I.KS KIIIKI.AS irKSCiHITK III
cliieii. Ll'liis yeux iioiis élaieiit doux cl carressauls. Ils nie ])arurenl de (aille moyenne, la poitrine large, la tèle petite, les allaclies des membres Unes et nerveuses. Ils étaient vêtus (Fim costume rouge que re-
couvraient deux burnous, I lui lilaiic à caimclion. laulre noir, agralé par-dessus. A leurs bottes de maroquin rouge étaient attachés de longs é|)erons de fer. Une corde de pitil de cliamean enveloppait cl seri'ail
I ij A TnAVi-:i;s la kaiivlii;
aiilour de leur lête le haïk blanc criinifornie. Assis dans leur selle, formée d'un pommeau [tar-devanl. à laquelle est pendue la djébira '. d'un troussequin assez élevé pour protéger les reins, et d'un siège large et commode recouvert d'un cuir jaune appelé stara. les jambes repliées dans leurs larges étriers. dont les étrivières sont raccourcies, ils cheminaient noncbalamment sur leurs chevaux qui trottinaient en relevant le pas. L'un de nos guides, Mustapha-len-Kelila , montait une bète magnifique gris de fer, à la queue noire, longue et bien attachée, et qui. mâchant le mors, semblait fiere du poids qu'elle portail.
Comparés à ces deux beaux cavaliers aux vêtements auqiles et éclatants, perchés sur leuis !'autt> x'Iles, nous paraissions bien modestes, sur nos hund)les niunturcs. avec nos vêlements étri(jués . nos nudels bridés il" une corde, résignés à leur infériorité, marchant silencieux el la tête baissée.
Pendant tout le cours du voyage, malgré mes errra forcenés, ponctués de coups de houssine, je n'ai |)u obtenir de mon entêtée monture de prendre la tête de la caravane; toujours elle s'est humblement tenue au second rang.
' Porlofeuille de peau ù noinbieuM-s pjch s.
LE DOLAi; DES MARABOUTS 115
Décrivons notre accoulremenl; il est assez singulier j)oiir mériter une description.
M... est en costume de coutil blanc rayé de bleu, en petits souliers vernis, et pour toute coiffure un élégant chapeau gris à larges bords ; on dirait d'un gentleman qui va à une fête champêtre dans un château voisin. C'est dans ce costume qu'il se proprose de faire !e tour de la Kabylie, bravant les ardeurs du midi comme les brumes glacées de l'aube. Moi, qui suis homme de précaution, je suis vêtu plus chaudement : une ceinture de laine dans laquelle est passé un de ces jolis couteaux de Bouçaada, me serre les reins ; un burnous est placé devant moi sur le col du mulet; de grandes bottes préservent mes jambes et un vaste chapeau kabyle (modhel), présent d'un aima ble magistral de Sélif, abrite mon front. Ce chapeau, d'alfa tressé, orné de plumes d'autruches et de houppes de soie, a la dimension d'un parasol. Aussi suis-je à l'abri des mordantes caresses de Pliœbus. Enfin, j'ai une ombrelle doublée de vert, dont un de nos spahis s'empare, pour m'alléger, et qui lui servira plus dime fois pendant la roule.
Le pays (jue nous traversons est une vasle plaine, cultivée tant que nous sommes dans les environs du
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village; mais à mesure que nous avançons, les cultures sont plus rares et les terrains en friche plus nombreux. Nous traversons nn villaue assez bien construit et que l'un de nos spahis, qui parle un peu ce français mélangé d'italien, d'espagnol et d'arabe, qu'on appelle le sabir, nous dit être un village appartenant à la compagnie genevoise. Cette société, concessionnaire dans la province de Conslantine d'immenses terrains, a fait construire, dans les lieux les plus sains et à proximité de l'eau, des villages qu'elle a peuplés d'émigrants allemands, aisément reconnaissables à leurs cheveux blonds, à leur teint pale, à leur air doux et triste ; pauvres diables ! ils sont venus en Afrique à la recherche d'un bien-être qu'ils ne trouvaient ni pour eux ni pour leur famille dans le pays qui les vit naître, et fuyant la misère, la retrouvent, plus poignante peut-être sur la terre étrangère! On m'a dit, mais je ne prends pas sur moi de l'affirmer, que ces colonies allemandes ne prospéraient pas. De beaux petits garçons blancs et roses qui jouaient sur les portes, semblaient protester contre ces assertions; ils étaient gais, c'est bon signe. Us paraissaient vigoureux et bien portants, car ils se battirent avec acharnement pour posséder les sous que nous leur jetâmes en passant.
i.K DU lai; 1)i;s .mauauolts iir>
A quelques lieues do Si-liou-Arcridj, sur la liiiiilc de la Kabylie el à proximité d'uu petit cours d'eau où des moukères (lemuies aiabes) lavaieut, les unes, le liaïk relevé, piélinanl le linge sur une pierre, les autres le rinçant dans le mince lilet d'eau que la naïade avare
laissait couler de son urne tarie, nous aperçûmes un douar, c'esl-à-dire une réunion détentes formant une fraction de tribu. Ce douar était composé de quarante à cijifpiantc tentes brunes rayées de jaune el l'angées en cercle. C'était la première fois qu'il nous arrivait,
Jl(i A THAVEUS LA KAIiVLlE
depuis noire départ d'Alger, de reoconlrer un campement aussi considérable, et notre muletier nous dit que c'était un douar de marabouts, c'est-à-dire d'hommes faisant partie de la noblesse religieuse et qui exercent sur leurs coreligionnaires une grande et légitime influence ; ils sont pris très-souvent pour arbitres dans les contestations de douar à douar, et on les consulte sur les controverses religieuses.
Le douar possède en commun d'assez vastes terres qui s'étendent jusqu'aux confins de la Kabylie, sur lesquelles les Arabes, cultivent soit ilu blé, soit de l'orge, soit des prairies pour leurs bestiaux. Je proposai à M... de nous y arrêter, caria chaleur commençait à être violente; puis c'était une occasion, j)eut-etre unique, de voir une aussi grande réunion de lentes, au moment où nous allions entrer dans le pays kabyle et ne plus trouver que des villages. Sur un signe, un spahi galopait en avant et allait demander l'hospilalilé pour quelques heures.
Tout en avançant, nous admirions le vaste emplacement que couvrait le douar. Devant chaque tente les chevaux étaient au piquet, attachés parmi pied; les troupeaux, rentrés du pâturage à cause de la chaleur, étaient parqués dans l'espace vide laissé entre elles.
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