Le Chemin de Paradis, p. xm
l'agnosticisme de m. maurpas 293
seulement se trouve le secret de la beauté et du bonheur: « Définitions certaines, comme chantèrent nos poètes et justes confins, hors desquels s'étend un obscène chaos \ »
Lorsque M. Maurras, en face des exigences de la vie, eut perçu avec l'acuité qui lui est propre, la nécessité, pour l'élite française, « de rétablir la discipline de sa propre pensée », il crut lui offrir le salut en lui présentant une philosophie du fini. Nulle autre ne convenait davantage à ce qu'il croyait les besoins vrais de l'humaine nature. Pour le catholique, le problème à ses yeux n'avait aucune difficulté : « Ceux qui veulent guérir de misère logique n'ont qu'à utiliser les ressources que leur présente l'économie intime de leur religion. » Quant aux
1. Ibid. — Tel paraît bien être le sens de V Invocation à Minerve qui termine V Avenir de l'intelligence^ pp. 289-296. Ce morceau, qui fait songer involontairement à la Prière sur V Acropole, chanie en une langue vraiment digne d'Athènes les bienfaits de la civilisation grecque : source des formes les plus pures en tous genres, le paganisme hellène réalise, pour M. Maurras, un idéal qui ne sera pas dépassé. On ne saurait trop regretter les vues étroites et bornées à l'ordre contingent qui ont inspiré cette page : celle-(5i n^en demeure pas moins très supérieure à la page de Renan. Par le style tout d'abord, mais surtout parce que dans ce médaillon achevé, on ne retrouve pas cette haine, cette inintelligence du christianisme qui déparent la Prière sur l'Acropole et qui, sans doute, ont en grande partie motivé l'accusation de galimatias portée contre elle par de solides critiques comme Brunetière [Cinq lettres sur Renan, p, 46). J'ai beau lire et relire l'Invocation à Minerve, a j'ai beau me frotter les yeux », je n'y trouve en effet pas un mot, pas une allusion au christianisme, alors que Renan, dans le morceau cité, l'attaque corps à corps. Que le silence de M. Maurras semble exclure de son horizon le christianisme et en méconnaître la supériorité, la grandeur, qu'il faille s'en affliger, je suis tout le premier à le croire et à le dire. Mais de ce que M. Maurras ne parle pas du christianisme dans un chant allégorique exclusivement consacré à la gloire de l'ordre
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autres, ils n'ont qu'à s'inspirer de « la règle magnifique instituée par le génie d'Auguste Comte sous le nom de positivisme ^ »
Cette règle magnifique, comment la conçoit-il? Discipline plutôt que doctrine, tel est le positivisme pour M. Maurras^ : discipline de la raison que réalise la classification des sciences, puis discipline de la volonté et des sentiments à laquelle pourvoit la morale de la sociabilité; ainsi s'établit l'ordre, Tintelligence éclairant, guidant toujours la volonté : « Toute consistance est interdite aux sentiments qui ne sont point assistés par des convictions. » Il faut donc, pour appuyer la morale, un dogme, mais ce dogme lui-même appelle un culte : « Sans religion, pas de morale efficace. » Et cette
et de l'harmonie, et où l'auteur se place à un point de vue purement rationnel, doit-on conclure qu'il le repousse dans tous les domaines de la pensée et de la vie, à plus forte raison qu'il le hait? Parce que sous les traita de cette divinité antique, la Sagesse, la Beauté, la Mesure, la Raison, la Pudeur sont révérées par lui humainement comme les seules vertus capables de nous rendre au vrai et au bien, en est-on autorisé à affirmer qu'il bafoue et méprise la source de toute perfection, telle que l'offre à notre amour la religion du Christ? Que l'on trouve ici l'inspiration de M. Maurras étroite, bornée, qu'on regrette de ne le pas voir prendre son vol vers ces sublimes régions où la divinité verse à flots dans l'àme les semences de l'éternelle vie : encore une fois rien de mieux. Qu'on l'accuse encore d'impiété, en recourant à ses autres écrits, pourvu toutefois qu'on ne néglige pas ses déclarations plus récentes, c'est un fait qui se peut admettre et que nous admettons ailleurs. Mais qu'on s'appuie sur ce morceau pour crier au blasphème et se voiler la face, on ne le saurait faire sans injustice, non plus qu'on ne peut, sans manquer à la logique, établir le moindre parallèle entre ce qui est ignorance ou prétérilion d'une part et de l'autre attaques sottes et grossières ou positive inintelligence.