de deuil et d'humiliation les attendait sur le sol natal. L'horrible guerre civile était allu. mée, et les deux amis durent reprendre les armes, cette fois hélas! pour combattre des Français.

Quelque temps après, conduits par le hasard de la bataille sur cette colline de Belleville où un entassement de cadavi achevait la grande et terrible expiation, ils furent saisis d’une invincible horreur pour cette révolution qui a fait tant de mal à la France, et ils comprirent, ce qu'ils n'avaient pas encore osé s'avouer, que le salut de leur patrie était dans le catholicisme ei qu’il n’était que là.

Telles étaient leurs dispositions, lorsque le directeur d'un petit cercle d'ouvriers, qui allait cesser d'exister, faute de ressources, vint leur demander secours.

Le pauvre directeur vit bientôt qu’il prêchait deux convertis : car ils mirent à sa disposition leurs bourses, leurs cœurs, leurs

talents, et ils jetèrent les fondements d’une organisation nouvelle plus étendue.

Ces deux hommes, qui sont dignes du titre d’apôt j À ; res que leur ai donnés, sont les comtes Albert de Mun et ag La Tour du

"es

Pin, et l'œuvre qu'ils ont fondée constitue aujourd’hui un vaste réseau qui s'étend dans tous les centres et dans toutes les classes de la nation, et qui compte déjà plus de deux cents associations disséminées dans toutes les principales villes de France,

Je n'ai ni le temps ni l’espace nécessaires pour vous dire comment sont organisées et comment fonctionnent toutes ces associations. Je ne puis, non plus, vous faire connaître tous les conférenciers que l’on entend deux fois la semaine dans ces cercles d'ouvriers. Il faut me borner à vous esquisser celui des deux fondateurs des cercles qui en est le plus illustre orateur. :

M. de Mun n’est pas un inconnu pour vous. Sa 1éputation a franchi les mers, et vous avez lu ses magnifiques discours à la tribune française, discours qui ont fait croire aux catholiques de France qu’ils avaient encore un Montalembert.

Ce n’est pourtant pas à la tribune que M. de Mun a donné la vraie mesure de sa force et de son talent. L’éloquence parlementaire est un genre à part, qui demande,—outre les qualités oratoires que M. de Mun possède—une longue habitude et une connaissance parfaite de ce vrai champ de bataille, C'est ce qui manque à l’orateur catholique.

Mais dans ces cercles qu'il a fondés, et qui sont son œuvre de prédilection, il se.sent chez lui, dans son élément, et c’est là qu’il faut l'entendre.

Pour vous faire apprécier ses belles conférences, il me suffira de vous en résumer une, qui est pour ainsi dire le type des autres.

En janvier 1876, M. de Mun se rendit au Hâvre, à la demande des catholiques de cette ville pour y fonder un cercle catholique d'ouvriers.. Malheureusement il avait été mandé un peu tard, et quand il y arriva, M. Jules Simon venait d’en partir. après y avoir inauguré lui-même l'ouverture d'un cercle d’ouvriers, nommé cercle Franklin.

Vous observerez comme moi, en passant, les efforts que la révolution oppose aux catholiques pour empêcher les ouvriers de lui échapper.

Ce.cercle Franklin était organisé sur une grande échelle, avec somptuosité même, et devait nécessairement être un grand obstacle au succès de l'œuvre catholique, Ajoutons que M,

jourd’hui un vaste et dans toutes las plus de deux cents incipales villes de

es pour vous dire ionnent toutes ces e connaître tous les , semaine dans ces ous esquisser celui est le plus illustre

8 Sa 1éputation a ques discours à la ire aux catholiques 1bert.

de Mun a donné la L’éloquence parle- -outre les qualités 1e habitude et une e bataille, C'est ce

| sont son œuvre de élément, et c'est là

rences, il me suffira nsi dire le type des

[âvre, à la demande ler un cercle cathoété mandé un peu n venait d’en partir.

à d'un cercle d’ou-

les efforts que la ré- ‘her les ouvriers de

ne grande échelle, ment être un grand Ajoutons que M,

Jules Simon avait fait un grand et magnifique discours qui avait produit beaucoup d'impression, Car M. Jules Simon n'est pas le premier venu; c’est un des hommes les plus éminents de l'école philosophique, et un grand orateur.

