I.i: l'A\S VL I)! KAI.AA ^jr
Nous vi>il;iiii('s la nIIIc. Mai lal»\ liiillii' où Tliésée, aillé du lil dAriaiu', ne se lui jamais retrouvé; échcveau hiouillé de ruelles élioiles, enelievèli'ées les luies tlaus les autres, serpentant à tiavers un amas confus de maisons uniformes de liauteui- et d'aspect'. Les trois (juarliers habités sont séparés par des remparts garnis de meurtrières, et la précaution n'es! pas inutile, car très-souvent il existe des germes d'hostilité entre les habitants des divers quartiers, et de même qu'une étincelle rallume un incendie, le plus futile prétexte, deux enfants qui se battent r^ivive les animosités, et ils vident alors leurs querelles à coups de fusil.
La ville, perchée comme un nid d'aigle sur sa masse de granit, qui émerge d'un immense bassin volcanique en forme d'entonnoir, rattachée à la terre par cette étroite chaussée de rochers dont j'ai parlé, (jui la fait ressembler au môle gigantesque d'un i)liare an bout d'une jetée, a unas|)cct vraiment fantastique.
Vu de la vallée, ce cône de roches, aux flancs duquel quelques sentiers abrupts ont été tracés , |)our descendre soit à la plate-forme en surplomb où se tient
' Ainsi le vpul la vieille coulmue bcrbèro.
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le marché, soit à la rivière, qiraiiciine végélaLion négaye, semble une de ces villes maudites que décril Dante dans son Enfer.
Du haut des pitons de Bogni, au contraire, cet amas de maisons blanches couvertes en tuiles rouges, surmonté d'un minaret élincelant et de quelques arbres, frênes ou peupliers, a un aspect riant et gi\acieux. Puis la vue de Timmense vallée qui s'ouvre sous vos yeux est admirable par son étendue. Dans un lointain de quelques kilomètres et que de légères vapeurs qui ilollenl dans Fair semblent éloigner encore, s'élève de la vallée profonde le pays aride, dilTicile des Beni-Abbès. Sur chaque mamelon, sur chaque plateau, on aperçoit un village blanc entouré d'une palissade naturelle d'arbres et de haies. Ils sont en vueies uns des autres et semblent n'avoir envahi les crêtes que pour se mieux voir et se porter secours au besoin. Au loin, et au pied de PAzrou-n'hour, immense pic (jui dresse dans l'é- Hier bleu sa masse rousse, souvent couronnée de neige, le village populeux d'Azrou s'étend sur une plate-forme d'un accès dillicile.
Spectacle grandiose ! l'œil se ncue dans la contemplation de ces merveilles [nmv lesquelles riiomme a si peu lait, tandis que Fespiit, suivant sa rêverie, revoit,
LKS VILLAGES DLS HEM-AliBÈS 27.9
par la puissance de rimagination, les combats livrés dans toutes ces contrées, non pour les asservir, mais pour les rendre amies. Notre guide nous désigne les villages où se lit la résistance la plus sérieuse, et dans les sentiers ardus qui y conduisent je crois voir nos chasseurs d'Orléans , comme on nommait alois les chasseurs à pied, maiclier sous le l'eu plongeant des maisons kabyles, aborder le village et s'en emparer. Je vois les deux hameaux qui précèdent Azrou et je me souviens de ce brave Ty léger, montant à l'assaut d'un pas égal, l'arme au bras, comme à la parade, sans répondre à la fusillade. On me montre deux tours ruinées (jui dominaient le pays et que les Kabyles appelaient les Cornes du Taureau, et, toutes démantelées qu'elles sont, je les revois debout, faisant feu de toutes leurs ouvertures crénelées sur nos zouaves qui grimpent, en s'aidant des pieds et des mains, tandis que nos boulets , passant par-dessus leurs (êtes, vont ouvrii' de lai'ges brèches dans les lianes de ces postes avancés. Tous ces sentiers, toutes ces pentes solitaires étaient couverts de Kabyles fuyant leuis demeures incendiées. Le moyen a été violent, mais il a réussi* Aujourd'hui, la Kabylie, confiante, tran^ quille, ne songe plus à se soulever;
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Ce l'ut une beJle expédilion que celle de 18i7, (jiii donna une idée de notre puissance, de noire l'oice el aussi de notre clémence aux Kabyles'. Plusieurs villages furent incendiés, mais Azrou fut épargné, car au moment où il allait être pris, un chef kabyle se ])résenta devant le maréchal Bugeaud entouré de son étal-major,- demandant Vaman pour lui el ceux du village el pour tous les autres chefs.
