LE DOUAR
C'est dans 11110 carriole couvortp en planches, -AM'i- (It'iix bniKUD'tlcs, l'iiiK' (icv.'iiil, (|iii seil de sirgc. l'iiii- \[v au loiid de la voilure, que nous devons l'aire le voyage, (jualre-vingls kiloinèlres de caliols, de ressauts sur la route dillicile (|ui uni! Sétil à Si-lxui- Areridj. Deux maigres chevaux arabes sont attelés cl semhleni incapables d'enlever \e loui'd v«'hicule; ils y parvienneni et nous voilà ])aitis. La roule se fail gaiement, a 11 laul bien prendre son mal en |)atience, » dit mon philosophe compagnon. « el puis, ajoule-l-il.
lus A T ravi: IIS LA KARYMK
011 ne voyage pas jtoui' son agrémenl. » A midi, nous déjeunons à un caravansérail dont j'ai oublié le nom, et l'appétit, aiguisé par dix lieues de soubresauts de toute sorte, foil trouver excellent un re[)as plus copieux que confortable. 11 faut repartir, et notre voilure, que le prévoyant conducteur a eu le soin de laisser en plein soleil de juillet, est une fournaise où nous pouvons cuire tout à notre aise. Un essaim de mouches qui a élu domicile dans l'intérieur nous tient éveillés en dépit de nous-mêmes, et c'est peut-être une bonne précaution. Le parcours n'est ni ])ittoresque, ni accidenté, c'est l'éternelle plaine avec de maigres champs d'orge et de froment ; ])uis quelques collines sur les rampes desquelles poussent des pins rabougris. A cinq heures nous apercevons Si-bou-Areridj , qui n'était (ju'uii bordj ou maison fortitiée, il y a quelques années, et qui aujourd'hui se transforme et devient un village important. Après quelques ablutions intérieures et extérieures que cent kilomètres à travers la poussière et le soleil ont rendu nécessaires, nous nous présentons devant le commandant de la place, à qui nous sommes recommandés ])ar le colonel Aug... de wSétil, et aussitôt notre itinéraire est organisé, nos mulets loués pour lonle la dnrtr du voyage en Kabylie et le
LA CAUAVAM:. 1(11»
clépail fixé au Iciuleniain à (jiialre heures du malin. J.'aube blanehissait à peine Thorizon que déjà nous ('lions sur pieds, leslés d'une lasse de café exeellenl. attendant encore notre muletier et l'escorte de spahis ou khiélas qui devait nous suivre et nous protéger ; notre tnodeste caravane arriva enfin; un Kabyle amenait les trois mulets. M... monta sur Tun, j'enfourchai l'autre, et sur le troisième furent chargés les bagages, au sommet desquels se hissa le conducteur. Nos mulets n'avaient pas de selles, mais un bât grossier attaché avec des cordes qui ont souvent cassé dans les rudes sentiers de laKabylie; par-dessus le bât est [)lacé un tel lis ou sac tissé de laine et de ])oil de chameau, ayant la forme des besaces de nos paysans. Les ouvertures longitudinales servent d'étrier au cavalier, et daris le fond du sac sont empilés nos provisions, notre cafetière à esprit-de-vin et nos nécessaires de voyage. Nos bêles paraissaient vigoureuses et en bon état. Nous donnâmes le signal du départ, sidués (\(}> souhaits de bon voyage de notre liole, ([ui apparut sur le seuil de son auberge, encore à moitié endormi.
Voici Tordre de notre petite troupe : en avant niaichaient les deux spahis, puis nous venions ensuite; enfin notre Kabvle, Irès-sommaireiueiil velu diuie
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aliaïu' L'I d un capuclion raballu sur les yeux, assis entre nos malles, les jambes allongées au niveau des oreilles de la bêle, conservail un air grave, que l'emplaçail un sourire obséquieux aussi loi que Tun tie nous lui adressait la parole.
Nous partions avec l'aube, atin de faire du chemin avant la grande chaleur; à peine quelques lueurs permettaient, à ce moment, de discerner les objets aulour de nous; les cimes des montagnes se découpaient durement sur le ciel qui ])eu à peu blanchissait à lOrient ; puis les étoiles s'eflaçaient une à une devant le jour ; les sonuuets s'empourpraient alors que les vallées étaient encore dans l'ombre; entin le soleil émergeait de petits nuages roses floconneux et tout s'illuminait dans la j)lainc autour de nous, la nature s'éveillait, et avec elle les oiseaux chanteurs, les insectes bourdonnants; tout renaissait sous le regard ardent de l'astre que les Oiientaux ap[)ellenl lœil de Dieu. Je pus alors examiner nos guides.
C'étaient deux beaux Arabes, au visage pâle, encadré dans une barbe noire et peu fournie ; une grande bouche à lèvres presque noires faisait ressortir des dents blanches et écartées comme celles d'iui jeime
' Sorte (le cliL'iiiiso loiiaiu'.