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A travers l'hygiène

: 'Les articles cjuelcjue peu disparates qui composent ce volume nont pas meme le mérite d’ctre. j inédits. 31s ont déjà paru dans un journal de^> jDijon, le Bien public, qui veut lien accorder'

de temps en temps a notre prose semi-scientifique — qu’on nous pardonne ce vieux clicfé — « V hospitalité de ses colonnes. »

"Les lecteurs de cette feuille nous ont toujours suivi avec bienveillance dans nos excursions a

ues-uns cependant nous ont reproefe de donner a la science une allure > un peu fantaisiste.

jBalzjac dit que la sagesse toute crue fait mal au cœur j et qu’il faut toujours un peu l'assaisonner.

Idious reconnaissons que dans nos articles le; mets disparaît souvent au milieu des assaisonnements dont nous T entourons pour en relever J la saveur.

tAvant d'arriver au précepte , nous nous attardons quelquefois en route , donnant libres cours cl nos souvenirs classiques, cueillant une. anecdote, ramassant un bon mot.

travers l’ ljvqicne. Quelq

Mais dans V état actuel des esprits , si Von présentait brutalement la coupe au lecteur sans Its circonvenir par quelques artifices de langage, accepterait-il toujours de bonne grâce le breuvage un peu écœurant quon veut lui administrer ?

ML une époque comme la notre où le mouvement social est accéléré, où les complications dej la vie réelle laissent si peu de place a la satisfaction des besoins moraux, l’fygiène ne peut guère avoir cours et circuler qu autant quelle est en quelque sorte monnayée, c’est-à-dire frappée en maximes ou en sentences faciles a comprendre, faciles ù retenir.

"Les esprits absorbés par des convoitises malsaines ou des jouissances frelatées, sont peu disposés ù entendre sa voix.

"Gette vieille d’un autre âge — elle est V aînées de la médecine — ne peut plus guère séduire qu a la condition de dépouiller son accoutrement

suranné , de revêtir des cfarmes d’emprunt, et dits se faire pardonner ses redites a force de grâces coquettes, de séductions persuasives et d’ amabilité.

Si V fvgicne est quelquefois si mal accueillie , c’est que le plus souvent elle se présente guindée ^ ou triviale, revécfe ou mal élevée.

tA aucune époque cependant elle n’a eu une ; mission aussi élevée et aussi sérieuse d remplir.

Tins un peuple dégénéré, plus il perd Zo sentiment conservateur.

Quand une nation est aussi malade que la notre , c’est moins aux expédients d’une politique; stérile et menteuse quelle doit demander son salut, qu’a une large application des préceptes de l’ijvgicnc pljpsique et morale.

SUR LA SOBRIÉTÉ

Et l’on doit être sobre avec sobriété.

Molière.

Les médecins et les moralistes qui rêvent l’avénement d’une génération saine et vigoureuse, se plaignent àl’envi de ce que l’hygiène, de nos jours, n’est guère plus écoutée dans ses avertissements sinistres que ne l’était jadis la prêtresse d’Apollon, si connue dans l’histoire.

Il est certain que l’hygiène est peu en faveur à l’époque où nous vivons. Notre société nerveuse, ennemie des entraves, s’accommode mal de l’inflexibilité magistrale de ses préceptes. Ses formules surannées font sourire notre scepticisme.

Le costume sévère dont l’affuble la science officielle est peu fait, d’ailleurs, pour lui prêter des charmes.

Toutefois, avec son air refrogné et chagrin, l’hygiène est meilleure fille qu’on ne le croit généralement.

Ce n’est jamais impunément qu’on prend avec elle de grossières licences; mais elle se relâche beaucoup de ses rigueurs quand on soulève délicatement son voile et qu’on l’aborde avec discrétion.

Elle a même des trésors d’indulgence pour ceux qui savent l’interroger avec adresse et interpréter sainement son langage.

Parmi les préceptes inscrits dans le code de l’hygiène, il en est un qui brille en lettres d’or : c’est celui de la sobriété.

Il faudrait, suivant l’expression d’Alphonse Karr, (( des hectares de papier » pour résumer tout ce qu’on a écrit depuis des siècles sur les avantages de cette vertu.

C’est un diamant que les philosophes ont fait miroiter sous toutes ses faces.

SUR LA SOBRIÉTÉ

Tandis, par exemple, que Socrate, Platon et Aristote, se livrant aux plus hautes considérations psychologiques, appelaient la sobriété « la santé de l’esprit, la gardienne de la sagesse » , Xénophon la recommandait sous un point de vue discutable, mais essentiellement pratique :

(( C’est un moyen de propreté , disait-il , car » l’homme sobre crache rarement et ne se mouche » jamais. »

Mais a-t-on toujours bien compris ce que c’est que d’être sobre?

La Fontaine l’a dit avec raison :

De tous les animaux, l’homme a le plus de pente A se porter dedans l’excès.

On a lait de la Sobriété un véritable troublefête.

On l’a représentée comme une amie terrible, toujours prête à entrer dans la salle du festin pour tracer sur les murs des mots fatidiques comme ceux qui épouvantèrent les convives de Balthazar, ou pour démasquer à tous les yeux une légion de ma-

ladies et d’infirmités traîtreusement cachées sous les mets les plus délicats.

Elle est en réalité moins rigide et moins menaçante.

C’est « une fdle du ciel », comme l’appelait Perse. En cette qualité, il est avec elle des accommodements .

Les siècles nous ont transmis une sentence qu’on a souvent répétée depuis saint Paul jusqu’à Molière et J. -J. Rousseau :

« Il faut être sobre avec sobriété. »

La santé n’est pas incompatible avec un usage modéré des jouissances gastronomiques.

On peut cédera l’attrait du plaisir et se permettre de temps en temps un sacrifice à cette dixième muse qu’on a nommée « Gastéréa » , sans cesser d’être un homme sobre, pourvu qu’on ne monte pas trop souvent à l’autel et qu’on sache se contenter habituellement de peu.

Epicure lui-même fut sobre, au rapport non suspect de saint Jérôme.

Socrate et les philosophes du Portique qui, dans

SUR LA. SOBRIÉTÉ

l’occasion, tenaient tête aux plus intrépides buveurs , comprenaient certainement mieux la sobriété qu’Epaminondas, qui, dans un festin auquel il avait été convié, refusait de boire du vin, <c afin, disait-il, de ne pas oublier comment il vivait chez lui. »

Cicéron, avec ce bon sens exquis de philosophie qui ne l’abandonnait jamais, écrivait à Papirius Pœtus : « J’aurais du plaisir à vous donner du goût » pour les repas. Faites en sorte de vous bien » porter ; mais vous n’y réussirez qu’en allant » souper souvent chez vos amis. »

Il n’y a qu’un dyspeptique ou un' hypocondriaque qui ait pu dire : « Ce qu’on laisse d’un dîner profite plus que ce qu’on en a pris. »

On a souvent cité ces paroles de Sénèque : « Vous vous plaignez de la multitude de vos maux; chassez vos cuisiniers. »

Ce philosophe parlait ainsi à une époque où la vie des Romains était une orgie continuelle.

Us avaient trouvé dans le syrmaïsme le moyen de manger dix-huit heures par jour, et de réduire le corps au rôle d’une soupape.

La jeunesse désertait les leçons des rhéteurs pour suivre des cours de cuisine.

Claude, par une attention délicate, et pour laisser toute liberté à ses convives, venait de rendre un édit par lequel il leur permettait flatum crepilumque à sa propre table.

