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ASABLANCA. LE PORT. LA DOUANE. ETAT ACTUEL A MAREE HAU

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concédés en 1906 à une société française, Schneider et Cie,du Creusot, doivent remédier le plus tôt possible. Les travaux commencés en mars 1907 furent interrompus par les événements du 30 juillet de la même année et ne purent être repris qu'au printemps 1908.

Ils comportaient l'aménagement du port proprement dit et la construction d'une jetée de 1 500 mètres de long en face Sour-Djedid, direction générale nord-est, de manière à briser la barre et abriter les vaisseaux en toutes saisons.

Au printemps 1909, la première partie des travaux était à peu près terminée, la deuxième en voie d'exécution. A moins d'événements imprévus, ces travaux très longs et très difficiles seront terminés dans quatre ans.

La ville est entourée de hautes murailles blanches, flanquées de grosses tours carrées et percées de quatre portes : Bab es-Souk, Bab Marrekech, Bab Rhea, Bab el-Mersa, cette dernière fait communiquer le port avec la douane et c'est sous sa voûte que se déroula le drame du 5 août 1907 (enseigne Ballande).

Quelques-unes des tours de défense et deux bastions faisant face à la mer étaient armés de vieilles pièces d'artillerie servant à saluer l'arrivée d'une lettre chérifienne ou d'un vaisseau de guerre européen, mais ne pouvant plus en imposer aux tribus voisines.

La ville se compose de trois parties, la Médina, le Mellah, le Tnaquer. Dans la Médina, les maisons sont construites en maçonnerie, blanchies à la chaux, à toit plat ; quelques-unes ont des ornements extérieurs, généralement de style mauresque; elles

sont en partie européanisées par le percement de fenêtres ou d'autres additions qui donnent à Casablanca un aspect bâtard, ni européen, ni maure. Les maisons européennes se trouvent dans la Médina et sont, pour la plupart, bâties à l'espagnole; en été, on se tient sur les terrasses qui sont surmontées de miradores élevés, d'où la vue embrasse le port et la campagne jusqu'à 4 à 5 kilomètres. La brise de mer y entretient une fraîcheur constante et balaie les émanations de la ville.

L'eau de pluie qui tombe sur les terrasses est recueillie dans des citernes ménagères au-dessous des cours intérieures. Cette eau sert à l'alimentation, celle des puits étant saumâtre. Une partie de l'eau potable est amenée à dos d'âne des sources voisines, principalement de l'Aine Mahzi, de l'Aine Séba, 7 kilomètres est de Casablanca.

Les rues sont relativement larges, mais irrégulières, mal entretenues, pavées avec des galets de la mer placés debout, ce qui ne les empêche pas d'être poussiéreuses en été et boueuses en hiver. C'est dans la Médina que se trouvent les installations commerciales européennes, arabes ou juives ; mais le commerçant a son logement dans d'autres quartiers, le juif dans le Mellah, l'indigène dans le Tnaquer. Le Mellah, ou quartier juif, n'est pas aussi strictement limité qu'il l'est dans la plupart des villes marocaines ; là aussi, la majorité des maisons est en maçonnerie, elles ont le même aspect que celles de la Médina mais s'en distinguent par les couleurs criardes, rouge, bleu, orange, vert, dont on les badigeonne. Les Juifs les plus riches ont parfois de jolies habitations. Le Mellah s'étend entre .les portes Bab es-Souk et Bab Marrakech et ren-

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ferme une population à l'aspect sordide et maladif.

Le Tnaquer est un quartier plus caractéristique, habité surtout par l'indigène. Avant les événements de 1907, il était composé presque exclusivement de huttes en roseau, avec quelques constructions en pierre ou en pisé, le long des artères principales. C'est un dédale de ruelles et d'impasses qui sont de véritables cloaques. C'était un foyer d'infection. Après le bombardement du 5 août 1907, ce quartier fut complètement détruit et il ne sortit de ses cendres qu'au printemps 1908. La police française veilla, les huttes en roseau supprimées et les constructions en pierre furent encouragées; les rues furent améliorées et actuellement ce quartier relativement assaini abrite nombre d'Européens.

En dehors des murs de la ville, du côté de Bab Marrakech, existe tout un quartier de huttes, de tentes, d'habitations en pisé représentant le village nègre. C'est le quartier le plus infect de la ville, l'autorité indigène n'existant que de nom et ne voulant s'occuper de rien.

Du côté de Bab es-Souk, également en dehors des murs, s'est élevé depuis notre occupation un autre quartier comprenant de vastes espaces occupés par les magasins, les fondouks servant d'entrepôts pour les grains, les peaux, la laine, amenés de l'intérieur par les caravanes et destinés à l'exportation. Ce quartier est à cheval sur la piste de Mediouna; c'est là que se trouve le Sokko, le grand marché.

