II
PREFACE
multipliez-vous ! » Cet avis que le poète allemand léguait à ses congénères, un empereur allemand, tout à l'heure, allait le reprendre à son compte pour le traduire à sa manière : (c Notre avenir est sur la mer. »
Ce qu'a pu donner cet effort unanime d'un peuple sans scrupule, mais âprement discipliné, vous nous l'avez montré, monsieur, dans votre premier livre. Avec un intérêt passionné, et non sans épouvante, j'avais lu votre ouvrage U Allemagne et r Amérique latine. Sous votre conduite, j'avais suivi ce labeur patient et sournois, cruel et fort, impitoyable, d'un espionnage industriel, systématiquement agencé, comme le reste, qui partout guette les besoins locaux afin d'y pourvoir sans délai par une fourniture allemande ; cette invasion froide et sûre qui progresse à Taide du commerce et des lois, s'installe chez ses hôtes comme Tartufe chez Orgon, comme Taraignée sur sa proie, et les suce, pompe leur vie, se délecte de leur sève, s'engraisse de leur sang, vit de leur mort organisée.
C'était pitié pour nous, qui vivions par delà les mers, d'assister sans rien dire à ce meurtre lointain, à l'expropriation méthodique d'une race vers laquelle nous attirent tant d'affinités morales, des sympathies si vieilles, des origines communes, et le même idéal. C'était pitié, pour vous, qui viviez là, d'avoir à contempler de si près cette progression du microbe teutonique, dans les contrées bénies dont vous adoriez la splendeur et dont ce mercanti convoitait la richesse.
Ce drame, si moderne par ses visées pratiques, devait prendre à vos yeux un caractère presque biblique, par le cadre où il se déroulait : dans le décor d'un Eden radieux, que les siècles avaient respecté, dans une lumière de joie,