Les circonstances paraissaient donc bien défavorables, ‘et pourtant M. de Mun ne se découragea pas.

Une nombreuse assemblée fut convoquée, et dans un discours, qui fut à chaque instant convert d’applaudissements et d’acclamations, il mit en présence les doctrines catholiques qu’il venait leur prêcher et les doctrines philosophiques que M. Jules Simon leur avait développées. Il imagina un colloque entre le philosophe et l'ouvrier ; dans ce dialogue l’ouvrier vient ouvrir son cœur au philosophe et lui raconter ses misères. Ù

Jugez de l'embarras du philosophe, et du peu d'effets que ses tirades philosophiques produisent sur le cœur endolori de l'ouvrier. Très peu satisfait de ses définitions du bien, de l’honnête, du devoir, il lui parle de Dieu et de l’autre vie. Le philosophe répond ; que l'enfer et le ciel sont très problématiques, que Dieu n’est guère connu, réside bien loin de nous, Bouverne tout sans s'occuper des détails.

Hélas ! soupire l’ouvrier, que vais-je donc devenir, moi dont la vie est faite de détails, et qui ne suis moi-même qu’un détail infime de la création? A titre de consolation, M. Jules Simon lui vante alors le progrès moderne, les chemins de fer, l’éclairage au gaz, et le télégraphe. L’ouvrier lui fait observer qu'il va toujours à pied, qu'il ne s’éclaire qu'avec une lampe fumeuse, qu'il n’envoie jamais de dépêches, et il lui pose enfin cette question: Qu’y a:til à faire quand on ne peut jouir des progrès ni des jouissances que vous nous vantez ?—I1 faut se résigner, répond le philosophe.

Alors, M. de Mun met dans la bouche de l'ouvrier cette ardente et menaçanté réplique: Mais de quel droit voulez- “vous que je me résigne? Vous m'avez fait tout à l'heure un “ magnifique étalage de tous les progrès matériels ; vous m'avez ‘ montré toutes les splendeurs de ce siècle, ét les machines qui ‘emportent d’un bout du monde à l’autre, et les salles resplen. ‘“ dissantes de gaz, et les rues étincelantes de lumières ; vous “avez déroulé devant mes yeux toutes les merveilleuses con- “ quêtes de l'esprit moderne, et maintenant vous voulez que je

: “me résigne à n’en pas jouir! Et pourquoi? Et de quel

* droit? Ne m'avez-vous pas dit que nous sommes Lous égaux ?

“ Ne m'avez-vous pas dit que je-suis libre? Et libre de quoi? & N'est-ce pas d’abord de vivre, et de vivre heureux ? Vousme, “ répondez que mon devoir est de me résigner, et quand je “ vous demande ce que c’est que le devoir, vous me dites que & cest de faire ce qui est bien, ce qui est honnête et d'éviter ce “ qui est mal. Mais qu'est-ce que le bien? qu’estce que le “ mal? qu'est-ce que l'honnête? Je vous presse de questions, “et vous ne me répondez rien! Vous me parlez de Dieu, d’un &“ Dieu qui m'a créé ; mais pourquoi m'a-t-il créé? Eh! n’est- “ ce pas pour jouir de tout ce bien-être qui est là sous mes yeux, “à portée de ma main? Est-ce pour vivre misérablement “ pendant que les autres sont heureux, et mourir à la peine, “ sans espérance ? Ah! si, au moins, vous me disiez qu'après “ m'être résigné toute ma vie à montriste sort, j’aura s une “ belle récompense... Mais la science n’a rien précisé sur ce “ point. Si, pour comprimer la révolte de mon cœur, vous me “ disiez qu'il y aura un châtiment terrible pour celni qui n’a “ pas su souffrir...mais il n’Y a rien, à cet égard, d’absolument “ certain. Eh bien! alors, écoutez-moi. Je suis las de souffrir, “et je sais bien ce que je vais faire. Puisque vous ne voulez “ rien me montrer de certain au delà de cette vie, je veux au “ moins y être aussi heureux que possible ; je veux jouir à mon “ tour; je veux prendre ma part de tout ce progrès matériel si “ séduisant, et puisque vous ne m'apportez que cela ; puisque, & lorsque j'étais affamé d’honnêteté, vous n’avez pas pu me dire “ ce que c’est que d’être honnête, je ne m’occuperai plus de le “ savoir, et ce bonheur terrestre que vous me montrez et qui “ me fait envie, plutôt que d'en être toujours privé, je vais “ m'en emparer, car je suis le plus fort!”

