AKBOU SI-BCN-ALI CHERIF, AGHA DES TRIBUS KABYLES
Akboii est la résidence habiluelle de Si-Mohnmcd- Saïd, cliel" de la Zaouia de iSi-lîen-Ali-Clierir, agha (le la jn'ovince, et le descendant d'une des ])lus aiicieiiiies et des ]»liis puissMiiles laniilles de la Kabylie. Il nous allciidail; un de nos spahis él.iil all(' lui |»orler noire lettre de crédit, mais \c général II... lui avait ('crit directement, c.\ l'avait [irévenii de notre |>r(K'liaiue ai'rivé(\
Le bord) de I»en-Ali-Clierir, assis sur un nianielon eseai'|)é, est une vaste enceiulc lorliliée, de conslruclion loule Irancaisc. [.a |iorl<' csl grande ouverle. el
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SOUS le porche sont assis ou couchés les familiers de la maison. Ils sont aussi nombreux que les clienls de ce riche IJomain doni jfarle Horace. A gauche de la porte (rentrée, un pavillon est destiiié aux hôtes, et c'est là qu'on nous installe. Une cour oblongue, où lodcnl de grands lévi'iers, nous sépare d'un eoi'ps de logis, mi-IViuic^'ais, nii-arahe, dont , la façade est [lercée de lenètres, garnies de persiennes; le rez-de-chaussée se compose d'une vaste salle à manger, ornée de dressoirs; le |)remier, d'un salon licliement meublé; mais tout le cor[»s de logis intérieur est bàli. meublé et fermé à la moresque. H est lialiilé j)ar la famille de Si-Ben-Ali-Cherif qui, en bon musulman, ne laisse jamais pénéli'er un regard indiscret dans ce sanctuaiie.
Notre hôte })aiaît l)ientôt et nous accueille avec une aisance toute française. Il a unc^ belle tète, un peu bronzée, avec des traits peu accentués et de grands yeux doux et sérieux tout à la fois. Cependant sa bouche sonrit, mais en étudiant ce sourire, on s'aperçoit qu"il n'y a (pie de Taméinté et de la courtoisie. Si-Ben-Ali a rni grand aii' de dignité, que rehausse une taille élevi'e; celui (pii n'a vu (|iie des Arabes de ehisse iiderienre ne pent e()m|»reM(lre la
AJvBOIJ 2W
(lislinrLion, la noblesse do niaiiilion dos chofs de grande maison, de grancU^ tenlo, eomnic on les nomme; il en est de même des ehefs d'origine kabyle.
11 nous fit, après rechange do poignées iU' main, entrer dans la salle à manger, où était servi, à la rraii('ais(% un déiennor entremêlé de plats arabes. Là, eonlbilablenieiit assis sur {\c<> cliaises, anloni- (Tune table eon\erte de beau linge et de riclie argenterie, lions eninos bientôt oultlié nos t'atignes du malin: du bordeaux étincelait dans les carafes de cristal. Ken-Ali se contenta de boire de beau, et il eut tort, ma foi, car son vin était excellent.
L'aglia nous présenta son fils aîné, qui se mit à table avec nous. C'est un beau jeune homme de dix-hnit ans, de taille moyenne, d'un maintien froid, gracieux cependant. Ses grands yeux noirs, à demi fermés par de longs cils, encadrés de sourcils très-arqués, ses joues imberbes, sa coiffure singulière, (jui consiste en une bande d'étoffe bleu et blanc, serrée sur le liont, découvrant les tempes rasées, et retenant en arrière la chachia^ sa longue gandoura Ilot tante, lui donnent un air un peu trop féminin pour un garçon de (lix-liiiit ans. Ses mains blanches et longues, ses pieds caiidii'i's et linriiienl allacliésanx clievilles. in-
!>ô() A rr.AVKPiS LA KABYJ.IE
(litjut'iil l;i purelé de la l'nce. La famille des Si-Beii- Ali-Chei'ir, descend, m'a-t-oii dit, du Prophète par une de ses filles.