L'entretien qui s'établit alors entre lui et le maréchal , (jue le général Daumas a conservé, est curieux el digne d'être rapporté'.
« Je viens te demander Taman pour moi el les miens.
— Qui es'tu?
— L'un des chefs des lîeni-Abbès ; hier, je les excilais au combat ; c'est moi qui , plus vivement qu'aucun autre, ai repoussé les paroles de Ion khalifa Mokrani. Tout ce (pie j'ai fait, je l'avoue. xAIaintenanl, tu nous as vaincus, et, aussi franchement que je l'ai combattu, je viens te dire : Nous sommes prèls à l'obéii'; veux-tu nous accorder l'aman?
' « Nous avions bien appris, disait un chii, (jia- cV'lait folie de vous ivsistor, tant volrc puissance est grande: aujourd'hui, nous Tavons vu : notre œil est satisfait. »
— Eludes Itisloriqitcs ; Haunias, la Grande h'ibylic, page 5.
LA REDDITION D AZUUU 241
— Tu l'auras si tu le soumets à nos conditions.
— Nous sonunes clans la main ; fais d'abord cesser la poursuite et l'incendie; après, ordonne ce qu'il te plaira, nous rexécuterons.
— Je ne veux pas traiter séparément avec chacune des fractions de la tribu ; il faut que toutes viennent à la fois; alors je rappellerai mes soldats.
— Retire-les de suite; moi, je parle au nom de tous les chefs; demain soir je les amènerai tous à ton camp.
— Pourquoi seulement demain soir?
— J'ignore où ils sont à cette heure ; tout le monde fuit au hasard et de cent côtés différents; une journée sera courte pour les rallier tous.
— Et s'ils refusent de te suivre?
— Ils ne rei'useront pas. Que veux-lu qu'ils deviennent? S'ils refusaient, je viendrais seul à Ion camp et je le servirais de guide pour brûler les autres villages.
— \a donc les rassembler, je resterai encore aujourd'hui et demain dans le camp que j'occupe au pied de vos montagnes; je t'attendrai.»
Puis il fit ajouter par l'interpi'èle qu'il avail n)iiliance en ï-a |»arole, (lu'il allait suspendre sa vicloire,
éteindre les incendies, respecter les champs non encore dévastés, mais que, s'il nianquail à sa promesse, sa justice serait inflexible.
Le Kabyle partit après avoir baisé la main du maréchal, en disant :
« Si je manque à ma parole, que Dieu me lasse tomber entre tes mains et que tu m'envoies prisonnier à Paris. Demain, j'amènerai tous les chefs, ou je viendrai seul. ))
Le maréchal lait aussitôt tirer trois coups de canon, signal de la retraite. Bientôt l'on voit sortir les soldats des villages mis à sac, chargés de butin de toute nature. Ils descendent par les sentiers et vont se former en bataille dans la plaine.
Le lendemain, tous les chefs des Beni-Abbès étaient dans la tente du maréchal Bugeaud et acceptaient les conditions de l'aman. Depuis ce jour, cette partie de la Kabylic a payé exactement l'inq)ôt annuel (|ue le vaincjueur lui avait imposé.
Notre visite se termine par la mosquée princi|)alei qui^ gracieuse de loin, ne ressemble pas mal de pi'ès, à Textérieui' du moins, à une vaste grange surmontée de son pigeonnier. Cependant lui péristyle à arcades orne la farade, el des Kabyles accrou|)is en
m; ti:i;ii'. t>/r.
|U'ièi't\ (Icviinl l;i porlc Ici/jULr, lui cldiiiinil xm r;{cliel oriental. Nous rcliisoiis d'eiilrei' |)olii' ne \)[\> Iroublor les iiiéditalioiis de ces pieux seclaleiu's de l'islam, el nous approchons d'un «iroupc conipacle de Kabyles qui entoure un vieillard à l'œil inlelligenl ; sou maintien grave, sa déniaiche austère, conlrastenl singulièrement avec l'expression et la vivacité du l'egard. C'est un tébib (médecin) d'uue tribu voisine, qui donne des eonsuUations et opère en plein soleil, coram populo. Ces exhibitions ont im but, d'accroître sa renommée d'adresse el de savoir, et avec elle sa fortune dont il se soucie plus que de la gloire.