Et M. de Mun continue :

& Ah! Messieurs, voilà donc où elle aboutit, cette philosophie “ rationaliste qu’on nous vantait si fort tout à l'heure !

& M. Jules Simon vous disait, l’autre jour, qu'il est un homme “ de 891

& Vous n’aviez pas besoin de le dire, philosophe! je vous & avais bien reconnu! Oui, voilà bien la doctrine de la révo- “ jution française! Oui, vous êtes bien le fils de ceux qui, & dans un jour de révolte, ont expulsé de la société de Dieu des “ chrétiens, pour mettre à sa place un Dieu imaginaire, qui “ n’est plüs qu’une conception métaphysique.

“ Mais vous aviez compté sans la logique du peuple! Un

üt libre de quoi?

ireux ? Vousme.

gner, et quand je

ous me dites que rête et d'éviter ce

qu’estce que le sse de questions, lez de Dieu, d’un créé? Eh! n’estlà sous mes yeux, ee misérablement nourir à la peine, 1e disiez qu'après sort, j’aura s une en précisé sur ce pn Cœur, VOUS me pour celni qui n’a rd, d’absolument is las de souffrir, 1e vous ne voulez te vie, je veux au veux jouir à mon ogrès matériel si 1e cela ; puisque, rez pas pu me dire cuperai plus de le ne montrez et qui urs privé, je vais

, cette philosophie l'heure !

u’il est un homme

ilosophe! je vous ctrine de la révofils de ceux qui, ociété de Dieu des a imaginaire, qui

> du peuple! Un

PARIS è 215

4 homme qui a marqué tristement sa place dans l’histoire de “ nos révolutions, Félix Pyat, a dit un jour que * de peuple est “un grand logicien qui ne manque jamais de conclure. ” Or, “ quand les hommes de 89 eurent mis Dieu à l'écart, et fait, à &: leur profit, une société purement humaine, ils voulurent ‘ arrêter là leur révolution, et ils crurent, ils croient encore, “ qu'avec ces grands mots de morale et de devoir, ils pourraient « se rendre maîtres de l'esprit du peuple, et l'empêcher de tirer 4 les conclusions nécessaires des principes qu'eux-mêmes avaient ‘« posés.

“Ils se sont trompés. Le peuple a été jusqu'au bout et un “ jour il est venu leur dire : “ Vous m'avez ôté l’espérance du “ ciel et la crainte de l'enfer ; il me reste la terre, je l'aurai!”

Voilà la conclusion logique où la philosophie conduit l’ouvrier. Alors, M. de Mun met en parallèle la doctrine catholique, qui donne à l’ouvrier des réponses claires, positives, à toutes ses questions, qui dissipe ses ténèbres, qui lui indique ce qui est bien et ce qui est mal, et la récompense ou le châtiment qu’il trouvera dans l’autre vie, suivant qu'il aura fait le bien ou le mal, souffert patiemment ou non. Et il ajoute: ‘ Comme le “ philosophe, nous lui dirons aussi, mais, cette fois, sans ‘ dureté, que la grande loi de ce monde c’est la résignation ; et “ s’il s'étonne, oh ! nous avons, pour nous faire comprendre, un ‘“ suprême, un admirable argument que vous ignorez, philoso- ‘ phes, que vous ne trouverez jamais, même en pâlissant sur “ les livres! Nous viendrons attacher un crucifix au mur de “ cette pauvre demeure! Et quand l’ouvrier, fatigué de son “ labeur, rentrera le soir au logis, ses yeux rencontreront ‘ l'image sacrée. Il verra cet homme attaché sur la croix le ‘ regarder d’un air de compassion ; il apercevra sur sa tête une ‘ couronne d'épines ; et il verra couler sur son visage un sang ‘pareil à celui qui a pu s'échapper quelquefois de ses mains ‘“ meurtries par le travail ; il verra autour de ses reins un lam. “ beau plus misérable que les haïllons qui le couvrent lui-même, ‘et alors il se tournera vers nous et il nous demandera: Mais “ qui donc est cet homme ?—C’est ton Dieü, ton Dieu qui a “souffert pour toi, qui est mort pour toi, ton Dieu qui t'a racheté de l'esclavage et qui t'attend là-haut, pour te donner un

“ bonheur éternel, si tu veux, sur la terre, souffrir un peu pour * l'amour de lui,”

Ce ne fut pas seulement des applaudissements, mais des

acclamations répétées que cette éloquence si franchement ca. tholique souleva.

