‹ À travers la KabylieChapitre 51 sur 70 · CHELLATA. — FEMMES ET HOMMES KABYLES · texte numérisé non relu

CHELLATA. — FEMMES ET HOMMES KABYLES

Le luajordoine de si Ben-Ali-Clierit' nous avait précédés à Cliellala, et quand nous rentrâmes à la maison, un vrai sou[)er arabe était servi, avec des galettes leuillelées et chaudes en guise de pain , des mets lortements épicés, du leben cojnnic boisson calmante, et enfin le kouskoussou obligé au poulet. Tout ce que le village renterme de notable soit comme noblesse, soit comme guerrier, nous lit l'iiomieur, assis en rond autour de nous, d'assister à notre repas, sauf à

."502 A TllAVKi;s LA KAUVLIK

manger ensuite, sans grantle laron , la desserte de notre table.

Du calé maure exquis nous lut olïerL à la lin du re[>as, et le majordome, avec Tantique politesse arabe, qui s'est perpétuée en Espagne, nous présenta la cigarette, après l'avoir alknnée lui-même à un brasero. Cet usage de toucher de ses lèvres une cigarette qu'un autre doit fumer est peut-être très-vénérable, mais je trouve qu'il manque de propreté.

Après une nuit troublée par les aboiements des chiens kabyles, qui se répondent et s'appellent de loin, nous nous levons au point du jour. Tout est en mouvement déjà dans le village, les troupeaux se rendent au pâturage dans la montagne, conduits par de jeunes enfants. Les hommes se répandent dans la canq)agne j»our s'y livrer à leurs travaux. Les femmes restent à la maison, entre ces quatre nuu"s enfumés, dont tout le mobilier se compose de nalles, de grandes jarres de lerre, contenant le beurre ou le lait, et d'immenses ])aniers destinés à eid'ermer le grain. Les femmes kabyles ne suivent jamais leurs maris quand ils vonl en fête ou en voyage. Riches ou pauvres, elles travaillent sans cesse, soit à tissej-, à l'aide de métiers, la laine de burnous, à préparer les aliments, moudre le

FEMMES ET lld.M.MKS KAHVI.ES r.lir.

grain, à labriquerla pâle du koiiskoussoii, à coiilectionner des poteries, grossières comme matièi'C, mais de forme singulière et originale.

La seule distraction de la femme kabyle est d'aller à la fontaine, quelquefois située dans la vallée. Pendant la durée de notre excursion, nous en avons rencontré assises sur la pierre de la fontaine, causant cl riant entre elles. Elles ne se détournaient pas à notre approche, et souvent elles nous offraient à boire avec leurs amphores aux couleurs éclatantes.

La femme kabyle jouit d'une plus grande liberté que la femme arabe. Ainsi elle n'est pas voilée, elle peut sortir, elle se mêle à la société, elle travaille devant sa porte, et elle ne se cache }ias à la vue d'un étranger. Mais si elle jouit d'une plus grande liberté, elle n'est considérée, par ces montagnards, que connue un objet dont il est permis de tiivr toute l'utilité possible, et que l'on peut vendre quand il ne convient plus. Aussi voit-on souvent, et cela iia rieu de vil ni (Tillégal aux yeux des Kabyles, un liouuue acheter une femme à ini prix modique, pour la revendie plus cher s'il en trouve l'occasion.

C'est là un trait de mœurs spécial aux Kabyles ; VAralx» ié[)udie l'épouse qu'il ne veut plus, le kadi

30i A TI'.AVEMS LA KAlIVLIt;

prononce le divoi'ce, mais il ne la vend pas, comme un vil bélail.

Un ne peut pas dire non plus que J 'Arabe achèle sa l'emnie, en payant une dot, |)i'esque toujours minime; il n'entend pas l'aire une spéculation; c'est une affaire d'amour-propre et non d'intérêt. Une dot en bijoux, en riches vêtements est toujours stipulée, la femme en a la jouissance immédiate et exclusive. C'est uile oloire pour le mari de montrer sa jeune épouse, encore voilée, à ses parents, à ses amis, parée comme une chasse et pliant sous le poids des bracelets, des anneaux d'oreilles, des colliers, diadèmes, ferronnières de diamant, etc. La dot en argent est remise au })ère, au kadi si l'épousée est orpheline, qui n'en sont que les détenteurs, et qui (lev)-(jnl la icndre à la renimc, s'il sui'vienl une l'é- |)udiatioii ou si elle reste veuve; c'est une ressource pour ses vieux jouis, (jue le Koran, dans sa sagesse, lui a réservée, el encoïc laul-il ipie le divorce nail pas été prononce'' conlrc elle, ensuile de griefs articulés et ])rou\(''s p.ar le mari.

I,a Icnnuc n"en esl pas moins, il l'aul le rece nn;iili'c. d;ms un étal social inlericui' chez les mnsnljnaiis, cl cela, je pense, (sl dn en parlie à la l'a-

Page 1