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LE CONTEUR ARABE

Si-Ben-Ali-Clicrif. })our varier Jcs plaisirs de la soirée, nous proposa (riiilrodiiire un couleur arabe, Irès-cclèbre dans la contrée, et dont les récits, tantôt gais, tantôt dramatiques, plaisent tant aux Orientaux indolents, qui s'épargnent ainsi la fatigue de parlcjou même de penser. La proposition l'ut agréée; les cliibouques allumés, on lit entrer le conteur, (jui, laissant ses babouches à la porte, s'en vint baiser la main du maître de la maison; puis il se dépouilla de son burnous, le plia, s'accroupit dessus et attendit respectueusement l'autorisation de commencer

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son récil. Je Tobservais pendanl ce temps. C'élail un petit homme, entre deux âges, à la figure intelligente et fine, aux yeux sans cesse en mouvement. Sur un signe, il commença, et bien que je ne comprisse pas un mot de ce qu'il disait, j'éprouvai un certain [daisir à entendre cette langue, d'ordinaire si rude et si gutturale, douce et flexible dans sa bouche, je me laissais bercer à cette musique de l'harmonie et du nombre, car ce qu'il récitait était un poëme, dont la traduction ne saïu'ait donner une idée exacte' ; essayons cependant.

c( C'était dans les siècles anciens, dans un temps intermédiaire entre ra])parition sur la terre des deux prophètes, Jésus et iMohamed. Les hommes s'agitaient sous le regard de Dieu, sans prophètes pour dicter la loi qui règle le bien et le mal. Les sages attendaient, le jour et la nuit, le lever du soleil des prophètes, de notre seigneur Mohamed, l'éhi d'Allah. Ils adoraient le Dieu de Moïse et d'Abraham, et n'avaient d'autres vertus que de pratiquer l'hosjHlalité et (le pi'otéger ceux (pii demandaient l'anaya.

' .l'ai lu niio li.idiK lion iikpI ;i iikiI des contes df s Mille et Ulie iSuils; ollr nr Il sst'inl)li' en ii<Mi ;m\ paies compilatioiis de M. (iallaiid. C'est |Mini' les poeii-s aralies (|iie le ])ro\eil)e ilalieii esl \iai: Tnidlillorc Irnilltorc.

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« En ce leiin)s-là, les eiilaiils de la Iribu de Tasiii, fds d'Azliai', fils de Sam (Seni), fds de Nouli (Noë), qui sont les plus braves de lous les Arabes, élaienl gouvernés par le roi Jmlik, qui régnait aussi sur la tribu des Djadicides, descendants de Djadi, (ils d'Anis, lils (^Azllar^ Ces tribus, de souclie connnunc. étaient sœurs, elles campaient dans le Yamainali', et étaient puissantes. Imlik, enivré de sa iorce et de son pouvoir, se livra à tous les excès de la tyrannie la plus odieuse.

a Une femme djadicide alla implorer sa justice contre son mari qui, en la répudiant, voulait garder la lille issue de leur union. Imlik ordonna de vendre, comme esclaves, la femme et le mari, dans des tribus différentes, et de donner au mari le cinquième du prix de la femme, et à l'épouse le dixième du prix du mari; le surplus devait entrer dans les coffres royaux, la jeune (ille fut réservée pour son harem. « La femme indignée improvisa ces vers :

« Nous sommes venus demander justice, ô roi des « Tasmides, et une sentence injuste a élé rendue « contre nous.

' Ploléméc parle des Djadis, qu'il uoiuuil' Jrtitidaï. - Le pays qu'arrose rVémen.

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« Je le jure par Marie, o roi! lu as rendu un juge- « menl inique, tu ne sais ce que c'est que la justice.

u Je me repens d'en avoir appelé à ton autorité, « mais à quoi servent mes regrets? Comment remédier « à mon malheur ? »

« Ces v^'s irritèrent Imlik, qui, pour se venger, frappa d'un impôt ignominieux toutes les femmes djadicides qui se marieraient désormais. Le tribut fut payé jusqu'au temps où se maria Ofayrah, fdie d'Ofar, et sœur d'Aswad, chef parmi les Djadis.

a Ofayrah refusa de payer l'impôt, et l'œil en feu, échevelée, furieuse, environnée de la foule des femmes, elle parcourait les tentes en excitant les Djadicides à la vengeance ; elle répétait dans les tribus les vers inspirés par son indignation :

« Non, il n'est rien de plus avili que les Djadis! ils « laissent insulter leurs fiancées, leurs épouses! [Yi- « tes! l'homme de cœur quia fait ses présents à sa u fiancée, qui a payé le douaire, peut-il consentir à u lant d'ignominie?

a Oh ! la mort, la morl, plutôt que de laisser ou- « trager l'épouse (pi'il a choisie!

