INTRODUCTION
pour la cause catholique se refroidir, leur foi glisser insensiblement au second rang de leurs préoccupations, et — qui sait? — paraître à quelques-uns d'entre eux comme un stade inférieur de l'esprit humain. A ceux-là, l'examen de la philosophie de M. Maurras fera sans doute pressentir le néant où ils s'abîmeraient, s'ils venaient à l'adopter dans toute sa rigueur. — Mais pourquoi les membres incroyants de l'Action française ne retireraient-ils pas aussi quelque profit de ce même examen? Comment croire qu'ils ne découvriront jamais les points faibles des constructions hardies et séduisantes où ils se plaisent? qu'ils n'apercevront jamais la nécessité de leur donner d'autres assises et de substituer à l'aire ensablée et inconsistante du « relatif » le roc inébranlable de l'absolu ?
Aussi bien, dans cette dernière étape de notre excursion à travers l'œuvre de M. Maurras, notre critique sera-t-elle étroitement circonscrite. Une fois dégagée de la gangue des faits observables l'existence d'un absolu auquel se rattache l'ordre social tout entier, la question ne se posera pas de savoir quelle religion reconnaîtra cet absolu et l'adorera en esprit et en vérité : une seule vaut pour M. Maurras. Rappelons-nous plutôt quel ferment d'anarchie lui semblait receler le déisme et ce qu'il pense du protestantisme. Le culte de l'infini n'offre à ses yeux que dangers et déboires, s'il n'est réglé par le catholicisme : « En dehors du vaisseau catholique, il n'existe point de secte chrétienne qui nous satisfasse ou nous rassure au point de vue politique, esthétique, moral et national. Ces sectes ne sont ni françaises, ni, au grand sens du mot, humai-
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nés. Nous sommes dans la nécessité rigoureuse de les traiter en ennemies. Le christianisme non catholique est odieux. C'est le parti des pires ennemis de l'espèce. Tous les faux prophètes jusqu'à Rousseau, jusqu'à Tolstoï, ont été de fervents chrétiens non catholiques. Ils ont semé la barbarie et l'anarchie^. »
Tous nos efforts peuvent donc se borner à mettre en saillie les éléments de dissolution qu'introduit dans son système politique la philosophie agnostique de M. Maurras et la nécessité, si l'on veut que ce système vive, de lui infuser une âme nouvelle. Loin de chercher quelque argument nouveau, dans cette critique, nous nous appliquerons à ne nous inspirer que de Idi philosophia perennis. M. Maurras parle sans cesse de doctrines de bon sens et de raison : il saisit avec joie les circonstancesqui lui permettent d'afïicher son dédain pour les élucubrations nuageuses d'idéologues en mal de rêveries métaphysiques. Que le bon sens, que la saine raison de nos pères latins et gaulois décident seuls ici.
A diverses reprises, nous avons écrit que M. Maurras était ud agnostique, et que son agnosticisme ne laissait subsister aucune certitude, aucune métaphysique. Avant d'aborder en face notre sujet, précisons les bornes de cette philosophie décourageante.
1. Le Dilemme^ p. 21. Cf. Trois idées politiques , p. 61 ; a En conclusion, le catholicisme prcpose la seule ide'e de Dieu tolérable aujourd'hui dans un Etat bien policé. Les autres risquent de devenir des danjjers publics... »