Enfin, un acteur avait imaginé un plat exclusivement composé de langues d’oiseaux ayant parlé ou chanté, tandis qu’un empereur faisait assaisonner les lentilles avec des pierres précieuses, les fèves avec des morceaux d’ambre, le riz et les champignons avec des perles.

Est-ce bien le cas, nous dira-t-on, de s’élever contre les abus de la sobriété dans un siècle comme le nôtre, où le vcnlrualisme rabelaisien fait infiniment plus de victimes que les excès de la tempérance ne font de martyrs ?

Nous sommes loin, en effet, de l’époque où les ascètes étonnaient le monde par l’austérité de leur régime ;

Où saint Romuald , qui ne mangeait que de l’herbe, faisait couvrir sa table des mets les plus

SUR LA SOBRIÉTÉ

exquis pour se moquer de sa propre sensualité et

se dire : Romuald, voici de bien bonnes choses,

mais tu n’y toucheras pas ;

Où saint Conrad chassait la faim en se roulant tout nu sur des fagots d’épines, ce qui, dit un chroniqueur, mettait immédiatement son appétit en fuite.

Mais combien de personnes ont-elles une idée bien nette de la ligne de démarcation tracée entre la frugalité et l’intempérance par la bonne médecine et la vraie philosophie?

« L’homme, disait Montaigne, est un misérable » animal. A peine est-il en son pouvoir, par sa » condition naturelle, de gouster un seul plaisir » entier et pur, encores se met- il en peine de le » retrancher. »

Nous nous inclinons avec respect devant ces saintes austérités que commande ou inspire la religion, bien que parfois nous soyons tentés de donner à ceux qui les pratiquent ce conseil que saint François de Sales adressait à des religieuses qui marchaient pieds nus avec des sandales :

« C’est bien, mes filles, de meurtrir vos pieds, » mais vous feriez encore mieux de calmer vos têtes y> et de retenir vos langues. »

Même dans le domaine de la vie ordinaire, bien des gens s’imaginent encore que l’hygiène condamne l’homme à réduire la mesure de ses aliments au strict besoin et qu’on ne doit manger que pour apaiser les souffrances de la faim.

Combien d’autres scrutent leur estomac avec la curiosité inquiète de l’égoïsme, s’écoutent digérer, oubliant que la crainte du mal donne le mal , et accusent la faiblesse de leurs viscères, tandis qu’ils devraient s’en prendre à la faiblesse de leur esprit !

Il ne faut pas croire que le vase qui contient la santé soit assez fragile pour se briser au moindre choc.

La nature a mis dans l’organisme humain une force incessante de résistance et de régénération.

Le calme d’une vie indolente et monotone lui est peu favorable. Beaucoup de constitutions s’alanguissent et s’affaissent par l’effet d’un régime de vie trop uniforme et trop sévère.

SUR LA SOBRIÉTÉ

« La loi d’oscillation, dit un moraliste allemand, » est le principe fondamental de l’hygiène physique » et morale. »

En vertu de cette loi, nous devons établir en nous l’équilibre nécessaire entre la douleur et la joie, le repos et le mouvement, la folie et la raison.

C’est en ce sens qu’un gastronome célèbre a pu dire que la gourmandise bien entendue était une cause de longévité.

LES FRAISES

La nature s’est plu à former la fraise.

Roques.

La cueillette des fraises était, suivant Ovide, une des plus douces occupations de l’âge d’or.

Quand le Cyclope poursuivait la belle Galathée, il lui disait :

« Sois mon épouse ! J’ai des raisins que l’or jau- » nit; j’en ai que la pourpre colore.

» Viens. Tu cueilleras toi-même, de ta main » délicate, la fraise qui naît à l’ombre des bois. »

Ipsa tuis raanibus sylvestri nata sub umbra Mollia fraga leges

Nous sommes loin de l’âge heureux où régnait Saturne, âge d’innocence, de justice et de paix. Astrée s’est depuis longtemps réfugiée dans les

deux; mais la fraise n’en est pas moins restée chère aux gourmets, aux amoureux et aux poètes.

Le plaisir de la cueillir « à deux » est encore un des thèmes favoris des Muses légères.

Les refrains qu’il inspire charment toujours par leur fraîcheur, bien que souvent le parfum qui s’en exhale 11e rappelle que de très loin celui de l’innocence primitive des temps mythologiques.

Le privilège qu’a eu de tout temps la fraise d’être chantée par les poètes, se justifie par les qualités qui la distinguent entre tous les fruits :

Couleur éclatante, saveur exquise, arôme délicieux.

La fraise flatte à la fois la vue, le goût et l’odorat.

Son séjour de prédilection au milieu des bois et son apparition dès les premiers jours du printemps, ont encore dû ajouter aux charmes dont l’imagination des poètes bucoliques s’est plu à l’entourer.

Zimmermann disait que l’odorat était le sens de l’imagination, la source des sensations les plus délicates, celle des tendres souvenirs.

LES FRAISES

Aussi le parfum éthéré qui s’exhale de la fraise n’est-il pas un des attributs les moins délectables de ce fruit.

Des « nez savants » ont cherché à définir cet arôme , à le classer dans la gamme des odeurs récemment établie par les parfumeurs anglais, et à vérifier s’il admet des dièzes et des bémols.

Nous préférons à leurs formules alambiquées l’analyse naïve qu’en a donnée Pierre Dupont dans cette strophe embaumée :

La fraise épand sa douce haleine Qui tient de l’ambre et du rosier.

Quand elle monte du fraisier,

On sait que la fraise est prochaine.

L’arôme aphrodisiaque de la fraise lui assurait un rang distingué dans la cosmétique.

Les belles hétaïres du Directoire, notamment Mme Tallien, prenaient des bains de sucs de fraises et de framboises, à l’imitation des grandes courtisanes de la Grèce et de Rome.

Ces bains donnaient, disait-on , à la peau, de la douceur et du velouté : ils la coloraient d’un rose tendre et lui laissaient un parfum délicieux.

Les bains de fraises avaient été mis en vogue, seize siècles auparavant, par Poppée.

On sait que cette belle Romaine était passionnée pour les parfums.

Néron, l’ayant épousée, la tua d’un coup de pied dans le ventre ; mais, pour honorer sa mémoire, il fit brûler sur son tombeau plus d’aromates que l’Arabie n’en produisait en une année.

La fraise a été le mets de prédilection d’un grand nombre de hauts personnages.

Le goût de Louis XIV pour ce fruit appartient pour ainsi dire à l’histoire.

Enthousiasmé des produits magnifiques obtenus par La Qtiintinie dans les potagers de Versailles — ce jardinier célèbre est le premier qui ait cultivé méthodiquement la fraise des bois, — le grand roi s’était pris de passion pour la fraise.

« Il s’en crevait », pour nous servir de l’expression de l’époque , lorsqu’à d’Aquin , qui n’avait encore osé adresser à son illustre client que de timides remontrances, succéda le redoutable Fagon.

LES FRAISES

Par ordonnance de ce médecin, le « globule savoureux » fut impitoyablement banni de la table royale en 1708.

Mais Louis XIV avait assisté aux comédies de Molière. Il était un peu sceptique à l’endroit de la médecine. L’exil du fruit favori fut de courte durée.

Fagon fut obligé de fulminer de nouveau contre les fraises en 1710 et de renouveler son anathème l’année suivante.

Peu de mets, du reste , trouvaient grâce devant lui.

Si l’on parcourt le bulletin qu’il dressait chaque jour de la santé de son client, on le voit condamner le poisson, tonner contre les huîtres , proscrire les salades, faire la guerre aux petits pois, sévir contre les confitures, flétrir les ragoûts et pourchasser les perdreaux.