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a Mourez donc en gens de cœur, ou bien assassi- « nez voire ennemi; allumez, secouez les mille bran- « dons de la guerre !

a Ou bien fuyez de ces contrées, allez cacber votre c( boute au milieu des déserts, et périssez de misère.

« Ab ! le trépas est plus beau que le séjour au mi- « lieu de vous, dans l'abjection et la souffrance !

« Après de si grands outrages, si la colère ne vous <( fait pas bondir le cœur, soyez donc femmes ; allez « vous faire parfumer comme des fdles, vous n'êtes a faits que pour porter des baïks et laver des gandouras.

« Loin d'ici celui qui n'ose s'armer contre le tya ran pour laver dans son sang la pudeur outragée des « femmes! l^oin celui qui ne sait que se pavaner et <i marcber fier au milieu de nous !»

« C'est ainsi qu'Ofayrab allumait l'indignation et soufflait la vengeance. Aswad, son frère, était puissant et aimé de ses frères : il les poussa à la révolte.

a — Enlanls de Djadis, criait-il à la mullilude as- « semblée autour de sa tente, les fils de Tasm soul- (( ils plus que nous, parce que le roi qui nous coin-

* « mande est de leur race? Renversons ce tyran, ce « sera un acte méritoire. J'ai conçu un projet qui « nous affranchira du tribut honteux qui pèse sur c< nous. Venez à moi, vous tous que le malheur a « frappés. )>

« Les hommes de la Irihu répondirent :

« — Parle, nous le sommes dévoués, mais les « Tasmides sont plus nombreux, plus forts, mieux « armés que nous.

c( — Ecoutez! j'ai le dessein d'organiser un grand « festin hors des tentes ; j'y inviterai le roi qui y vien- « dra avec ses Tasmides, et quand ils seront au mic( lieu de nous, à s'enivrer de la liqueur fermenlée, « à s'admirer dans lenrs longs vêtements de fête, sai- « sissons nos armes et égorgeons-les jusqu'au derc( nier. »

« Aswad ])répare un grand repas hors des tentes, et recommande à chaque Djadicide de cacher à l'avance un sabre tranchant, sous le sable, à la place qu'il devra occuper. Au signal d'Aswad qui fra|q)orn le roi, chacun devra massacrer un des chefs tasmides.

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ji Iiïilik fiil invité; Imlik vint ontonré de lonic sa cour. La loulc revêtue de longues tuniques s'avança en bon ordre et s'assit en cercle sur les tapis; ils mangèrent, ils burent à longs traits, et lorsque la gaieté préside au festin, Aswad se lève et renverse linlik sans vie. Les Djadicides sont armés et frappent le convive le plus voisin; un carnage affreux commence; les nobles sont égorgés, et après eux, la fonle éperdue; un seul homme échappa. 11 s'appelail Riah, fils de Mourrah. Riah s'enfnit et alla implorer le secours du lobba Hassa, roi des Himiarides dans l'Yémen.

c< Prince, dil lîiali, an lobba, nous sommes tes ce rayas; les Djadicides ont violé les lois de l'huma- «■ nilé; viens à ma parole contre ces hommes qni « nous ont tendu un guet-apens infâme. Viens , tue- « les, et il y aura pour toi glorieuse récompense; ja- « mais tu n'entendras récit d'une pareille trahison, «jamais tune verras jour pareil à celui où la Ir.iîirise a assassina les Tasmides!

« Nous étions venus chez eux, sans défiance, sans c( armes, la ceinture aux flancs, avec nos manteaux « rouges aux vertes broderies; on uous offrit uue « dilfa de mets nombreux étalés sur les vastes tapis.

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a en plein air; pnis les oiseanx de proie, les tigres se « ruèrent sur nous.

«. Viens, fonds sur celle tribu que Dieu ne saurait « protéger ni défendre. «

c< Le lobba promit son secours, réunit son armée el pnriil du côté du Djaù, où étaient réunies les tentes des Djadicides. Lorsqu'on fut à trois jours de distance, Riab dit au tobba.

« Prince, j'ai une sœur qui est mariée parmi nos « ennemis : elle se nomme Zarka-el-Yamamah (le bluet (( du Yamamah), parce qu'elle a les yeux bleus. Son « regard perçant dislingue un bomme à une distance « d'un jour et une nuit de marche. Je crains (pi'elle ((■ ne nous voie el qu'elle ne mette les Djadicides sur « leurs gardes; ordonne à les soldats de se munir de « biancbes d "arbres el de marcber deriMère.»

(( Le roi ordonna à ses soldats de suivre le conseil de Riab.

« On approcba de rVamamab, au milieu de la nuit. Zarka dont la vue est ])lus perçante encore la nuil ({ue le jour, plongea son regard dans l'obscurité el ci'ia :

u Enfants de Djadis. je vois des arbres (|ui mar-

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