Ant/iinea, pp. 124-126. Cf. supra, p
2. Comme on le voit, je n'entreprends nullement de leyer la contradiction qui semble exister entre les textes du CJteniiii de Paradis et à'Anthinea, et les déclarations postérieures de M. Maurras sur la civilisation catholique. C'est affaire à lui (t non à moi. Je serais d'ailleurs très porté à donner de ces tcxles anciens une explication toute psychologique, à les prendre pour des cris d'amère souffrance qui lui auraient échappé à des heures de sombre pessimisme. Le souvenir de Celui qu'il avait aimé dans son enfance, mais dont peu à peu la voix avait perdu pour lui toute signification, tout charme et que les énergumènes de la Réforme et de la Révolution l'avaient induit à haïr, ce souvenir lui est revenu soudain à la mémoire et oubliant ce qu'il avait été, ce qu'il avait éciit, M. Maurras n'a pu se retenir d'exhaler en accents de
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lîce nouveau a permis d'utiliser toutes les richesses de rancien et de dépasser infiniment celui-ci en solidité et en éclat : honneur à l'institution qui a réalisé ce prodige !
Là s'arrête l'admiration de M. Maurras pour l'Eglise. En vain chercherait-on, dans ses écrits, quelques motifs d'ordre plus intime plongeant au cœur de l'institution de Jésus-Christ. Frappé par l'architecture grandiose du temple, il s'interdit d'en franchir le seuil. La source d'où jaillit pareille puissance ne tente pas ce curieux passionné. Il s'en tient, si j'ose dire, aux bagatelles de la porte. Que vaut en elle-même cette religion qui s'impose à lui comme une nécessité de fait? Dépourvue de fondement ontologique, incapable de fournir la preuve de ses prétentions à dominer exclusivement les intelligences et les cœurs, exercerait-elle le même rôle prépondérant? Autant de questions auxquelles M. Maurras, en positiviste incroyant, se refuse le droit de répondre.
Refus arbitraire, timidité déconcertante chez un logicien de cette marque ! Quel qu'en soit le motif, comment ne pas déplorer ce brusque arrêt dans une marche, que l'on croyait riche en promesses, vers la pleine vérité? Pourquoi pareille hésitation en face du terme?
i blasphème et sous une forme pleine de mépris contenu et calculé, sa douleur d'en être à jamais séparé. Dos défaillances de ce genre peuvent étonner chez un homme de la trempe de M. Maurras; elles ne doivent cependant pas surprendre : telle est la rançon commune de la foi perdue.
Conclusions
S'il estmalheureusement trop vrai que M. Maurras n'envisage l'Eglise que du dehors, du moins fautil noter qu'il l'admire et veut la défendre telle qu'elle est dans sa complexité concrète, sans manipulation préalable qui la dépouillerait de quelqu'une de ses propriétés intimes. 11 l'aime avec ses dogmes, son culte, ses croyances. L'Eglise qu'il sait à l'occasion si bien glorifier, c'est celle que confessaient les martyrs des premiers siècles comme les Docteurs du moyen âge, celle qu'a célébrée le cortège des Pères et des Conciles, la même que saint Pierre et Pie X ont prêchée devant les nations, celle qui a pu encourager et porter au comble chez les saints l'amour de Dieu, la vie intérieure et mystique et ce que M. Maurras appelle «les plus violentes passions du catholicisme, comme lacharité^», celle qui a pu produire ces géants, ces prodiges que furent saint François d'Assise, sainte Thérèse, saint Jean de la Croix, saint Ignace...
Ce n'est pas tout : la religion qu'enseigne cette Eglise, M. Maurras ne consent pas à l'adopter pour lui-même, mais elle n'est nullement à ses yeux un objet de luxe : c'est une institution qui correspond à une nécessité, à des besoins réels. Les mouve-
1. Le Dilemme^ p. 20. Entre ce texte et celui que nous avons cité du Chemin de Paradis [supra, p. 80) l'opposition est absolue : encore un exemple qui nous montre à l'évidence que la fixité des «opinions» de M. Maurras, même en matière religieuse, n'est heureusement pas universelle.
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ments de l'esprit et du cœur vers un idéal qui dépasse la sphère des ambitions terrestres, il n'en méconnaît pas Texistence, ni ne prétend les supprimer : l'Eglise a eu seulement à ses yeux le mérite incomparable d'avoir su les « organiser », les ordonner, de décider enfin avec une sagesse souveraine de tous ces problèmes intimes, et la doctrine qu'elle enseigne est la seule qui réponde pleinement à toutes les exigences de l'humanité. Non pas au reste que la religion et donc que le catholicisme lui semble nécessaire pour le peuple seul : « On se trompe souvent sur le sens et sur la nature des raisons pour lesquelles certains esprits irréligieux ou sans croyance religieuse ont voué au catholicisme un grand respect mêlé d'une sourde tendresse etd'une profonde affection. C*estde la politique, diton souvent. Et l'on ajoute : simple goût de F autorité. On poursuit quelquefois : — Vous désirez une religion pour le peuple. Sans souscrire à d'aussi sommaires inepties, les plus modérés se souviennent d'un propos de M. Brunetière : « l'Eglise catholique est un gouvernement », et concluent : Vous aimez ce gouvernement fort. — Tout cela est frivole, pour ne pas dire plus^.. » Elle n'est pas moins nécessaire pour les chefs : « Celui qui a dit qu'il fallait une religion pour le peuple a dit une épaisse sottise. Il faut une religion, il faut une éducation, il faut un jeu de freins puissants pour les meneurs du peuple, pour ses conseillers, pour ses chefs, en raison mémedu rôle de direction et de refrènement qu'ils sont appelés à tenir auprès de lui : si les