Ce déploiement de rigueur est d’un comique achevé, surtout si l’on se rappelle que c’est ce même Fagon qui déclamant un jour devant une nombreuse assemblée contre l’usage de « la poudre de Nicot » , termina sa péroraison en aspirant bruyamment et avec sensualité une prise de tabac d’Espagne.

La fraise , au point de vue hygiénique, est un aliment sain et facile à digérer; car elle se compose d’une pulpe légère, poreuse et fondante.

Elle est d’autant plus digestible qu’elle est plus parfumée et plus sucrée.

Sous ce rapport, la fraise des bois est beaucoup plus facilement acceptée de l’estomac que la plupart des variétés obtenues par l’horticulture moderne. ,

Notons en passant que pour avoir des fraises savoureuses, il ne faut les cueillir ni le matin ni le soir. On a remarqué que les fraises récoltées vers midi avaient le goût plus exquis qu’à toute autre époque de la journée.

Ce fait, qui peut paraître singulier, trouve son explication dans cette particularité physiologique que les différentes heures du jour ou de la nuit ont une influence bien marquée sur le développement de l’arôme des végétaux.

Certaines plantes n’exhalent leur parfum qu’à des heures déterminées.

On a cité comme curiosité les fleurs du « cereus grandiflorus » , qui émettent leur odeur par inter-

LES FRAISES

mittences, en envoyant une bouffée de demi -heure en demi-heure, depuis huit heures du soir jusqu’à minuit.

La meilleure manière de corriger les imperfections de la fraise, c’est d’y ajouter du sucre, du vin, du rhum, ou mieux encore du kirch, dont le goût se marie d’une manière très heureuse avec la saveur du fruit.

On a encore recommandé d’autres préparations que nous mentionnerons sommairement, en dégageant néanmoins l’hygiène de toute responsabilité.

Ainsi, le plus aimable des gourmets, le marquis de Cussy, a beaucoup vanté ce qu’il appelait <( la triple alliance » , c’est-à-dire une combinaison de fraises, de crème et de champagne.

Le comte de La Place, dit Brillat-Savarin , a découvert une manière très relevée d’accommoder les fraises; elle consiste à les mouiller avec le jus d’une orange douce.

Un autre gastronome a perfectionné ce procédé en ajoutant , en outre , aux fraises, le jaune de l’orange enlevé en le frottant avec un morceau de

sucre.

A TRAVERS L’lIYGIÈNE.

Il prétend prouver, au moyen d’un lambeau échappé aux flammes qui ont détruit la bibliothèque d’Alexandrie, que c’est ainsi assaisonné que ce fruit était servi dans les banquets du mont Ida.

La fraise n’est pas seulement un fruit délicieux et salubre. L’heureuse combinaison de ses éléments (acide citrique et malique, sels de chaux, etc. , adoucis par une matière muqueuse et sucrée), en fait un agent thérapeutique, un véritable médicament.

On sait qu’elle a guéri de la goutte le célèbre Linné.

Des cures nombreuses ont démontré depuis cette époque qu’elle est douée de propriétés anti-goutteuses incontestables.

Malheureusement, comme le disait un homme d’esprit, elle n’a pas encore figuré à la quatrième page des journaux.

Il faudrait qu’un spécialiste « habile » en préparât un élixir et qu’il le vendit au poids de l’or.

Alors on aurait confiance. Jusque-là, on se bornera à manger la fraise... au dessert.

LES FRAISES

Les propriétés tempérantes, apéritives et fondantes de la fraise expliquent les heureux effets qu’on en a obtenus dans plusieurs autres maladies.

On l’a employée avec succès contre la jaunisse et les obstructions du foie.

C’est un excellent aliment quand on est menacé de la gravelle, et que les urines déposent de l’acide urique.

Van Swieten a guéri , en leur faisant manger pendant plusieurs semaines jusqu’à quinze et vingt livres de fraises par jour, des maniaques furieux, dont la maladie avait probablement pour point de départ un engorgement du système abdominal.

Ce fruit paraît avoir une action remarquable, sinon sur la phthisie confirmée, du moins sur certaines affections des voies respiratoires qui simulent la tuberculisation pulmonaire.

Butini, de Genève, nourrissait ses phthisiques avec du lait d’ànesse et des fraises.

Frédéric Hoffmann a guéri, dans l’espace de deux mois, avec des fraises, un jeune homme épuisé par une fièvre hectique accompagnée d’une toux violente , d’étouffements et de crachements de

sang.

Schulze, Roques, Gilibert, Double, etc., citent des cas analogues.

Enfin Gelnecke, de Stettin, a préconisé la fraise comme vermifuge ; il prétend même l’avoir employée avec succès contre le tœnia.

Terminons par une anecdote :

Fontenelle, on le sait, aimait beaucoup les asperges ; mais il adorait par-dessus tout la fraise.

Elle était devenue pour lui, sur ses vieux jours, une sorte de panacée , une espèce de talisman auquel il attachait la conservation de sa santé.

A sa dernière heure, un de ses amis lui dit: « Eh bien, comment cela va-t-il ? »

« Cela ne va pas, répond le philosophe ; cela s’en va. »

Puis il ajoute en souriant : « Ah! si je pouvais seulement attraper les fraises ! »

Il ne put attraper les fraises; il mourut, mais à cent ans moins quelques jours.

LE NEZ

Le nez , c’est l’homme.

Schulze.

Le nez peut être considéré comme une des plus hautes expressions de la personnalité humaine.

Presque tous les animaux sont doués d’un organe olfactif; mais l’appendice nasal est particulier à l’homme.

Il a tant d’importance dans l’ordre physiologique que sa forme constitue un des caractères distinctifs des grandes races qui se partagent le globe.

(( Un beau nez, dit un ancien auteur, est le soleil » de la face, » Sicut sol.

Aussi les peuples de l’antiquité ont-ils toujours fait grand cas d’un nez bien conformé.

Chez les Hébreux, pour être admis au sacerdoce, il fallait être doté d’un nez exceptionnel, assez difficile, du reste, à définir, car, suivant le Lé-

vitique, cet organe ne devait être « ni petit, ni grand, ni gros, ni tordu. »

Si l’on en croit Platon et Plutarque, il y avait en Perse des eunuques dont les fonctions consistaient uniquement à diriger par des manœuvres méthodiques la croissance du nez des jeunes princes, de manière à les rendre dignes de figurer un jour avec honneur sur une face royale.

Par d’habiles manœuvres répétées plusieurs fois par jour sur les nez confiés à leurs soins, ils réprimaient en les refoulant l’exubérance des uns, remédiaient par des tractions à la brièveté des autres, et ramenaient vers la ligne médiane ceux qui avaient une tendance à s’en écarter.

Cette espèce d’orthopédie nasale était probablement loin de donner les résultats mathématiques rêvés de nos jours par Lavater.

On sait que ce célèbre physiognomoniste prétendait pouvoir déterminer géométriquement les rapports qui, suivant lui, doivent exister entre le nez d’un monarque et celui d’un esclave.

Ce qui semble indiquer que le nez joue un rôle important dans l’individualité, c’est qu’il est peut-

LE NEZ

être de tous les organes celui que l’hérédité frappe de l’empreinte la plus caractéristique et la plus durable.

Certaines formes de nez marquent souvent, comme d’une espèce de cachet, les membres d’une même famille.

Nous citerons par exemple le nez aquilin qui s’est transmis pendant des siècles dans les familles des Bourbons et des Borromées.