J'avais causé très-librenienl avant le déjeuner avec ce jeune homme, qui parle assez bien notre langue; à lal)le, je remarquai qu'il ne ré])ondait plus à mes ipiestions (|ue ]>ar des monosyllabes; son père, qui s'apeiTiil de monétomiement, me dil : «Veuillez Fexenser, s'il ne vous répond pas: il )i"a pas rhahitude de parler devant son père. »
Nous voulions continuel', le jour même, notre voyage, et [)oui' gagner (pielques heures aller eouelier à la Zaouia de (lliellata; mais Ben-Ali-Clieril av;iil disp(ts('' de nous el de notre lem|»s. o\ nous eédames avec plaisir à ses gracieuses instances, l.o leiideiii.iiii nous devions assister h une chasse au sanglier; célail inie siM'piise (pie le sidi jious avait ménagée; nous acceplMines sans hésitation. Durant toute raprès-midi il e.\p('(li;i ses khielas à ses amis arabes pour leur transmettre sou invit;ilion, jiendanl (pie U(»us visitions un jardin d'orangers et de grenadiers (pi"il possède non loin de son bordj, dans une vallée à Tabri des vents et des intempéries, vniie serre (diaude en |)leiu air.
INK SOir.KK A AKP.dl ^2r,l
A notre retour i\ Akljcm, nous hoiivons lu c(Mir pleine de mouvement et de bruit. Des cavaliers arrivent incessamment, et bienlot nos nouveaux amis du hordj de Beni-Mansour. le cher du hordj de Tli:i- /eiualh, arrivent à cheval, armés de leurs beaux lusils. Nous, (|ui n'avons pas d'armes, (|uelle pièlre lloure allous-iioiis l'aire au milieu de tous ces chasseurs? Mais le sidi a |)ensé à nous. Les armes ne nous mancjueroul pas. et ([ui sait? peut-être auronsnous la chance d'envoyer notre continjicnl de balhîs aux solitaires des grands bois î
La soirée se passa gaiement, en causei'ies sur les kabyles et sur le pays. La conversation vagabonde. ca[>ricieuse, tomba bien toi sur la sobriété si vantée des kabyles et des Arabes. « Us sont sobres, j'en conviens, dil ini (\{;<> chefs kabyles, mais (pinnd s'olTrc une occasion, ils se gardeni de la mancjiier. et al(»rs ils se gorgenl le pins f|u*ils peuvent. Aussi, loiiles les l'ois (pi'im kniiyle a nn (''Irauger chez Ini. voil-il aceonrir Ions les désœuvrés, amis on non, du village (pu lUiirenl un re|>as graluil. »
Les Ai'abes appellent ces parasites dos, lofa'iliens. (In nom d'un cerlnin T(^r;ril. (pii a ('"l'igé le parasitisme «Ml principe, je diiin pres<|ue en rell^irtn t\\\ ventre.
t>r)2 A TRAVEKS LA KABYLIR
et a posé Ja doctrine en quelques règles pratiques fort écoutées et fort suivies. Voici un de ses apopiithegmes :
« Que celui qui se présente à un repas de noces, « sans être invité, évite de regarder çà et là d'un air « iucerlaiu. Choisissez la meilleure place: si les con- '< vives sont nombreux, passez liardimenl sans sa- « liier |ieisoime, alin que les gens de la mariée croient (( que vous êtes des connaissances du maii , et que la (( famille du mari vous pense ami de la mariée. »
Un poëte arabe a dit de Tofaïl :
c( S'il apercevait deux galettes beurrées dans un ce nuage, il |U'endrait son vol sans hésiter. »
Les citations ne tarissaient pas; un des assistants conta une anecdote peu connue d'un adroit disciple de ïofaïl.
Un tofaïlien apprend que, dans une maison, il y a un grand festin; il accoiu'l, mais la porte est close, il ne peut entrer; il cherche, il s'informe si le maître du logis n'a pas quelque parent, quelque associé de son commercé en voyage; il est bientôt renseigné. Un des lils de la maison fait, en ce moment même, le grand pèlerinage de la Mecque, que tout bon musul-