Une ‘äâutre séance populaire eut lieu le soir, et M. de Mun reprit la parole; mais les révolutionnaires y organisèrent du tumulte pour couvrir sa voix. Malgré tout, l’apôtre des cercles d'ouvriers réussit à se faire enteñdre, et le grand orateur eut des accents comme ceux-ci : ke

“ Quand vous m’aurez montré, parmi ceux qui disent qu'ils “ vous aiment, un homme qui soit monté au Calvaire pour “ vous racheter, pour vous faire un peuple libre, j'examinerai, “ Mais, tant qué vous ne m’aurez pas montré un pareil exemple, 4 laisses-moi croire à mon Dieu, au Dieu de la France, qui l’a “ faite chrétienne, et dont j'attends le salut de ma patrie.

“ Jetez ces paroles aux quatre vents du ciel! Oubliez mon “ nom, mais n'oubliez pas une œuvre qui se présenté au nom “ d’un Dieu qui enseigne l'amour, la science de se donner à “ vous, et qui est mort pour vous, pour conquérir vos âmes, et “ vous sauver de la souffrance dans laquelle vous êtes.”

Le succès fut tel qu'il a fallu depuis ouvrir un nouveau cercle au Hâvre—le premier ne suffisant pas.

Je me suis laissé entraîner à écouter l’orateur, et je n'ai pas assez parlé de son œuvre. Fort heureusementelle est aujourd'hui bien connue dans notre pays. Humble d’abord, elle a pris depuis les plus vastes développements, et elle constitué une force avec laquelle la révolution devra compter. Aussi a-t-elle déjà mérité un commencement de persécution.

Les Cercles catholiques d'ouvriers sont une œuvre de réparation, en même temps que de rédemption. Elle est soutenue par une portion notable de la noblesse française, qui reconnaît sa part de responsabilité dans les égarements du peuple.

Ce sont les lettrés et les riches, dont un grand nombre étaient nobles, qui ont jadis prêché aux classes inférieures, soit par leurs écrits, soit par leurs exemples, la recherche des jouissances matérielles et le mépris de la religion. Le devoir de la réparation s'impose aujourd’hui à leurs descendants, et ceux qui le comprennent, se donnent la mission d'éclairer et d’édifier les classes populaires. ;

L'œuvre des cercles est un moyen, et son but est de faire disparaître l’antagonisme entre le patron et l’ouvrier, d’unir dans la paix sociale le capital et le travail, de réconcilier les clisses

franchement ca.

ir, et M. de Mun organisèrent du pôtre des cercles rand orateur eut

qui disent qu'ils a Calvaire pour re, j'examinerai, pareil exemple, , France, qui l’a ma patrie.

1! Oubliez mon présentée au nom de se donner à érir vos âmes, et us tes.”

1 nouveau cercle

ur, et je n'ai pas e est aujourd’hui elle a pris depuis é une force avec telle déjà mérité

œuvre de répa- Elle est soutenue se, qui reconnaît lu peuple.

d nombre étaient rieures, soit par 1e des jouissances voir de la répara- , et ceux qui le * et d’édifier les

t est de faire disvrier, d’unir dans icilier les clisses

dirigeantes et les classes ques, et surtout par le ré tions chrétiennes.

Pour arriver à ce but

populaires par des concessions réciprotablissement des mœurs et des iradi-

"our il faudra lutter pendant bien lon t e. L 2

par a sit la noblesse de France et tous ceux qui ct à sie pe pére ad. on faiblissent pas, le succès est certain s chrétiens et de i réti à ; Ro ne s ouvriers chrétiens, c'est ré-

Re RTE QUE)

Page 1