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religion sera celle de l'humanité, le plus grand être que l'on puisse connaître positivement, celui-là qui manifeste aussi réellement que possible «l'entière plénitude du type humain où l'intelligence assiste le sentiment pour diriger l'activité ». Les pratiques de cette religion nouvelle prêtent à sourire : mais M. Maurras sait, « par expérience, qu'on n'en sourit que faute d'en avoir pénétré bien profondément les raisons». Ellesrépondent à des besoins certains, elles sont dans la logique de la vraie philosophie qui doit envelopper et soulever toute l'âme. Parce qu'elles ne laissent rien dans l'ombre, elles mettent en valeur toutes les puissances d'énergie et d'enthousiasme de l'homme. La précision et la netteté des formules positivistes écartent tout élément inorganique, impersonnel; en même temps, rien n'est plus vivant*.

Il est vrai, après avoir montré comment ce culte,

1. V Avenir de V intelligence , pp. 124, 127, 128, 132-135. A rencontre de beaucoup d'histoi'iens du positivisme qui voudraient considérer la religion de l'humanité comme extérieure au système d'A. Comte, et la faire passer pour une superfétation qui lui serait adventice, M. Maurras estime au contraire qu'elle lui est unie par un lien de dépendance logique très étroit. Il nous semble qu'il a en cela parfaitement raison. Voici une notule qu'il a glissée en passant dans une Chronique de la Presse de l'Action française quotidienne : et qui exprime au mieux la vérité sur cette question très délicate: «J'ai le plaisir de trouver dans le Temps, sous la signature de M. Emile Boutroux analysant la Pensée contemporaine de M. Paul Gaultier, onze lignes d'une rare justesse sur un sujet que mille confusions ont brouillé : « Il y a « une trentaine d'années, le positivisme semblait triomphant : « non précisément le positivisme d'Auguste Comte, dont le trait « essentiel est l'impuissance de la science à se passer dephilo- « Sophie, et l'impuissance de la philosophie à se passer de reli- « gion; mais bien plutôt le positivisme de Littréqui, distinguant « dans les choses le domaine du relatif et le domaine de l'absolu,

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cette religion de l'humanité s'harmonisent dans la synthèse comtiste, M. Maurras écrira, quelques pages plus loin, que le fondement de tout cet échafaudage ne lui paraît pas prouvé : « La loi de dynamique sociale... d'après laquelle l'humanité passe nécessairement par les trois états d'affirmation théologique, de critique métaphysique etde science ou de religion positive, doit-elle être tenue pour démontrée ^ ? »

La morale de M. Maurras se passera donc de religion comme support. Non qu'il dédaigne l'élément religieux, non qu'il travaille, comme certains disciples peu orthodoxes d'A. Comte, à la disparition des croyances théologiques : cet élément, ces croyances, il en reconnaîtra la nécessité pour l'ensemble, il s'emploiera même à les défendre. Mais il ne les croit pas indispensables à tous, ou, plus exactement, il ne s'en préoccupe pas. Son «honnête

« proclamait l'homme seigneur du premier, mais l'excluait pour <( toujours du second. » M. Boutroux n'a pas toujours été aussi heureux dans son expression de la pensée d'Auguste Comtel Mais ceci nous semble parfait. »

X.Ibid., p. 138. — Dans une controverse postérieure, il écrivait: « A. Comte croyait avoir découvert la « loi de l'histoire ». J'ai toujours contesté que la loi de l'histoire nous fût connue, j'ai toujours critiqué cette loi des trois états d'après laquelle l'humanité passerait nécessairement, d'après Comte, de l'état théologique à l'état métaphysique, puis à l'état positif. Le fondement de cette loi qui fournit à la « foi » positiviste, avec la condition de sa sécurité, son dogme central et qui en fait un objet de prosélytisme et de propagande ne m'a jamais paru démontré » [C Action française quotidienne, 14 septembre 1909). Et cette critique de la loi des trois états ne concerne pas seulement la partie religieuse de l'œuvre comtiste, elle vise l'œuvre tout entière : cf. numéro du 15 septembre. C'est assez dire combien le positivisme de M. Maurras est éloigné de celui de Comte et de ses fidèles, MM. Baumann, Deherme, etc..

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homme » se contente des règles communes consacrées par un long usage du temps et les données de sa seule raison suffisent à lui tracer le sentier de ses devoirs. Dans la sphère des relations extérieures, la raison l'éclairé encore et l'illumine : à elle seule revient de « choisir entre l'or et le sang, de nommer le plus digne et de faire un vainqueur » ; elle établit scientifiquement les lois qui président au développement et à l'existence des sociétés, elle lui révèle enfin le postulat fondamental de la patrie.

Mais si M. Maurras attribue ce rôle prépondérant à la raison, d'autres, à l'Action française, plus proches de Comte en apparence, n'imaginent-ils pas un principe de morale tout différent? « Un des principes fondamentaux du positivisme, c'est que le moteur principal de l'individu est le sentiment. Suivant une formule de Comte, l'homme, d'une manière générale, n'agit que sollicité par une affection quelconque, et il ne pense que pour mieux agir. Ainsi, nos sentiments dominent notre existence, puisqu'ils sont à la fois le principe et le but de toute cette existence, où l'intelligence et l'activité ne fonctionnent habituellement que comme moyens ^ »

Or voici que M. Maurras se garde de faire fi d'un

1. Ij. de Montesquieu, le Système politique (VA. Comte, pp. 278- 279. — Cet exposé de la pensée d'A, Comte nous semble reproduire fidèlement quelques-uns des traits essentiels qui fondent la morale de plusieurs membres incroyants de l'Action française. Notons que cet ouvrage de M. de Montesquiou est classique à l'Action française ; et qu'on en trouvera difficilement qui rende avec plus d'exactitude la politique de Comte.

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tel levier. S'il a pu montrer quelque « complaisance pour la raison », s'il n'admet pas sans distinction que la morale de Comte établit le règne du sentiment^, toute l'activité lui paraît en somme avoir là sa source principale : « L'amour pour principe! Il est à présumer que, si l'amour de la patrie ou de l'ordre social ou du genre humain ou de Dieu n'avait pas été dans leur cœur, les « hommes de l'Action française » ne se seraient pas dérangés ». Et il n'a pas de peine à montrer que tous les appels adressés par son groupe au peuple de France correspondent à des sentiments réels et vivaces : « Otez-les (ces sentiments), vous enlevez la raison d'être de notre œuvre, les sources d'énergie capables de la réaliser jusqu'au bout^. » Le meilleur guide dans ses enquêtes comme dans sa vie, c'est encore un refrain du poète de sa Provence : « l'amour mène et l'art nous seconde^ ».

Mais cette prépondérance attribuée au sentiment n'est-elle pas en opposition formelle avec les tendances nettement intellectualistes que nous avons relevées chez M. Maurras? Les textes que nous venons de citer et d'autres, — tel cet article du Correspondant où, de concert avec M. Moreau, il est vrai, il exposait les doctrines générales de l'Action

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