Aucun édifice remarquable n'est à signaler dans la ville; on peut toutefois citer en dehors des consulats, le Dar el-Maghzen, résidence de l'Amel iMouley el Aminé), oncle du sultan, qui était gouverneur de Dar el-Beïda mais qui fut remplacé par ordre

de Mouley Hafïid, les mosquées dont la principale est Djemma el-Kébir, la Koubba de Sidi Belyoute, patron de Dar el-Beïda, la douane et ses dépendances, la mission espagnole des Pères franciscains avec son école et son église (seule église catholique), la Banque française de la Compagnie algérienne, la Banque d'État du Maroc, une banque allemande ouverte depuis le 1er avril 1909, l'église anglicane située en dehors des murs. La ville est entourée d'une zone étroite de jardins, les uns parsemés de maisons de campagne appartenant, en général, à la colonie étrangère, les autres livrés à la culture arbustive et maraîchère.

La population de Casablanca est évaluée à 30 000 habitants dont les trois quarts sont musulmans; les Juifs au nombre de 5 à 6 000 habitent le Mellah et en partie la Médina, ils sont artisans, bijoutiers, graveurs, menuisiers, surtout commerçants.

La population musulmane est essentiellement bédouine.

L'élément maure lettré, poli, élégant, n'y est guère représenté que par quelques fonctionnaires et quelques commerçants originaires de Fez, de Rabat ou de Tétouan. Le gros de la population se recrute parmi les tribus voisines, surtout parmi les Me diouna, les Zenata, les Oulad Harriz, les Oulad Ziane.

Les plus sédentaires sont artisans et boutiquiers ; les autres manœuvres, portefaix, ouvriers du port, chameliers.

La colonie européenne était, avant 1907, évaluée à un millier d'âmes dont la grande majorité était constituée par les Espagnols, commerçants, arti-

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sans, maraîchers, agriculteurs, terrassiers, maçons ; aujourd'hui l'élément européen est évalué à 8 000 hommes environ, dont la grosse majorité est formée par les Français, négociants, industriels, qui ont pour la plupart été attirés par les besoins du corps de débarquement. Les Anglais sont peu nombreux et les Allemands quelques familles seulement, mais leur infériorité numérique est largement compensée par l'importance de leur influence qui, depuis quelques années, s'est accrue considérablement. La caractéristique la plus frappante de la ville est la profusion de drapeaux et de pavillons étrangers que l'on y rencontre.

Casablanca est, en effet, le siège de quatre consulats : ceux de France, d'Angleterre, d'Allemagne et d'Espagne et des vice-consulats ou agences consulaires d'Italie, d'Autriche-Hongrie, Belgique, Danemark, Suède, Portugal, Hollande, Grèce, Etats- Unis, Brésil.

Toute la colonie étrangère habite autour des consulats dans la Médina, entre les Portes de Bab es-Souk, Bab Rhea et Bab el-Mersa. A chacun des quatre consulats est attaché un bureau de poste soumis aux règles internationales et les bateaux transportent les dépêches sans distinction des nationalités. La ville n'est reliée à l'Europe par aucun câble, les dépêches sont transportées par la poste jusqu'à Tanger, où les câbles d'Europe et d'Algérie atterrissent, mais plus avancée que beaucoup de villes européennes, elle possède un poste de télégraphie sans fil appartenant à la Compagnie française Popp et Cie. Cette Compagnie, avec l'autorisation du Maghzen, a créé également des postes à Mogador, Tanger, Fez (ce dernier est en

projet), et, depuis le printemps 1909, a adhéré aux conventions postales internationales (prix du télégramme, 0 fr. 50 le mot). Le poste de Casablanca est installé en dehors des murs au nord de Sour Djedid et fonctionne depuis 1907.

L'arrivée des Français et l'installation de la télégraphie sans fil ont maintenant lancé la ville dans le tourbillon du monde; les rues ont été améliorées, des noms français leur ont été donnés, des becs de gaz placés, un jardin public créé, des cafés-brasseries se sont ouverts : une police municipale a été organisée avec un commissaire de police français et des tirailleurs algériens, des indigènes du pays et des Juifs comme agents ; un service de voirie assure la propreté de la ville; des hôtels, quatre français et un espagnol, se sont ouverts ou améliorés et assurent à l'étranger, au touriste, un confortable très suffisant et pour un prix relativement modeste (6 à 7 francs par jour).

A Casablanca, les établissements d'instruction comprennent : 1° l'école catholique dirigée par les moines franciscains espagnols : l'enseignement est donné en espagnol, mais les élèves des cours supérieurs apprennent également le français. On trouve parmi les élèves quelques juifs et quelques Européens.

