‹ A travers la Chaouïa avec le corps de débarquement de CasablancaChapitre 13 sur 51 · MISSION REGNAULT-LYAUTEY · texte numérisé non relu

MISSION REGNAULT-LYAUTEY

général Lyautey que le Gouvernement, comme il a été dit précédemment, venait de charger d'étudier conjointement les moyens propres à assurer la pacification des Chaouïa.

M. Regnault, notre ministre à Tanger depuis plusieurs années et l'un de nos plénipotentiaires à Algésiras, connaissait à fond le Maroc et sa situation politique. Quant au général Lyautey, commandant de la division d'Oran, il avait eu à diriger les opérations sur la frontière algéro-marocaine et il l'avait fait avec l'habileté qu'au cours de sa carrière coloniale il avait toujours su montrer. Le succès qu'il venait de remporter dans la pacification des Béni Snassen, les turbulents nomades de la région voisine de l'Algérie, le désignait particulièrement pour la mission qui venait de lui être confiée.

Lorsque M. Regnault et le général Lyautey débarquèrent à Casablanca, la situation apparaissait déjà sous un jour favorable. Les combats des 8 et 15 mars avaient été décisifs. Les soumissions affluaient, la mehalla d'Omar Sketani, le lieutenant de Mouley Haffid, abandonnait les M'dakra et se repliait sur Mechra ech Chair. On pouvait donc considérer qu'à part quelques tribus orientales, tout le pays était fatigué de la lutte et désireux de la voir cesser. Ainsi les Français, grâce à leur incessante activité et à la pression continue exercée sur l'ennemi, avaient reconquis complètement la supériorité ma-

térielle sur l'adversaire et rétabli leur prestige moral.

Le général Lyautey quitta Casablanca le 25 mars avec le général d'Amade pour se rendre à Mediouna et Ber Rechid. Il se heurta à de grandes difficultés dans l'accomplissement de sa mission, les notables des tribus soumises refusant de reconnaître l'autorité des caïds protégés d'Abd el-Aziz que l'on voulait leur imposer. Toujours est-il qu'il s'efforça de ne pas porter ombrage à l'autorité du général d'Amade. Il ne parut jamais au combat et se renferma strictement dans son rôle de négociateur avec les indigènes et d'organisateur politique. Il s'agissait en effet de matérialiser le résultat obtenu. Le plus simple était d'appliquer en Chaouïa une méthode semblable à celle qui avait amené si rapidement la soumission des Béni Snassen. Mais pour cela il devenait nécessaire de faire appel à des moyens d'action nouveaux, tels que la création de détachements régionaux destinés soit à rassurer par leur présence les populations soumises, soit à constituer des bases avancées contre les rebelles, au cas où il faudrait entreprendre de nouvelles opérations pour briser leur résistance.

Pour la réussite de ce plan, il fallait augmenter les effectifs du corps de débarquement et dans le courant de mars arrivèrent près de 5 000 hommes de renfort : 2 bataillons de Sénégalais à 600 hommes,

OPÉRATIONS CONTRE LES M'DAKRA

1 bataillon du 3e tirailleurs, 1 du 4e tirailleurs, 1 du 4° zouaves, 1 escadron du 6e chasseurs d'Afrique, 1 batterie de 75 et 4 sections de mitrailleuses de cavalerie venant de France. Ces renforts, qui portèrent le corps de débarquement à 16 000 hommes environ, allaient permettre de donner aux postes de solides garnisons tout en conservant des troupes mobiles en quantité suffisante. Le plus urgent était d'organiser un détachement sur le territoire des M'dakra afin de les empêcher de reprendre courage et de venir troubler la tranquillité des douars installés dans la plaine.

Le 26 mars le général d'Amade arriva à Ber Rechid et le 27 la colonne du Littoral, côtoyant la limite des territoires des Oulad Harriz et des M'dakra, alla camper sur l'oued Ayata sur l'emplacement du bivouac du 7 au 8 mars, où la colonne du Tirs venant de Mediouna la rejoignit. Cette journée du 27 mars fut la plus froide et la plus mouillée de toute la campagne. La pluie tombait à verse, rendant le sol si glissant que tous les animaux étaient exténués. On fut donc obligé de faire séjour le 28.

2e affaire de l'oued Aceïla. — Le 29 mars, à six heures du matin les colonnes se dirigèrent sur le marabout de Sidi Aceïla en vue de couvrir l'installation ultérieure du détachement régional. Grossies depuis l'arrivée des derniers renforts, elles comprenaient : 11 bataillons d'infanterie, 4 batteries

A TRAVEES LA CHAOUIA.

de 75, 1 de montagne, 5 escadrons et 150 goumiers. Pendant la matinée les troupes formées en deux colonnes parallèles traversèrent la plaine sans incident. A midi, elles firent grande halte : la colonne du Littoral et la réserve générale à Souk el-Kremis, la colonne du Tirs à Dar Bou Azza. L'ennemi vint attaquer les colonnes sur ces positions et la colonne de gauche eut à supporter le choc d'un contingent considérable de M'dakra qui cherchait à l'envelopper. La réserve générale se porta en avant en échelon et obligea l'ennemi à renoncer à son attaque de flanc.

Entre temps, la colonne du Tirs avait reçu l'ordre de se porter en avant. Vers trois heures les deux colonnes opérèrent leur jonction sur le plateau de Sidi Aceila qu'elles balayèrent et d'où elles refoulèrent l'ennemi dans la vallée de l'oued Zamrène qu'elles atteignirent vers cinq heures. La ligne de feu s'étendait sur une longueur de 3 kilomètres environ, soutenue par toute l'artillerie. Les Marocains tentèrent bien une dernière résistance sur les bords du ravin, faisant même entrer en action leur artillerie, mais les feux de notre infanterie, de notre artillerie, des mitrailleuses les obligèrent bientôt à se réfugier de l'autre côté de la vallée dans les montagnes des Achach. Malheureusement, au cours de cet engagement, une pointe de cavalerie éclairant la colonne de droite, celle du Tirs,

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