Ces transmissions d’un trait originel peuvent se prolonger très longtemps.

Un médecin écossais, Grégory, raconte qu’ayant été appelé dans un village, il avait été surpris de retrouver chez un grand nombre de paysans une forme de nez très caractéristique qu’il venait de remarquer, au château, sur un vieux portrait de famille.

« Ces paysans, lui dit l’intendant de la maison, descendent des bâtards de notre illustre seigneur, mort il y a deux cents ans. »

Portai parle d’une famille dont tous les membres avaient le nez si mobile que la pointe de l’organe s’élevait ou s’abaissait à chacune de leurs paroles.

Voici ce qu’il faut, d’après les idées européennes, pour qu’un nez soit bien conformé :

Sa longueur doit être égale à celle du front.

Il doit y avoir une légère cavité près de ses racines.

Vue par devant, l’épine doit être large et presque parallèle des deux côtés; mais il faut que cette largeur soit un peu plus sensible vers le milieu.

Le bout du nez ne doit être ni dur, ni charnu, ni trop petit, ni trop large.

Dans le profil , le bas du nez n’aura que le tiers de sa longueur. ,

Les narines devront aller plus ou moins en pointe et s’arrondir par derrière. Elles seront partagées en deux parties égales par le profil de la lèvre supérieure.

Vers le haut, le nez joindra de près Tare de l’os de l’œil, et sa largeur du côté de l’œil sera au moins d’un demi-pouce.

Les idées que l’on se fait de la beauté en général n’ont, du reste, rien d’absolu.

« Interrogez un crapaud, disait Voltaire, il vous

LE NEZ

» répondra qu’il n’y a rien d’aussi beau que » sa crapaude avec sa peau gluante et ses gros » yeux. y>

Chez les Tartares, le nez est d’autant plus beau qu'il est plus court et plus enfoncé. Les femmes les plus admirées sont celles qui ont le moins de nez.

Un cordelier, nommé Rubruquiz, envoyé par saint Louis en Tartarie pour y prêcher l’Evangile, ou plutôt pour y nouer des relations commerciales, avait ouï vanter l’épouse du grand chef Zenghis comme une beauté incomparable.

Admis en sa présence, il recula stupéfait.

Elle n’avait pour tout nez que deux petits trous qui formaient l’ouverture des narines.

Un Mongol disait un jour à un Européen : « Cela » doit bien vous gêner d’avoir sans cesse un nez » sous les yeux? »

Chez les Bushmens, il ne suffit pas à une femme pour être belle d’avoir le nez exigu ; il faut que les joues soient assez saillantes et assez rebondies pour cacher presque entièrement le promontoire nasal vu de profil.

Cette conformation était exactement celle du visage de l’historien anglais Gibbon.

On sait quelle impression ce visage produisit sur

Mmc duDeffant qui, étant aveugle, avait l’habitude de palper la face de toutes les personnes qui lui étaient présentées pour la première fois.

Indépendamment du rôle que joue dans la physionomie l’organe dont nous nous occupons (on sait qu’il s’allonge quelquefois considérablement sous l’influence du désappointement ou de la mauvaise humeur), on a de tout temps admis une corrélation entre la forme ou le volume du nez et certaines qualités affectives, intellectuelles ou morales.

Ainsi, un nez long et délicat annonce généralement de l’esprit et de la finesse dans les idées.

Un nez très pointu révèle un fureteur indiscret. C’était le nez de Saint-Simon.

Un nez aquilin et renflé serait souvent l’apanage de l’intrépidité. Les historiens ont signalé les fortes proportions du nez de Cyrus , d’Artaxerxès-le- Grand, de Constantin, etc.

« Voyez les médailles, voyez les portraits, dit un » auteur un peu fantaisiste ; vons trouverez que » les héros ont le nez proportionné à la grandeur » de leur renommée. Ce qui fait que les nègres

LE NEZ

» sont en général stupides, c’est qu’ils sont ca- » mards. »

Il y a lieu de croire, en effet, que si on étudiait la prépondérance des petits nez et des grands nez ** au point de vue intellectuel, ce sont en général ces derniers qui l’emporteraient.

Un nez trop fortement recourbé annonce un esprit entreprenant et hardi. Celui de Catilina avait cette forme.

C’est aussi le nez des individus fortement enclins à la raillerie. Naso suspendit adunco , dit Horace en parlant d’un satirique.

Suivant les anciens, un nez relevé indique la grandeur d’àme et la fierté; un nez épaté la luxure; des narines ouvertes et très mobiles, la gourmandise.

Les nez fendus comme ceux de certains chiens de chasse seraient, à ce qui paraît, l’indice d’une grande bienveillance. Tels étaient les nez de saint Vincent de Paul et du diacre Paris.

Nous ne dirons rien d’une certaine formule de coïncidence physique qui a été versifiée par un

A TRAVERS l’hVGIÈNE.

poëte latin, mais qui, acceptée de confiance, donnerait souvent lieu à de tristes déceptions.

Le nez pourrait fournir un chapitre à l’histoire des grands événements engendrés par de petites causes.

Par exemple, que serait-il advenu du royaume de Perse si Darius n’eùt réprimé la révolte de la Babylonie?

Or, il ne se serait jamais emparé de Babylone si Zopyre ne lui eût fait le sacrifice de son nez, et ne lui eût ouvert les portes de la ville, après s’y 01’ e introduit comme victime de la cruauté de son maître.

Le nez retroussé de Cléopâtre, en charmant César et en captivant Antoine, blasé sur les nez grecs et romains, n’a-t-il pas changé la face du monde ?

Le nez est la partie du corps qui a toujours eu le plus à souffrir de la haine, de la justice, du dévouement ou dé l’honneur.

LE NEZ

Les Egyptiens, les Grecs et les Romains coupaient le nez aux femmes adultères.

« Dans certains cantons de l’Allemagne, dit un » auteur, on vise au nez dans les duels et on en , » abat un bon nombre. »

Dans plusieurs circonstances mémorables, des centaines de nez sont tombés en holocaustes sur l’autel de la chasteté.

Les femmes et les fdles d’Angleterre se le coupèrent pour se rendre hideuses aux yeux des Danois et empêcher les conquérants d’attenter à leur honneur.

Eusébie, abbesse du monastère de Saint- Cyr, à Marseille, se coupa le nez à l’approche des Sarrazins et le fit couper à toutes ses religieuses.

Elles conservèrent peut-être leur virginité ; mais les vainqueurs, trompés dans leur convoitise, les ma ssacr èr en t i rn pi toy ab 1 eme n t. .

La mutilation du nez, comme procédé de justice sommaire, a surtout été pratiquée dans l’Inde sur es esclaves, en Italie sur les malfaiteurs.

Aussi est-ce dans ces contrées que l’art de

(( racoutrer » ou de reconstituer les nez a pris naissance ou s’est perfectionné.

Ce genre de prothèse a reçu de nos jours le nom de « rhinoplastie. »

Il consiste à appliquer sur l’emplacement du nez, après en avoir ravivé les bords, un lambeau de peau emprunté soit à la face, soit au bras, lambeau qu’on ne détache de la partie qui le nourrit que lorsque la soudure est parfaite.

Mais quelles que soient l’habileté de l’opérateur et la patience de l’opéré , cette espèce de greffe animale ne donne jamais que des résultats défectueux, à moins que la perte de substance à réparer ne soit peu considérable et que le nez n’ait conservé sa charpente.

Un nez fabriqué de toutes pièces rappelle toujours, plus ou moins, pour la forme, le tubercule périgourdin si cher aux gourmets.

