‹ À travers la forêt brésilienneChapitre 3 sur 71 · MINISTRE PLÉNIPOTENTIAIRE · texte numérisé non relu

MINISTRE PLÉNIPOTENTIAIRE

Ma piété filiale te dédie cet ouvrage. Heureux serais-je^ s'il te permettait de revivre avec une émotion agréable dans ces contrées enchanteresses oit se sont écoulées quelquesunes des plus belles années de ta vie.

Ma reconnaissance ne saurait oublier que c'est toi le premier qui, dès ma prime jeunesse, sut m' ouvrir le livre de la Nature. A ta suite et en ta compagnie, f appris à admirer la physionotnie séduisante et mobile de la Grande Forêt Priîuitive. Partout fy vis se refléter avec -un indicible charmée le divin sourire de V Eternelle Beauté.

ÉMiLE-R. WAGNER.

PRÉFACE

Balzac, qui bien souvent s'est plu à inventer des personnages afin d'incarner des idées, et qui les jetait dans la vie avec la mission de proclamer quelque doctrine, venait d'atteindre sa quarantième année quand il écrivit Z. Marcas. Un des deux étudiants qu'il avait plantés auprès de son héros, à seule fin d'obtenir les répliques d'un dialogue, s'écriait avec amertume : « Je déserte la France où Ton dépense à se faire une place le temps et l'énergie nécessaires aux plus hautes créations. Imitez-moi, mes amis ! Je vais là où Ton dirige à son gré sa destinée... »

Ce que Balzac disait à ses compatriotes, en 1840, Gœthe Tavait crié aux siens, dès le début du siècle. Tourné vers l'Angleterre, qu'il montrait comme exemple aux jeunes hommes de son pays, le poète allemand clamait : « Regardez par-dessus vos frontières, et voyez ce que font les autres nations, pour apprendre ce qu'il faut faire. La ratiocinante Allemagne s'enlize dans son moyen âge, et se noie dans les théories. Elle va périr, si vous ne changez pas. Comprenez mieux l'urgence des temps nouveaux. Etudiez moins, discutez moins, raisonnez moins, agissez davantage. Sortez de chez vous ! Il y va de l'avenir, pour la patrie allemande. »

PREFACE

Ce n'est point là une traduction textuelle de Goethe, mais un résumé de sa thèse. Faut-il croire qu'elle fut entendue, ou simplement que les besoins de l'existence, plus éloquents encore que les discours du poète, ont transformé l'esprit de l'Allemagne ? Sans doute Tinfluence de Goethe n'a pas eu, dans cette transformation, le rôle primordial qu'on voudrait lui prêter : une force plus puissante que la sienne agissait en dehors de lui, autour de lui, sur lui. Les poètes ne sont que les porte-parole de leur race et de leur époque ; ils formulent les aspirations latentes du peuple dont ils sortent, mais ils ne les suscitent pas et ils n'apportent rien ; avant d'autres, ils pressentent ce qui va être, ce qui doit être, et ils l'annoncent, avec un air de l'inventer ; sous les vagues lueurs d'une aube qui commence à poindre, ils discernent les formes d'un avenir qui monte et qui est nécessaire ; parce qu'ils l'appellent dans l'instant où il se dégage, on imagine qu'ils le créent. Mais leur voix serait sans portée, si elle n'était pas la voix même des hommes auxquels ils s'adressent. Le poète voit en avant, et va devant; il est un précurseur, bien plus qu'il n'est un guide, et son verbe ne sera efficace que s'il intervient pour traduire les vœux et les besoins de ceux auxquels il parle.

Quels vœux et quels besoins ? — Vivre ! La nature n'en connaît pas d'autres; les peuples, comme les espèces, comme les bêtes, et comme les plantes, n'obéissent, hélas ! qu'à la loi naturelle, et la loi naturelle ne vise qu'un seul but : vivre. La prolifique Allemagne avait besoin, pour vivre, de s'extérioriser ; elle éclatait dans la ceinture de ses frontières. Le conseil de Gœthe n'était pour elle que la consultation d'un bon médecin qui voit clair, et qui, diagnostiquant le m?l, indique le remède. « Allez dehors et

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