Connu aussi sous le nom de Sidi el-Ourimi
belles étaient campés, en effet, près de la zaouïa de Sidi el-Rhnimine, autour d'un ermite influent, surnommé Bou Nouala (l'homme à la hutte), qui attirait à lui les gens des tribus évacuant leur territoire devant nos colonnes. Il se déclarait invincible par faveur spéciale d'Allah et persuadait à tous ces malheureux qu'autour de lui les balles des Français ne blessaient pas et que les obus ne projetaient que de l'eau. Depuis le début de février, l'état-major était au courant des agissements de ce marabout fanatique dont le nombre des adeptes augmentait sans cesse. L'importance du rassemblement était évaluée à 2 000 tentes. Or, les derniers renseignements faisaient connaître en outre que Bou Nouala manifestait l'intention de marcher sur Ber Rechid avec ses contingents, que Mouley Hafïid lui avait promis de reconnaître son autorité s'il parvenait à chasser les Français et qu'enfin quelques douars de la tribu soumise des Oulad Harriz étaient allés s'installer près de lui. Son action était donc de plus en plus à redouter.
Le général résolut alors de disperser sans retard ce rassemblement qui pouvait devenir dangereux. Arrivé à midi à Dar Ould Fatima, il donna l'ordre d'établir le camp, de déjeuner et de se tenir prêt à partir en reconnaissance à deux heures du soir, les hommes marchant sans sac. Un convoi venant de Ber Rechid devait arriver pendant la reconnaissance
OPERATIONS VERS L'OUEST
et ravitailler les troupes. Le retour au bivouac était prévu pour la nuit.
A deux heures, les colonnes se mirent en mouvement vers le nord-ouest. La direction de marche du matin, l'établissement du bivouac après, une étape normale (22 kilomètres), le secret gardé jusqu'à la dernière minute sur le but et la direction de la reconnaissance, devaient faciliter une action par surprise. Les colonnes du Littoral et du Tirs marchaient parallèlement à 1000 mètres d'intervalle. Les colonnes de Ber Rechid et de Bou Znika se tenaient respectivement en arrière des précédentes et à 500 mètres de distance. L'ambulance marchait avec la colonne du Littoral. La cavalerie couvrait le dispositif de marche avec trois escadrons, chasseurs et spahis, sur le front et un escadron sur les flancs et en arrière. Ordre lui était donné de rester en contact rapproché avec l'infanterie.
Le terrain plat, vide de constructions et de douars, était coupé par trois arêtes rocheuses très étroites et parallèles, les deux premières encadrant la Zaouïa, l'autre se trouvant à 6 kilomètres vers le nord-ouest. A deux heures cinquante eut lieu la halte horaire. Ce fut la seule jusqu'à la fin de la reconnaissance. A trois heures, la cavalerie fut reçue dans la plaine par une vive fusillade, les Marocains, dissimulés dans les bas-fonds ou dans les herbes, restant invisibles. Bientôt un millier de fantassins et deux mille
cavaliers environ couvrirent toute la plaine ; mais les cavaliers, après des essais infructueux sur nos flancs, surpris par la marche rapide des colonnes, se replièrent, en tirant, en arrière des crêtes rocheuses. La colonne de BouZnika se plaça alors en échelon en arrière et à gauche de la colonne du Tirs, tandis que celle de Ber Rechid se formait en arrière et à droite de celle du Littoral. A quatre heures, la cavalerie, par bonds successifs, atteignit la Zaouïa qui, du reste, était inoccupée et signala vers le nordouest, derrière un rideau de fantassins et de cavaliers, d'énormes rassemblements. Les trois batteries de 75 des colonnes rejoignirent aussitôt la cavalerie et ouvrirent un feu à 3 et 4 000 mètres, tandis que les colonnes du Tirs et du Littoral se déployaient et prenaient vigoureusement l'offensive sur un vaste douar que l'on apercevait à l'horizon, dans une échancrure de l'arête rocheuse. L'artillerie balaya la plaine devant l'infanterie et les trois armes, tenues en étroite liaison, manœuvrèrent avec le même accord que l'auraient fait les bataillons d'un même régiment. L'artillerie de 75, l'artillerie de montagne accompagnèrent par bonds successifs pendant 5 kilomètres les progrès de l'infanterie, déblayant le terrain devant elle ; la cavalerie protégeait les flancs; l'infanterie allégée du sac marcha surtout très vite et sans arrêt et tira peu. Son allure était telle que l'artillerie la suivit avec peine.
i*Êki* *
* éf •* A<;'
«tm
*f "i*. ' ?iifi
GALAIS, LEURS FEMMES ET LEURS ENFANTS. CONSTRUITES PAR EUX DANS LEUR CAMP.
LES TIRAILLEURS SENEGALAIS ARRIVANT AU CAMP DE CASABLANCA EN AVRIL 1908.
La Chaouïa.
PI. 19, page 132
OPERATIONS VERS L'OUEST
Devant cette marche rapide, les Marocains n'eurent alors qu'un but : sauver leur camp. Leur désarroi était extrême. Ils ne s'attendaient pas à notre attaque parce que nos troupes, en arrivant au bivouac, avaient dressé leurs tentes et que, d'ordinaire, une fois cette opération faite, elles ne bougeaient plus de la journée. La surprise fut donc complète ! A cinq heures et demie la ligne de feu occupa la crête rocheuse à 200 mètres de la lisière des douars et exécuta un feu à répétition tandis que les batteries arrivées au galop et les mitrailleuses ouvraient le feu sur les douars et les rassemblements aperçus au delà.