Manquant de support, il obéit aux mouvements de hausse et de baisse que lui impriment les alternatives de la respiration.

Il a une existence indépendante et ne vit pas de la vie de son ancien propriétaire, comme « le nez du notaire », d’Edmond About;

Mais il s’affaisse de plus en plus et finit toujours par se ratatiner.

LE NEZ

L’opération offre, d’ailleurs, de grands dangers.

Un chirurgien expert dans l’art de rapiécer la face, ayant passé il y a quelques années par Paris, on lui chercha des nez à refaire.

Sur cinq opérés, deux succombèrent. Les nez des survivants n’étaient pas présentables.

Le plus sage est de masquer la difformité par un nez artificiel soutenu par des lunettes.

Il y a une trentaine d’années, à une époque où la fabrication des nez artificiels était loin d’avoir fait les progrès qu’elle a réalisés depuis, le célèbre chirurgien Magendie disséqua pendant plusieurs mois avec un élève qui avait un nez artificiel, sans s’en apercevoir.

Terminons par quelques considérations hygiéniques :

Le nez est un organe essentiellement respiratoire. C’est le vestibule des voies aériennes; c’est le premier passage que l’air doit franchir avant d’arriver aux poumons.

La bouche ne doit servir qu’à parler, à boire et à

manger.

L’habitude vicieuse de respirer par cette ouverture, surtout pendant le sommeil, est la cause d’une foule de maladies de poitrine : bronchites, asthmes, tuberculisations, etc.

Le passage préalable de l’air dans les anfractuosités nasales est nécessaire pour le préparer au grand phénomène d’élaboration vitale qu’il va subir dans la respiration.

C’est là qu’il doit déposer les corpuscules étrangers dont il est toujours chargé, et acquérir les conditions de température et de raréfaction sans lesquelles il offenserait les poumons qui doivent, pour ainsi dire, le digérer.

11 n’y a aucun mal sans quelque bien.

Charron.

Puisque nous sommes tous en butte à des maux inévitables, la véritable sagesse est l’art de nous en consoler.

Nous avons déjà démontré qu’en cherchant bien au fond des maladies, on y trouve presque toujours quelques petits bonheurs.

Le système des compensations, qui est, pour ainsi dire , une loi providentielle nécessaire à l’équilibre du monde moral, s’applique aussi aux difformités.

De tous les individus que la nature a disgraciés au point de vue de la beauté des formes, ce sont peut-être les bossus à qui elle a donné en échange les plus riches compensations.

Ils sont généralement doués d’une extrême facilité pour les travaux de l’esprit

Privilégiés sous le rapport de la promptitude et de la finesse du coup d’œil, ils saisissent vivement le côté ridicule de nos travers et ils en rient.

A cet égard, le siècle où nous vivons est un âge d’or pour les individus affligés de déviation vertébrale.

A quelle époque, par exemple, la scène politique a-t-elle réuni d’aussi nombreux éléments de jovialité : travestissements impossibles, changements à vue, prodiges d’équilibre, ascensions vertigineuses, groupements monstrueux, dislocations étourdissantes, pirouettes insensées?

N’y a-t-il pas là amplement de quoi s’ébaudir . . . même avec un torse irréprochable?

En réalité, n’envisager un pareil spectacle que sous le côté comique, est encore le plus sage.

En présence d’une agitation qui est grotesque parce qu’elle est fatalement vouée à la stérilité, rire est le meilleur moyen de s’empêcher de pleurer.

Nous aurions une trop longue énumération à faire si nous voulions citer tous les bossus célèbres

par leur esprit, en commençant par Thersyte et en finissant par Pope, l’homme le plus bossu et le plus spirituel que l’Angleterre ait jamais produit.

Les bouffons qui amusaient les rois et les grands seigneurs par leurs réparties et leurs bons mots étaient presque tous bossus.

Le prince du burlesque moderne, Scarron, avait, comme il le dit-lui-même, la forme d’un Z.

Il mourut au milieu d’un éclat de rire , laissant pour suprême malice « madame sa femme » à Louis XIV.

Le Maccus, cette marionnette légendaire, qui divertissait tant par ses saillies impudentes les Romains de la République, avait deux bosses, l’une par devant, l’autre par derrière.

Cette double proéminence s’est transmise de siècle en siècle à ses successeurs, jusqu’à notre Polichinelle qui a hérité, non-seulement de la conformation typique, mais du bredouillement qui faisait la joie des badauds de l’ancienne Pmme.

Le temps et l’observation ont consacré une liaison d’idées indissoluble entre la gibbosité et la gaieté railleuse.

Aussi se représente-t-on difficilement un bossu mélancolique, comme le langoureux adorateur de la belle Esmeralda.

D’autre part, Asmodée, personnification diabolique de la malice indiscrète, eût peut-être encore mieux figuré avec une bosse qu’avec des béquilles, bien que les boiteux aient, au point de vue des compensations, peu de chose à envier aux bossus.

La claudication, qui compte une foule de représentants célèbres, tels que Tyrtée, Philippe, Auguste, Tamerlan, Ignace de Loyola, Shakespeare, Walter Scott, Talleyrand, Benjamin Constant, etc., est, en effet, bien loin d’être déshéritée.

Nous ne ferons pas valoir en faveur des boiteux la réponse que, d’après Brantôme, fit un jour à un Scythe la reire des Amazones, ni le proverbe grec que Montaigne a commenté dans un langage si pit-

toresque et si naïf.

Nous nous bornerons à constater qu’à la claudication sont souvent attachées d’heureuses qualités

intellectuelles.

(( Les boiteux ont l’àme ardente», disait lord

Byron.

On sait que le chantre de Ghild-Harold était luimème atteint de cette difformité.

Elle fournissait aux classiques orthodoxes qui le considéraient comme le représentant de la littérature satanique, un point de comparaison entre le poëte et l’ange aux pieds fourchus qui lui inspirait ses chants.

C’est surtout chez les femmes que les défectuosités physiques semblent regrettables; car, suivant l’expression de Pierre Charron, la vie des femmes c’est la beauté.

Mais il est rare que les difformités n’ajoutent

pas chez elles à la vivacité et à l’étendue de l’esprit.

La nature, qui se plaît à disséminer ses bienfaits, accorde rarement à la fois les rayons de l’intelligence et ceux de la beauté.

Une femme douée d’un physique disgracieux est souvent plus attrayante qu’une femme d’une beauté correcte, parce qu’elle cherche à faire oublier ses imperfections corporelles en déployant toutes les ressources de la coquetterie et de l’amabilité.

Les difformités, d’ailleurs, n’excluent pas toujours la grâce, qui est, comme disait La Fontaine, plus belle encore que la beauté.

Une grande puissance de séduction peut s’allier à une laideur remarquable. Voltaire disait :

Pour moi je préfère

Laideur aimable à beauté trop sévère.

La laideur, du reste, n’a rien d’absolu ; car la beauté appartient moins au domaine du raisonnement qu’à celui de l’imagination.

Un Américain, qui avait beaucoup voyagé, disait : « Je déclare en toute sincérité n’avoir jamais ren- » contré de femme absolument laide. »

La puissance de l’amour réside moins dans le flambeau, qui est un de ses attributs, que dans le bandeau qui lui couvre les yeux.

On sait que Cupidon ne visitait Psyché que dans l’ombre et le mystère.

Elle voulut un jour le contempler à la lueur d’une lampe ; mais une goutte d’huile tomba sur la cuisse du dieu malin, le réveilla et le fit envoler pour toujours.

