BONE - LE LION — LES M'ZABITES HIPPONE L'ÉDONG
Un coup de canon lire du Titwn viiil nous avertir, M. M... et moi, pendant que nous visitions la ville, qu'il nous restait à peine une heure pour rejoindre le bord. Nous nous embarquâmes sur une yole maltaise, à la proue élevée, qui rappelle les gondoles vénitiennes, et bientôt le navire, mettant le cap sur Boue, où nous nous rendions, gagnait la pleine mer. Les passagers étaient nombreux : magistrats allant aux assises, officiers rejoignant leurs corps échelonnés sur la IVontière de Tunisie, oii l'insurrection taisait des progrès, kaïds rentrant dans leurs tribus; ([uel(|ues dames formaient une société gaie, animée, favorisés que nous étions
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par ic beau temps. Mais, au coucher du soleil, une large bande de pourpre étendue à Thorizon iumoneait que la nuit serait orageuse. Les vieux loups de mer hochaient la tèle à la vue de ce pronostic trop certain. En effet, la nuit venue, le vent sonfflait avec violence, soulevant la mer et inondant de lames le pont de notre bateau ^ il y eut un moment de confusion, et chacun chercha un abri dans le carré des officiers ou les cabines ; il y eut aussi beaucoup de mal de mer. Quelques heures de malaise sont bien vite passées, et le lendemain nous entrions dans la belle rade de Bone. Je dis belle, car elle est vaste, mais elle est dangereuse, semée de rochers à Heur d'eau, que cache Tonde perfide. Nous disions adieu aux officiers du Titan, dont les prévenances et la gaieté avaient abrégé la traversée, et nous entrions dans la petite rade.
A l'entrée du port, (Ténormes roches offrent un spectacle singulier : elles accusent la forme d'un lion gigantesque accroupi, dont le fiot caresse les pattes de sa frange argentée ; il regarde la haute mer et, sentinelle avancée, semble défendre la ville. Puis toul à coup il s'etface, et ou ne voit à la place qu'il occupait que trois blocs schisteux espacés entre eux. Le
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viusseau a iiiaiclié et la vision s'est évanouie ; on voit bien les roehers f[ni représentaient cette grande ligure, mais c'est vainement qu'on cherche à en recomposer l'ensemble, il n'en reste rien. Du môle j'en prenais un croquis exact le lendemain.
A notre droite s'élève Bone, Beled-el-Huneb, la ville des jujubiers, comme la nomment les Arabes; un mur crénelé l'entonre, et comme, depuis l'occupation française, la ville a augmenté de population, elle a fait brèche à travers l'ancienne muraille, qui, en quelques endroits , se trouve dans l'intérieur entamée par les maisons. Bone, qui était misérable, s'est, grâce à nous, enrichie et relevée de ses ruines. Un a élargi les rues, en y construisant des maisons à Teuropéenne. De beaux squares garnis d'arbres se
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sont élevés, el la place d'armes est d'un aspect iurl gracieux avec sa lontaine entourée de palmiers, de bananiers et de lauriers-roses. Les maisons de cette place sont à arcades, et sur Tun des côtés se dresse une mosquée élégante, avec une coupole et un minaret où nichent des cigognes. La ville, blanche, coquette, indique l'aisance de ses habitants, français ou indigènes ; les israélites surtout sont riches, el la rue Saint-Augustin, je crois, appartient tout entière à une seule l'amille. Les marchands arabes sont, en général, fort bien vêtus : veste, gilet, culotte, d une couleur uniforme et claire, sont rehaussés de broderies de soie; une large ceinture d'un ton éclatant, un turban blanc ou bleu, complètent un costume aussi brillant que pittoresque.
La plupart des marchands sont Juifs ou iM'zabites. Ces derniers, émigrés du M'zab, ont conservé le costume arabe ])ur : le liaïk, la gandoura ou la culotte à vastes [dis, les jambes nues et le turban roulé eu cordelettes'. Les Juifs portent toujours le turban noir qui leur était imposé du temps des Turcs.
' Le liaïk est un petit burnous à capuchon; la rjmidoura iiiie longue elicuiise sans manches, souvent brodi'c de rouge
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OuL'l(|ues rues clmiles, Lonlées de maisons inaiilesques, lenicriuciil loiil le commerce iiuligèiie. Les artisans, cordonniers, laillem's, bijoutiers, lorgerojis. sont accroupis dans de petites boutiques sans leiiètres, el travaillent sur le seuil.
(.es luarcliaiids d'élotTes, d'objets de sellerie ou de cpiiiicailierie, presque tous M'zabites, ont des magasins un |)i'ii plus vastes, où sont enq)ilc'es pèle-mcle le,> marcliauilisL'S les plus disparalcs. Les M zabites.
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Berbères d'origine comme les Kabyles, habitent dans le Sahara quelques villages , dont le principal se nomme Gardiao, et dont l'ensemble forme Toasis des Beni-M'zab. Une partie de la population s'expatrie et va s'établir dans toutes les villes de l'Algérie, pour s'y livrer au commerce. Dans chaque ville, ils se réunissent, se groupent dans un quartier, pour se protéger mutuellement, se constituent en corporation, avec un chef, dit amin, nommé par eux. A Alger, autrefois, ils avaient le monopole de certaines industries, telles que bouchers, meuniers, baigneurs, comme les émigrants de Biskra, appelés Biskris, sont portefaix ou conducteurs d'ânes. Ce sont les Auvergnats de l'Afrique; chaque année, quelques-uns d'entre eux retournent au |>ays, qu'ils n'abandonnent jamais sans esprit de retour, pour y placer les économies faites dans le commerce avec le chrétien.
Les M'zabites passent parmi leurs coreligionnaires pour être austères, laborieux, loyaux en affaires ; ils suivent une religion un peu différente de celle des Arabes, car ils n'admettent pas la tradition, la Souniia. cl ne croient qu'au Koran. Les Arabes les appellent les Krouaredj, les sortants, parce qu'ils se sont placés en dehors de l'islamisme.