‹ À travers la ChineChapitre 27 sur 44 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

nomades de la Mongolie ; c'est dire que la laine et le poil de chameau abondent dans le nord de la Chine ; cependant» les habitants de cette région demandent à la Russie les draps que le climat les oblige à employer en grande quantité. Le yice*roi Tso veut les affranchir de ce tribut. C'est ainsi que plusieurs métiers à tisser la laine viennent d'être expédiés dans le Kan-Sou,et qu'une douzaine d'où* vriers Allemands les accompagnent pour apprendre aux Chinois à s'en servir.

Si nous devons, comme amis du progrés, nous réjouir de cette initiative du vice-roi Tso, nous devons, comme Français, regretter de voir passer dans les mains d'une autre nation, ce rôle d'initiation qui avait été jusqu'à présent notre unique et meilleure raison de conserver en Chine quelque influence.

J'ai dit quelque part que la France n'y tenait pas la place à laquelle elle a droit, et j'ai «goûté qu'il y avait à cela beaucoup de sa faute.

Les causes en sont faciles à indiquer.

11 n'y a point en Chine, de politique française ; nous sommes, à Péking, des comparses, toujours prêts à ré-^ pondre Amen à tout ce que disent les premiers rôles : l'Angleterre, l'Amérique et la Russie, et peut-être bientôt aussi, l'Allemagne. Ce n'est cependant point notre diplomatie qu'il faut rendre responsable de cette triste situation. C'est nous-mêmes, c'est l'indifférence et l'ignorance de la France pour les questions d'influence extérieure lointaine qu'il e« faut accuser. Comment nos agents prendraient-ils une attitude résolue et une initiative qui pourrait éveiller la jalousie des autres puissances ? Ils savent qu'ils ne seraient ni soutenus, ni suivis» ni même compris. Ils se tiennent sur la réserve, et chaque jour, nous perdons quelque reste de cette influence française qui fut, il y a deux siècles, prépondérante en Chine,

424 A TRAYERS U ClirSE.

Pour reconquérir cette situation, il faudrait nous convaincre que la Chine e^t un grand pays habité par un grand peuple que nousavons tout intérêt à ne point dédaigner. En nous préoccupant un peu plus de ce qui s*y passe , nous rendrions à nos agents diplomatiques assez d'assurance pour rétablir à l'égal des autres nations notre part légitime d*influence ; en Tétudiant davantage, notre commerce apprendrait qu*il y peut rivaliser avec celui de TÂngleterre. Ce nest point par le dédain et rindifTèrence que Ton rapproche les peuples, et que Ton dissipe les malentendus.

Pendant sept ans j*ai consacré tous mes efforts à apprendre aux Chinois à connaître et à aimer la France ; de retour dans mon pays, je croirais encore lavoir servi, si j'avais pu contribuer, dans la mesure de mes forces, à faire rendre plus de justice aux Chinois, en les montrant tels que je les ai vus, sans complaisance pour leurs défauts, mais sans parti pris contre leur qualités, comme il convient de juger une grande et vieille nation qui, après avoir longtemps sommeillé, se réveille enfin, et se prépare à reprendre sa place dans le monde politique et économique.

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