La maigreur elle-même , lorsqu’elle n’est pas excessive, a des charmes qui lui sont propres. Elle s’allie presque toujours à la pâleur, qui, suivant l’expression de George Sand, divinise la beauté.

Elle n’a pu, du reste, échapper aux caprices de la mode. Elle a eu, concurremment avec l’embonpoint, ses moments d’éclat et ses jours de décadence.

Sous la Régence , le suprême bon ton était d’avoir une fille de l’Opéra aussi maigre qne possible. Les plus étiques étaient les plus chères.

Plus tard, la « Vénus squelette » fut négligée ; on déserta ses autels, et l’opulence des formes trôna sans partage dans le monde de la galanterie.

Où en est, de nos jours, ce culte profane?

Les gens experts en matière de mode disent que les angles reprennent faveur.

Dernièrement, un érudit, qui a beaucoup étudié la femme au point de vue plastique, résumait ainsi ses impressions :

« On aime beaucoup les femmes grasses, mais d on n’adore guère que les maigres. »

Ce qui prouve que les désagréments attachés aux défectuosités corporelles n’ont rien d’absolu, c’est qu’il est quelquefois de mode d’en être ou d’en paraître affligé.

A l’époque où lord Byron « se débattait entre le doute et le désespoir » , il était de bon ton pour une femme de manquer d’appétit, et pour un homme, de traîner la jambe comme l’illustre piedbot.

Ce travers d’esprit qui porte les hommes à imiter, même par leur côté défectueux, les personnages à la mode, ne date pas d’hier.

Les capitaines d’Alexandre portaient la tète penchée sur l’épaule, et tout le monde grasseyait dans le salon d’Alcibiade.

1! ne laut donc pas s’étonner si des femmes atteintes de défectuosités corporelles ont joué un grand rôle dans l’histoire galante des siècles derniers.

Par exemple, Gabriel le d’Estrées était manchotte;

Mlle de la Vallière était boiteuse; la princesse d’Evoli, qui eut tant d’adorateurs, sous Louis XV, était borgne; MUe deMontespan avait littéralement la bouche fendue jusqu’aux oreilles.

M™6 de Maintenon était sèche, maigre et jaune; Mlle de Nantais était à la fois boiteuse et bossue; Mlle de Blois, sa sœur, était contrefaite et avait les sourcils rouges et pelés.

Notons, pour bigarrer notre discours, comme disait Montaigne, que la cour de Louis XIV qui se présente à l’esprit comme peuplée de beautés séduisantes, d’hommes de haute mine, fièrement campés, le jarret tendu et le nez au vent, n’était en réalité qu'une infirmerie de borgnes, de boiteux et de bossus.

Indépendamment des causes de dégradation physique et morale qui frappent providentiellement les grandes races, des virus de toute espèce ravageaient la cour du grand roi.

Déjà sous Louis XIII, le célèbre médecin Riolan avait remarqué que les jeunes filles de la cour, dans la proportion de 90 sur 100, avaient l’épaule droite plus élevée que la gauche.

LES ŒUFS A LA COQUE

Cuisine, c’est médecine, Michelet.

Un gastronome hors ligne, doublé d’un statisticien de mince valeur, a calculé que dans l’état actuel delà science culinaire, il y a 138 manières d’accommoder les œufs, abstraction faite des préparations innombrables dans lesquelles l’œuf, perdant son individualité, n’intervient qu’à titre de conciliateur pour rapprocher des éléments disparates et en opérer la fusion.

Il n’y a pas, en effet, de substance alimentaire qui se prête avec plus de complaisance que l’œuf à

toutes les transformations que peuvent rêver le

caprice ou le génie du cuisinier.

Si nous voulions prendre notre sujet ab ovo, nous traiterions cette question que les anciens aimaient

tant à agiter dans leurs symposies et les savants du moyen âge dans leurs écoles , celle de savoir si primitivement c’est, un œuf qui a produit une poule ou une poule qui a produit un œuf.

Mais nous suivrons l’exemple de Sylla, qui, dans un festin auquel assistait Plutarque, fit remarquer que cette petite question d’œuf et de poule remuait comme un levier toute la grande machine de la génération du monde, et se déporta d’en parler plus avant. »

Nous dirons seulement qu’en général les anciens admettaient la préexistence de l’œuf. Aussi jouaitil un grand rôle dans la symbolique comme représentant le principe de toutes choses.

C’est en celte qualité qu’il figurait dans les fêtes de Bacchus.

Les Romains aimaient beaucoup les œufs. Ils en faisaient une consommation prodigieuse.

Ils en mangeaient à tous les repas. C’était le premier mets qu’on servait sur la table.

Ab ovo iisque ad mata, disait Horace, depuis l’œuf jusqu’aux pommes, c’est-à-dire depuis le commencement jusqu’à la fin.

LES ŒUFS A LA COQUE

Il paraîtrait même,-, d’après un passage de Varron, qu’à une certaine époque, il était d’usage, à Rome, de terminer les repas comme on les avait commencés, c’est-à-dire en mangeant des œufs.

Si l’on en croit Juvénal, certains raffinés faisaient même apporter sur la table des œufs crus, mais encore chauds, avec la poule qui venait de les pondre et le nid qui les avait reçus.

L’habitude qu’avaient les Romains de manger tous les jours des œufs, leur permettait d’analyser la saveur de ce produit et d’en distinguer les nuances les plus délicates.

Non-seulement les gourmets de Rome précisaient sans se tromper l’àge d’un œuf, mais ils appréciaient avec une sûreté de goût qui tenait du prodige le genre de nourriture de la poule qui l’avait pondu.

Ce fait n’a rien d’étonnant chez ces épicuriens, qui devinaient dans quel endroit du Tibre avaient été pêchés les poissons qu’on servait sur la table, et qui, en mangeant une perdrix, reconnaissaient, à la différence de saveur, la cuisse sur laquelle

l’oiseau avait l’habitude de s’appuyer pendant son sommeil.

L’œuf est d’ailleurs, avec le lait, la substance animale dont le goût est le plus facilement modifié par le genre d’alimentation.

Les palais les moins exercés reconnaissent dans l’œuf le goût du hanneton, des bourgeons de sapins, etc.

Ce serait l’orge qui, au dire des connaisseurs, donnerait au jaune la couleur la plus foncée et la saveur la plus agréable.

Un poète, ou plutôt un versificateur français a dit, en parlant des œufs :

Ils doivent être blancs,

Longs, frais, pondus chez soi, pour qu’ils soient excellents.

Déjà du temps d’Horace , les œufs allongés étaient particulièrement estimés, comme ayant un goût plus fin et un luit plus blanc que les ronds.

Longa quibus faciès ovis erit, ilia memento lTt succi melioris

LES ŒUFS A LA COQUE

Le poëte épicurien attribuait cette supériorité à la circonstance que les œufs allongés contiendraient des embryons mâles, et les œufs ronds des embryons femelles, opinion qu’ Aristote avait combattue, que plus tard Pline et Columelle voulurent réhabiliter, mais dont les éleveurs modernes ont reconnu la fausseté, l’expérience ayant prouvé que la forme de l’œuf n’a aucun rapport avec le sexe de l’oiseau qui doit un jour en sortir.

Il faut qu’au milieu d’un peuple « ovophile » par excellence, l’empereur Tacite ait poussé bien loin la passion de l’œuf à la coque, pour que l’histoire nous ait transmis cette particularité de ses habitudes.

Héliogabale, qui dépensait rarement moins de trente à quarante mille francs à chaque repas, aimait aussi à voir figurer les œufs dans ses somptueux festins.

