COMMERCE
La région des Chaouïa étant un pays d'élevage et d'agriculture, les principaux articles d'exportation comprennent : les céréales, les peaux, la laine, le fenouil, le millet, la graine de lin, le maïs, les pois
chiches et les fèves. Jusqu'à la promulgation de l'acte d'Algésiras (1906), l'exportation du froment et de l'orge, des chevaux, mulets, bœufs, était interdite sous prétexte que ces denrées et ces animaux étaient indispensables dans un pays sans moyen de communication et dont les habitants sont imprévoyants. L'acte d'Algésiras a supprimé ces prohibitions et chaque puissance peut acheter au Maroc 10 000 bêtes à corne par an.
Jusqu'à maintenant, l'insécurité, l'anarchie n'ont pas permis aux Européens de s'occuper d'agriculture ou d'élevage ; ils ont dû recourir au système de la protection qui a été codifié par la convention de Madrid (1880).
D'après cet accord, les Européens peuvent s'intéresser aux entreprises des indigènes en s'associant à eux et ils leur confèrent ainsi la protection de leur puissance vis-à-vis du Maghzen. Les maisons de commerce étrangères, surtout allemandes, ne se sont pas fait faute de profiter des avantages de cette législation. Les unes avancent de l'argent en échange d'une partie de la récolte, d'autres envoient un agent indigène acheter les céréales soit sur pied soit aux marchés. Les grains sont transportés à Casablanca dans d'immenses fondouks pour le tri et le nettoyage avant d'être embarqués.
En général, le protégé reste très attaché à celui qui lui accorde sa protection; car elle lui vaut une sécurité complète et il peut se faire avancer de l'argent à meilleur compte que ses compatriotes non protégés qui sont obligés d'emprunter à des taux exorbitants variant entre 50 et 200 pour 100.
Si le système de protection est nécessaire dans un pays comme le Maroc, où les biens et la vie
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sont à la merci d'une fantaisie du Sultan ou d'un favori, il offre aux puissances étrangères un prétexte de se mêler aux affaires intérieures du pays souvent sans raison valable.
Après les céréales, l'élevage du mouton fournit l'occasion d'affaires rémunératrices aux Européens.
Il n'existe pas d'industrie dans la Chaouïa : les femmes fabriquent cependant des tapis de laine, imités des tapis de « Rabat », mais les dessins en sont plus grossiers, les couleurs moins bien assorties et moins bonnes, la teinture végétale ayant été remplacée par l'aniline.
Le commerce indigène est concentré dans deux Souks, l'un intérieur, l'autre extérieur. Les boutiques sont de petites cases rectangulaires où les marchands se tiennent assis et où l'on trouve, en dehors des produits du pays, la plupart des produits importés. Le petit Sokko (celui de l'intérieur) est le rendez-vous d'une foule bariolée et pittoresque : juifs, Européens, indigènes, vaquent à leurs affaires au milieu d'un nombre infini de chameaux, de bourriquets qui interceptent souvent bien inutilement la circulation.
Le grand Sokko (à l'extérieur) présente le même aspect mais est réservé exclusivement à l'élément indigène ; c'est surtout le lieu de vente du bétail, bêtes à cornes, moutons, chèvres, etc..
De nombreux cafés maures et marchands de beignets le sillonnent, tandis que les conteurs arabes charment les badauds. Autour du grand Sokko sont construits d'immenses fondouks où se font les échanges avec l'intérieur et où, pendant la saison des récoltes surtout, viennent chaque jour des centaines de chameaux.
Jusqu'en 1855 les Français et les Espagnols se partageaient seuls le commerce de Casablanca. Les Anglais vinrent alors et en 1870 avaient déjà conquis la première place. L'Allemagne fit ensuite son apparition sur le marché marocain et conquit vite une situation sinon prépondérante du moins très importante. La majeure partie des exportations va aux ports allemands et cette orientation nouvelle a été provoquée par la hausse des céréales dont le prix sur le marché de Hambourg est plus élevé qu'à Londres.
En ce qui concerne les importations, la France et l'Angleterre se partagent la première place ; les Français ont le monopole du sucre et de la soie ; les Anglais du thé et des cotonnades ; la Belgique importe le fer et avec l'Angleterre les bougies ; les Allemands les objets manufacturés à bon marché ; les Espagnols les huiles et les vins en concurrence avec les Français.
En 1906, le commerce de Casablanca, importations et exportations réunies, atteignit le total de 14 076 472 francs dépassant celui de Tanger. Dans ce mouvement la France venait en tête avec 7 648 522 francs, plus de la moitié des échanges; venaient ensuite l'Angleterre avec 3 641522 francs, puis l'Allemagne avec 1 654 930 francs, les autres puissances suivaient avec des chiffres de beaucoup inférieurs. En 1908, malgré la guerre et malgré l'exonération, les revenus de la douane ont été de 4 millions de francs et le corps de débarquement était exempt des droits de douane.
La monnaie la plus usitée dans le commerce est la monnaie Hassanie (antérieure à 1311 de l'hégire), et la monnaie Azizie. Elle comprend les pièces
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de 0 fr. 25, 0 fr. 50, 1 fr. 25 et 2 fr. 50 et 5 francs en argent marocain, dont le change varie entre 145 francs et 160 francs pour 100 francs français. Il n'existe ni papier-monnaie, ni or marocain. Aussi les pièces d'or françaises font-elles prime?
Depuis les événements de 1907, la monnaie française tend à s'introduire dans la Chaouïa, mais malheureusement au grand préjudice des Européens, les indigènes fixant alors leurs prix en argent français sans se préoccuper de la différence existant entre les deux monnaies. Beaucoup de transactions sont aussi réglées en monnaie espagnole.
En résumé, la Chaouïa est une des régions les plus riches du Maroc; la moitié de la surface se prête à l'exploitation agricole et peut fournir un commerce d'exportation florissant, l'autre moitié fournit d'excellents pâturages et alimente de nombreux troupeaux1. Les Chaouïa jouissent en conséquence d'une certaine aisance qu'ils songèrent bientôt à utiliser pour lutter contre la rapacité des caïds et les exigences du Maghzen. Quoique Bled el-Maghzen, la Chaouïa refusa bientôt de suivre le sultan Abd el-Aziz dans la voie des réformes économiques qu'il projetait, s'insurgea contre son autorité et l'anarchie régna bientôt en maître dans les tribus.
Que la France rétablisse l'ordre et la sécurité, les Chaouïa, avec leur énergie berbère, se mettront à l'œuvre et feront vite renaître la prospérité qui régnait jadis dans la Tamesna de leurs ancêtres !