C'est alors que l'infanterie s'élança à l'assaut. Le 2e tirailleurs entra le premier dans le camp, entouré d'une forte haie de ronces et d'épines. Malgré l'élan et l'animation du combat, les sections restèrent unies et dans la main de leurs chefs. Des Marocains, embusqués dans les tentes, dans les fours, ouvrirent le feu sur nous, mais d'une manière peu assurée, leurs balles passaient au-dessus de nos têtes. La plupart d'entre eux furent tués à la baïonnette. D'autres douars étaient en arrière, moins importants que le premier; ils occupaient une profondeur de 2 à 3 kilomètres et représentaient une agglomération de 2 000 tentes au moins. Beaucoup étaient évacuées, il y restait seulement quelques combattants qui se sauvaient après avoir tiré un coup de fusil,
ou qui se cachaient pour tirer de plus près au passage des nôtres. Tous ceux qui purent être atteints furent tués.
Dans le premier douar se trouvait la tente de Bou Nouala. De nombreux cadavres jonchaient le sol autour d'elle, et là se tenait un groupe considérable de femmes et d'enfants. Tous furent épargnés sur l'ordre du général, puis parqués et gardés sous une escorte de protection.
Le campement avait été abordé sur un front de 1 kilomètre et la marche en avant fut continuée jusqu'à ce que les tirailleurs eussent dépassé la dernière ligne des tentes. L'assaut avait été donné à cinq heures et demie; c'est à six heures et demie que le dernier coup de canon fut tiré. L'ordre suivant fut alors lancé : « Aucun acte de pillage ne sera toléré, aucune razzia ne sera commise, la répression consistera dans l'incendie du camp. Dès l'opération terminée, les troupes regagneront le bivouac, les colonnes de Ber Rechidet de Bou Znika couvriront le mouvement en restant déployées jusqu'à ce qu'elles aient été dépassées de 1 500 mètres par les deux autres colonnes. On marchera en lignes de section par quatre. La traversée des douars devra être faite dans le même ordre et la même tenue que pendant l'action. »
Il en fut ainsi fait. Bientôt tout brûla dans la vaste plaine et le rassemblement se fit aux lueurs
OPERATIONS VERS L'OUEST
sinistres de l'incendie de centaines de tentes ; mais une pluie torrentielle, qui dura de huit à dix heures du soir, empêcha en très grande partie les tentes d'être brûlées complètement. Les femmes prisonnières furent bientôt abandonnées à elles-mêmes, puis le retour se fît dans l'obscurité la plus complète et par une pluie battante et froide. La marche fut horriblement pénible; combien parurent longs les kilomètres qui dans l'ardeur du combat et de la poursuite avaient été franchis si allègrement quelques heures auparavant! Les hommes glissaient, les chevaux tombaient et quelques-uns même, complètement fourbus, durent être abandonnés. Mais personne ne se plaignait. Le moral était excellent. Ne venait-on pas de remporter un brillant succès qui allait avoir un retentissement énorme dans toute la Chaouïa et même dans tout le Maroc?
La première colonne rentra au bivouac à minuit, les hommes mangèrent seulement à ce moment-là ! Quant à la colonne du Littoral, qui était allée le plus loin et avait fait un long détour, elle ne rentra qu'à trois heures du matin. Les troupes avaient été admirables d'endurance et d'entrain pendant toute cette rude journée où elles avaient parcouru près de 70 kilomètres en vingt heures, dont quatre de combat.
Les pertes marocaines furent très élevées : 1 500
morts environ; il est très difficile d'en fixer une évaluation précise, l'action s'étant déroulée sur un front très étendu et la nuit étant survenue. De notre côté, les pertes furent très faibles : un tué et quatre blessés. La faiblesse de nos pertes tenait, non pas à ce que les Marocains n'avaient pas combattu, mais à ce que l'artillerie avait très bien rempli son rôle et que la panique et la démoralisation de l'adversaire, sous l'effet de la surprise, avaient contribué à sa déroute totale. Le marabout Bou Nouala parvint à s'échapper pendant le combat et l'on sut depuis qu'il s'était réfugié chez les Zaïr.
La leçon de cette journée porta ses fruits immédiatement. Les Chtouka, les Chiadma, les Oulad Saïd et une fraction des Mzamza firent leur soumission dès le lendemain 16. Toute la région ouest de la Chaouïa ne tarda pas à suivre leur exemple, en sorte que c'est bien au combat du 15 mars qu'il faut reporter la cause de la pacification d'une région demeurée jusqu'alors hostile.
Le 16 mars, les colonnes sous le commandement du colonel Boutegourd, rejoignirent, les unes Ber Rechid, les autres El Hadj Hammou, où elles restèrent au repos jusqu'au 26 mars. Le général, avec un escadron de chasseurs d'Afrique comme escorte, quitta le 16 le bivouac de Dar Ould Fatima et rentra le jour même à Casablanca pour se trouver le lendemain à l'arrivée de M. Regnault et du