Mais ce n’étaient plus des œufs de poules dont la vulgarité aurait fait tache au milieu des langues de rossignols, des trompes d’éléphants et des talons de chameaux.

On lui servait des œufs de perdrix, de paons et de faisans, qui partageaient avec les mets les plus recherchés l’honneur de faire leur entrée dans la salle du festin au son de la flûte et des autres instruments de musique.

Rappelons à “ce sujet la célèbre omelette d’œufs de faisans et de perdrix que le maréchal de Soubise faisait servir à Louis XV chaque fois qu’il le recevait dans sa maison de Saint-Ouen , et qui revenait à vingt-cinq louis.

L’omelette, disons-le en passant, est de tous les mets qui ont les œufs pour hase, celui dont la confection a le plus souvent tenté l’adresse des amateurs et des profanes.

Le tour de main qui couronne cette opération culinaire a été essayé par de grands personnages.

Jean -Jacques Rousseau retournait une omelette avec une grâce et une précision sans pareille.

Nous en dirons autant de Henri Lacordaire qui, dans sa jeunesse, ne dédaignait pas de fournir son contingent d’un festin.

Le plus souvent c’est la poêle à la main que

LES ŒUFS A LA COQUE

d’illustres guerriers ont voulu savoir si la cuisine serait pour eux un sujet de triomphe comme le champ de bataille.

Le prince de Condé, si l’on en croit Gouville, essaya un jour de (aire sauter une omelette; mais « il la jeta bravement au feu du premier coup. »

Napoléon Ier ayant été un jour attiré dans l’appartement de Marie-Louise par une odeur de cuisine, trouva l’impératrice occupée à faire une omelette.

« Vous n’y entendez rien, dit-il, vous allez voir ! »

Il se fait apporter un tablier de cuisine, prend la queue du poêlon et imprime au mets le double mouvement de projection verticale et de conversion.

L’omelette saute lestement, pour retomber à plat sur le parquet.

Louis XV mangeait invariablement des œufs à la coque le dimanche, à son grand couvert, non qu’il en fût aussi friand que l’empereur Tacite, mais parce qu’il y trouvait une petite satisfaction d’amour-propre.

Il excellait dans l’art de faire sauter le haut de la coque d’un seul coup de fourchette.

Aussi les badauds qui avaient été admis à ce genre de spectacle retournaient-ils chez eux moins enchantés de la belle figure du monarque que ravis de l’adresse avec laquelle il ouvrait ses œufs.

Son bisaïeul Louis XIV aimait déjà à faire preuve de dextérité à table.

Son plaisir favori était de jeter à ses convives des boulettes de mie de pain, petit exercice de balistique qui, un jour, lui attira de la part de MIle de Vantais, qu’un des projectiles avait atteinte douloureusement, la riposte d’une salade tout assaisonnée qu’il reçut à la face.

Puisque nous en sommes au grand siècle, n’oublions pas de mentionner un mets dont il fut

beaucoup parlé dans le temps :

C’est un potage dont Dufresny régala ses amis, à l’occasion du succès d’une de ses comédies , et qui était préparé avec du lait d’œufs frais cuits à la coque.

« L’œuf, disait Grimod de la Reynière, est un » ami fidèle, toujours prêt à s’immoler pour nous

LES ŒUFS A LA COQUE

» et qu’on trouve, au besoin, à tous les instants de » la vie. »

C’est à ce titre d’ami fidèle que l’œuf avait mérité la confiance du célèbre pape Clément XIV.

Craignant d’être empoisonné par les Jésuites, dont il avait ordonné la suppression, le grand pontife ne mangeait plus que des œufs à la coque.

Ce qui, d’après quelques historiens, ne l’empêcha pas de succomber au genre de mort qu’il avait redouté.

Hippocrate, et avec lui tous les médecins de l’antiquité, ont fait grand cas des œufs au point de vue bromatologique.

Avicenne, qui est à la fois l’Hippocrate et l’Aristote des Arabes, dit qu’un jaune d’œuf avalé produit une quantité de sang égale à son volume.

On peut dire que l’œuf est un aliment complet.

Il contient à lui seul tous les principes indispensables à la formation de nos tissus, puisqu’il suffit à la nourriture d’un animal représentant dans sa composition les muscles et les tendons, les plumes et les os, les intestins et la peau.

L’œuf est un analeptique; il renferme à la fois (qu’on nous pardonne ces expressions) des matières protéiques, des composés ternaires, et enfin des sels, au nombre desquels il faut citer le phosphate de chaux, dont les travaux récents ont mis en relief l’extrême importance pour le maintien de la statique chimique normale de l’économie.

Le soufre et le phosphore qui entrent dans la composition des œufs en font de véritables médicaments , et expliquent le succès qu’on retire de leur usage dans le traitement de certaines maladies consomptives, notamment de la phthisie pulmonaire.

La chimie moderne a en effet constaté dans un grand nombre de substances alimentaires des principes qui en font de véritables médicaments.

On sait, par exemple, que de temps immémorial le cresson est en faveur comme dépuratif, antiphthisique, fondant et tonique.

LES ŒUFS A LA COQUE

Or, l’analyse chimique a découvert dans cette plante du soufre, du phosphore, de l’iode et du fer.

La cervelle, surtout celle de mouton, contient beaucoup de phosphore et peut rendre de grands services aux personnes épuisées par les excès de tout genre.

Nous en dirons autant du poisson, des œufs et de la laitance de carpe, des œufs d’écrevisses, de la moelle épinière de bœuf ou de veau, etc.

L’escargot, qu’on vante comme un spécifique dans certaines affections graves de la poitrine, renferme beaucoup de soufre.

Il en est de même du chou; ce qui explique l’odeur infecte qui se dégage de ce légume lorsqu’il entre en décomposition.

La puissance réparatrice de l’huître et les grandes promesses thérapeutiques qui ont été faites au nom de cet aliment, ne s’expliqueraient-elles pas par cette circonstance que ce mollusque, vivant dans un milieu très riche en iode, absorbe ce produit?

Les éléments si variés qui entrent dans la composition de l’œuf réagissent très promptement les

uns sur les autres et donnent bientôt naissance à une altération qui , même sans modifier sensiblement la saveur du produit, lui enlève une partie de ses qualités bienfaisantes.

Aussi les œufs frais sont-ils les seuls qui possèdent dans toute leur plénitude les propriétés thérapeutieo-alimentaires dont nous venons de parler.

Mais pour qu’un œuf à la coque réunisse toutes les qualités qui le font rechercher de l’hygiéniste et du gourmet, il ne suffit pas qu’il soit récemment pondu; il faut, en outre, qu’il soit cuit ou plutôt chauffé à point.

Un œuf à la coque n’est bien réussi et n’est facilement accepté par l’estomac qu’à deux conditions :

La première, c’est qu’il ait reçu un point de coction tel que le blanc soit : amplement laiteux, l’albumine devenant indigeste en se coagulant.

La seconde, c’est que le jaune ait néanmoins subi à un degré suffisant, l’action de la chaleur.

La méthode vulgaire qui consiste à jeter l’œuf dans l’eau bouillante, à l’y maintenir pendant deux minutes et à le laisser deux autres minutes dans la même eau retirée du feu, est irrationnelle et donne de mauvais résultats.

La périphérie de l’œuf est vivement saisie par la

LES ŒUFS A LA COQUE

chaleur; la couche extérieure d’albumine se coagule, tandis que la couche interne conserve sa transparence et que le jaune est à peine atteint par le calorique.