2° L'école israélite, filles et garçons, fondée en 1897 par l'Alliance israélite. Les cours y sont faits en français et sont identiques à ceux des écoles communales de France. Le directeur est un juif français qui a obtenu tous ses brevets en France et son école est protégée, mais non subventionnée, par le Gouvernement français. Elle est actuellement très prospère et les enfants, qui y acquièrent une

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instruction assez développée, pourront devenir des agents très utiles aux Français. Nombre d'anciens élèves ont fourni déjà beaucoup de commis et d'interprètes aux maisons françaises de navigation, de commerce ou aux banques, Banque d'État, Compagnie algérienne.

Une école professionnelle est jointe à cette école dans le but de former des tapissiers, des ébénistes, maçons, forgerons, jardiniers. L'école des filles est également très fréquentée ; on y enseigne les mêmes matières qu'à l'école des garçons, plus les travaux d'aiguille et de fabrication des tapis indigènes. Malheureusement les élèves quittent de bonne heure l'école pour se marier.

3» L'école française fondée en 1908 par le ministère des Affaires étrangères français. Cette école est surtout fréquentée par les enfants de la colonie européenne et, étant donné l'accroissement de la population surtout française, elle est destinée à devenir très prospère. Fin 1908, elle comptait environ 60 enfants des deux sexes.

Casablanca possède deux hôpitaux : l'hôpital fondé après le bombardement par les Rothschild, pour venir en aide aux indigènes et surtout aux juifs en détresse, il est actuellement dirigé par le docteur attaché au consulat de France; puis l'hôpital français construit dans Sour-Djedid pour recevoir civils et militaires. Le service de santé du corps de débarquement en a la direction; cet hôpital remplace l'hôpital de campagne des troupes débarquées.

Il existe encore dans la ville une imprimerie avec un journal français : La Vigie marocaine; une usine à glace, une minoterie française et une usine distil-

latoire de l'eau de mer installée par la Marine pour le corps de débarquement.

A la sortie nord-est de la ville se trouve la plage dite de Sidi-Belyoute. Cette belle plage longue de 3 kilomètres est le rendez-vous de toute la population cosmopolite de Casablanca et sert de champ de courses à la Société sportive créée en 1908.

Au sud de la porte de Bab es-Souk, à 200 mètres des remparts, se trouvent le cimetière catholique de la colonie européenne et celui, un peu plus vaste, construit par ordre du général d'Amade pour assurer une sépulture digne d'eux et de la France à nos tués et à nos morts. Au centre a été élevé un monument en l'honneur des militaires qui ont arrosé de leur sang la terre des Chaouïa.

Le camp français actuel est situé à 400 mètres au sud de la ville, à cheval sur la piste directe de BerRechid, et est organisé défensivement ; il s'étend sur un front d'un kilomètre environ.

Au début des opérations et jusqu'au printemps de 1909, il s'étendait en arc de cercle autour de la ville depuis la plage de Sidi Belyoute jusqu'au camp espagnol situé encore aujourd'hui à 1 500 mètres à l'ouest de Bab Marrakech. Il comprenait une série de retranchements que renforçaient quelques maisons organisées défensivement.

La garde de la ville est assurée par une compagnie détachée du camp et le maintien de l'ordre en ville est confié aux polices française et espagnole conformément à l'acte d'Algésiras.

La défense de Casablanca comprend, en dehors de la ligne des camps, une ligne de défense constituée par les forts Provot et Ihler (en souvenir du commandant Provot et du capitaine Ihler, tués sous

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Casablanca le 3 septembre et le 19 octobre 1907), situés respectivement à 1 500 mètres et 800 mètres de la ville; le premier est construit à proximité de la route de Mediouna, sur la première crête du Sahel, et commande l'accès de la ville du côté de l'est et du sud-est.

Le fort Ihler, à 800 mètres au sud, intercepte la route de Marrakech. Ces ouvrages sont très solidement construits en pierre et affectent la forme d'un carré dont les côtés mesurent 20 mètres de long sur 6 mètres de hauteur. Deux bastions commandent les quatre murs entourés de ronces artificielles. La garnison comprendrait, le cas échéant, 50 hommes d'infanterie et une section de mitrailleuses.

Depuis la fin des opérations, l'importance de ces lignes de défense a bien diminué, sinon disparu, et maintenant ces forts ne servent plus qu'à abriter des disciplinaires.

Un chemin de fer Decauville, à traction animale, relie le port au camp français et, prolongé jusqu'à Ber Rechid, 45 kilomètres sud, sert au ravitaillement des postes de la périphérie reliés également au quartier général et au consulat de France par le télégraphe et le téléphone.

Enfin, un Français a organisé un service de voitures entre Casablanca et Rabat; et Casablanca, Mediouna, Ber Rechid et Settat.

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