‹ À travers la KabylieChapitre 59 sur 70 · I.\ IMiTIKIiK DIFRRAOUNEN oôT · texte numérisé non relu

I.\ IMiTIKIiK DIFRRAOUNEN oôT

moins pauvres, et leur visage grave inspire nn air de calme satisfaction. Les enfants sont moins sauvages ; ils s'approchent et nous disent bonjour avec bonne grâce. Au bruit de nos chevaux, les portes s'entr'ouvrent, et les têtes ap]iaraissenl pour nous voir jiasser.

En Iraversant Iferaouencn, nous nous arrêtâmes devant une vieille femme qui façonnait des vases en terre, à double et triple récipient, dont l'usage est assez difficile à comprendre. Elle nous offrit quel(jues-uns de ses produits si singuliers de formes, si étranges de ton. J'achetai une gargoulette double peinte en jaune, bordée de rouge et tigrée de noir.

Je remarquai, pendant la conclusion du marché, cette vieille décrépite qui semblait vouloir lutter de singularité avec sa marchandise. Elle était aussi peinte que ses pots. Une couche de rouge violent s'étalait sur ses joues et faisait ressortir davantage les tons d'ivoire de son front. Ses yeux entourés d'un cercle de hennah, ses sourcils charbonnés grossièrement, ses lèvres rougies, son menton, ses narines, ses tempes, illustrés de tatouages bleus, faisaient de cette femme la plus drôle et la plus laide poupée qu'on puisse voir. Ajoutez à ce portrait un lurban noir d'où sortaient des chaînes, soutenant d'énormes boucles accrochées à

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ses oreilles, un haik sale el Iroiié qui flottai l sur son corps maigre, et vous aurez une fail)le idée de cette variété du genre macaque.

A la sortie de ce village, nous suivons un sentier bordé de champs d'orge, où des Kabyles, tête nue, sous le soleil brûlant, fauchent les épis. Ces hommes si simples, dont l'attitude énergique et lière rappelle

ASTlJr.K DKS KABVIJ'.S r..V.)

le souvenir de ces anciens berbères qui, depuis des siècles, combatlenl, pro aris et focis, contre leurs envahisseurs, aujourd'hui soumis, nous saluent d'un geste amical, et s'inloimenl, d'un mot, du molil' de noire voyage ; puis ils reprennent la laucille ji dénis de scie, et se remettent au travail.

J'ai parlé de l'énergie de ce peuple que la civilisation n'a pas encore entamé, et qui, jaloux de son indépendance , a , pendant vingt ans , lenu nos armées en échec. Je parlerai bientôt de ces expéditions de 1840 à 1857. Mais je veux citer ici un trail singulier qui remonte l\ 1854, et qui donne la mesure de l'inflexible volonté et de l'astuce de sauvage des Kabyles.

En 1854, un Kabyle de la Iribu des Frekat, jeune homme de dix-huit ans tout au plus, se présente devant le chef du bureau arabe de Dra-el-Mizan ', et raconte qu'il vient du milieu des tribus soulevées parBou-Bar'Ia. dans l'inlenlion de luer ce cherif, mais que n'ayanl pu réussir à l'approcher, il a tué un de ses lieutenanls, et qu'il s'est enhii. Il sollicile une récompense. Le commandant lui demande la preuve de son assertion.

La preuve, répond le Kabyle, la voilà! et enli-'ou-

' M. lo rolonel l!(;m|ir('lrp, liu'' en juin 18G4, (l;ins l;i derniôro insurreclion siiiilcv('c (l;iiis le Sud, p.ir Si-ll;uii/;i.

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Yrant son burnous , il montre une telo réccmmonl coupée, défigurée déjà.

Ce récit fut fait avec un accent de sincérité qui n'éveilla aucune défiance. Le jeune Kabyle fut complimenté, et la tête enterrée.

Profitant de la crédulité du roumi, le Kabyle, dans un but ignoré, se mit à accuser les cbefs de sa tribu d'entretenir le dérouïche Bou-Barla , riiomme à la mule, d'argent et de munitions, et il colora son récit de tant de détails précis, que cbacun y crut. Le commandant manda les cbefs à son bordj, et leur reprocba leurs menées avec l'ennemi des Français. Les Frekal prolestent avec énergie contre cette accusation, peutêtre vraie au fond, et offrent des otages de leur sincérité.

L'accusateur est amené et répète ce qu il a dit. Les chefs Frekat le reconnaissent alors pour im raccoleur de Bou-Bar'la, et racontent qu'il y a buit jours il a emmené avec lui un bomme marié de la tribu |)our en faire un soldai, disait-il, mais en réalité j)our l'éloigner de sa fenmie.

Le commandant pressent un crime odieux. Il fait exbumer la tête, et les Frekat n'bésitent pas àreconnaî- Irele pauvre mari, embauché pour le compte du cherif.

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