Le vieux tébib paraît attable; il parle avec douceur aux pauvres diables (pii, pour deux tsémins (cinquante centimes), vienneni le consulter. Il les rassure, les console, et ce serait [>laisir de se confiera lui, si sa thérapeutique était moins ])rimitive. En el't'et, elle se borne à trois prescrij)lions (]ui s'appliquent à toutes les maladies, selon qu'elles sont inteiiies ou externes: saigner, brûler, ou faire boire une décoction d'achéba, espèce d'herbe déj)urative. C'est un peu la méthode du célèbre docteur Sangrado, avec un élément curalif de plus, le feu. Pauvre Kabyle! as-tu la variole, la gale, la rougeole, une maladie cutanée i|uelcon(pie,
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vite trois (111 qualre piules d'achéba chaque jutir. Si lu guéris, ce qui est douteux, c'est grâce au remède; si lu meurs. Allah Ta voulu. Cet autre a-t-il mal à la tète, au foie, à la poitriue , souffre-t-il d'une pleurésie, d'une angine ou d'une hépatiste? une saignée, pratiquée à l'aide d'incisions longitudinales au col. à la poitrine, derrière les oreilles, ou aux chevilles, l'a bien vite envoyé jouir des douceurs du paradis de Mahomet. II n'est pas rare de rencontrer des hommes la loués de cicatrices symétriques qui attestent la Iréqueuce cl pcul-èli'c riuutilili' de^ saignées. Si le uialade éprouve des douleurs rhumatismales ou ner- \euses, le tébib applique, sans sourciller, des pointes de léu sur la jiartie malade, empruutaut sans doute ce procédé aux Aralio qui ]iralii|U('nl . dr> le prriuicr âge. de larges scarilicalinu^ aux jainhcs de Icur^ chevaux, jumu Imr dniincf de la vigueui'.
\oilà IdiiIc |;i science (hi li'hih aralte ou kabyle, elle lia pas exigé de longues études, et il en a trouvé le léger bagage dans la djéhiia de m)Ii [lère : mais, comme lui. p;ir xiu air grave, il a -^u inspirer la coii- (iance. ft. en Kahylie. coiume en France, la gi^avitédu uiaiiilicu cil uiiposera toujours. Ah ! j'oubliais : à ces laleiil> peu \ai'ié> le l''i)ib en juuil un autre. A l'aide
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d'une tenaille à branches recourbées, il exlrail les molaires, avec accompagnement de gencives, comme Bilboquet, mais sans grosse caisse, ce qui constitue en sa l^iveur un avantage sur cet illustre sallimlianque; le prix est le même, du reste : uu rébeïa, dix sols.
Quand nous ap[)roobàmes du cercle (radmiraleurs ou de clients qui renlourail, Topérateur, dont je legretle de ne jiouvoir transmettre le nom à la ])osl('rilé. caressait riiuinérus d'un vieux Kal»yle assis à ses pieds, avec un outil rougi au l'en, et traçait sur la peau, qui grésillait, de capricieuses arabesques. Le patient, les dents serrées, invoquait tous les marabouts de la Kabylie, espérant que son rhumatisme s'en irait, comme la graisse de sa chair, en fumée, qui montait en holocauste aux narines du sacrificateur.
M..., qui est délicat et sensible comme une jolie femme , n'en veut pas voir davantage et demande à s'en aller. Nous disons adieu à l'amin, qui nous accompagne jus(pi'au chemin extérieur de la ville, en nous prodiguant les Ibrmuh^s tie bon voyage. Nous l'eeommeneons alors, en Fescaladanl. la lude descenle de la veille, et vers dix heiucs du malin nous ari'ivons à Akhou.
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