On obtient une cuisson plus régulière et plus parfaite en mettant les œufs avec l’eau sur le feu et en les retirant aussitôt que le liquide a jeté un premier bouillon.

LE GORYZA

S’il est une maladie prosaïque, c’est bien le coryza.

Ollier.

Un médecin était un jour rentré tout penaud.

Sortant d’une maison où il avait attaqué un coryza à coups de formules, il s’était lui-même laissé prendre, au détour de la rue, par l’ennemi qu’il venait de combattre.

Il exhala sa mauvaise humeur en maudissant, dans le langage des dieux, la maladie qui osait braver la science jusque dans la personne d’un de ses représentants officiels.

Il lui adressa un sonnet.

Voici cette oeuvre légère qui, nous le reconnaissons, est loin de valoir à elle seule un long poëme, pour nous servir des expressions de Boileau :

Où donc t’ai-je pincée, absurde phlegmasie,

Stupide coryza, catarrhe insidieux ?

Mon pouls est enfiévré, ma pensée obscurcie ;

Coule, ma pituitaire, et vous, pleurez mes yeux !

L’éternuement secoue en vain mon inertie.

Pidoux avec Trousseau, docteurs judicieux,

N’opposant qu’un mouchoir au mal capricieux,

Croient qu’il faut le traiter par la diplomatie.

Eh bien! je resterai farouche en mon fauteuil.

Les pieds sur les chenets et condamnant mon seuil A quoi bon laisser voir une face piteuse !

Et j’aurai des mouchoirs en tas, sous mon habit ;

J’en mouillerai le jour, j’en mouillerai la nuit ;

Car je n’ai plus d’espoir qu’en vous, ma blanchisseuse !

Nous comprenons les accents lamentables et la résignation douloureuse de cet infortuné disciple d’Esculape et d’Apollon.

Non-seulement le coryza est dépourvu de tout prestige, — une certaine poésie s’attache quelquefois aux grandes douleurs, — mais par le réalisme affligeant de ses phénomènes secrétoires, il semble ôter à l’homme tout sentiment de dignité.

Il rend l’intelligence obtuse, pervertit les sensations, trouble la vue, abolit l’odorat et déconcerte le goût.

LE CORYZA

Il y a des maladies dont les ennuis sont rachetés par quelques compensations.

Ainsi la goutte pose sa victime aux yeux du monde et lui donne de la considération; c’est la maladie des gens riches; n’est pas podagre qui veut.

L’anémie est à la mode; elle a pris de nos jours l’importance d’une maladie sociale.

La migraine est bien portée et de bon ton. C’est souvent une amie discrète qui se prête avec docilité aux exigences ou aux caprices du moment.

Le coryza n’a aucun de ces privilèges.

Rien d’imprévu dans ses allures; rien dans ses symptômes qui puisse éveiller chez autrui une tendre sollicitude.

Le patient a beau éternuer, il n’obtient même plus ce salut sympathique et ce souhait pieux qui accueillaient jadis l’explosion nasale et dont la formule est des plus respectables, puisque, d’après leTalmud, elle remonterait au séjour d’Adam et Eve dans le paradis terrestre.

Il n’y a rien d’aussi difficile à supporter qu’une maladie qui ne donne même pas le droit de se plaindre.

Aussi le coryza, loin de rendre l’homme meilleur, ce qui est le propre de certaines maladies longues et douloureuses, ne fait-il que pervertir chez lui les facultés affectives.

Les grandes douleurs nous font quelquefois rentrer en nous-mêmes, mais les petites nous font sortir hors de nous.

Chateaubriand disait que les larmes étaient mères des vertus.

Le coryza en provoque, mais elles sont complètement stériles au point de vue philosophique.

Le coryza occupe une place si peu importante dans l’histoire des maladies chez les anciens, qu’il y a lieu de croire qu’il était presque inconnu sous le beau climat de la Grèce et de Rome.

Aussi un écoulement nasal avait-il quelque chose d’insolite qui choquait au dernier point les habitudes d’exquise propreté de ces peuples délicats.

Un Romain qui songeait au mariage se préoc-

LE CORYZA

cupait de la constitution sèche ou humide du nez de sa future avec autant de sollicitude qu’on s’enquiert aujourd’hui du chiffre delà dot.

Juvénal nous apprend qu’un mari peu galant congédia un jour son épouse parce qu’elle était affectée de coryza.

Tl lui envoya un esclave qui lui dit :

« Madame, ayez la bonté de faire votre paquet; » vous vous mouchez à tout moment; retirez-vous; » nous attendons une femme à nez sec. »

Collige sarcinulas, dicet libertus, et exi :

Jara gravis est nobis, et sæpe emongeris ; exi Ocius, et propera ; sicco venit altéra naso.

Cette répugnance se comprend, car les anciens ne connaissaient pas le mouchoir.

Ils rejetaient loin d’eux, avec plus ou moins de dextérité, ce que nous avons soin de conserver et de porter avec nous.

Les raffinés tenaient à la main un morceau d étoffe, mais c’était simplement pour essuyer les doigts qui avaient présidé à la mondification de l’appendice nasal.

Ce procédé rappelle celui du bambocheur plébéien, bien connu au théâtre, qui, admis dans le grand monde, prenait les morceaux de sucre avec ses doigts pour les placer entre les griffes de la pince d’argent.

Faisons du reste remarquer que l’usage journalier des bains et l’emploi continuel des parfums et des baumes, amenaient chez les anciens une constitution sèche qui tendait à restreindre le produit de la sécrétion pituitaire.

Tout le monde sait, pour en revenir à la maladie qui nous occupe, que le coryza n’est autre chose que le <r rhume de cerveau » de nos pères.

Cette dernière expression était impropre, car l’organe de l’intelligence n’est pour rien, comme on l’a cru jusqu’au xvn° siècle, dans la production de l’écoulement nasal.

Le mot « coryza » , grec d’origine, est plus exact et en même temps plus euphonique.

Il sonne bien dans la bouche d’un praticien désireux de flatter agréablement l’oreille de son client.

LE CORYZA

Mais commencerait-ii déjà à être démodé?

Quelques médecins lui substituent le synonyme « rhinite » , qui produit toujours de l’effet quand il est prononcé avec conviction.

Quels ne sont pas, en médecine comme en politique, le prestige des mots et la puissance de la phraséologie !

Il y a des gens qui négligent un rhume de cerveau, mais qui soignent un coryza et s’inquiètent d’une rhinite !

Le coryza, lorsqu’il est récent et dégagé de toute complication, appartient plutôt au domaine de la médecine domestique qu’à celui de la thérapeutique magistrale.

C’est une maladie qu’il faut traiter « diplomatiquement et avec courtoisie. »

En faisant déloger brutalement une inflammation qui ne demande qu’à suivre régulièrement son cours sur la membrane qu’elle a adoptée, on risque de la voir émigrer vers une muqueuse plus délicate que la pituitaire, par exemple vers la muqueuse bronchique.

Hors le cas où la phlegmasie résiste et semble décidée à prendre droit de domicile dans l’organe qu’elle a envahi, il faut laisser agir la nature en se bornant à la seconder par de petits moyens : repos, chaleur, boissons délayantes et légèrement sudorifiques, bains de pieds, etc.

On se trouve quelquefois très bien de fumigations émollientes.

Il faut se méfier des moyens abortifs violents (injections au nitrate d’argent, au sulfate de zinc, etc) qu’emploient quelquefois les médecins « outranciers », au risque de faire comme l’ours de la fable, et de tuer l’homme sous prétexte d’écraser la mouche.

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