‹ A travers la littérature (volume 2)Chapitre 1 sur 14 · JESUS-CHRIST · texte numérisé non relu

JESUS-CHRIST

'est le rêve, pour beaucoup d'hommes, de se survivre dans une œuvre qui parlera d'eux aux générations lointaines. Ecrivains, poètes, artistes, généraux, une même ambition les anime, le désir de la renommée etde la gloire, par lesquelles ils triompheront de la durée et vaincront les outrages du temps. Dante, aux débuts de son extatique voyage, aborde les rivages maudits de l'Enfer; et, du fond des ténébreux abîmes, des voix plaintives montent

(i) Jésus-Christ, par le R. P. Didon. 2 vol. in-8, chez Pion.

jusqu'à lui : ce sont les damnés qui le supplient de renouveler leur souvenir parmi les vivants et d'entretenir leur mémoire sur la terre. Traduction caractéristique de cette aspiration à l'immortalité qui est inhérente à notre âme. Mais qu'ils sont rares, ceux-là dont les siècles se transmettent le nom illustre et dont il reste un indestructible souvenir ! Une élite seule échappe aux retours offensifs de la fortune comme aux agressions de cet ennemi implacable, le temps, ainsi qu'à cet artisan plus redoutable encore de l'oubli, je veux dire l'ingratitude humaine.

Mais de quelque splendide auréole que soient entourés les noms de ces privilégiés, ils pâlissent devant le nom de Jésus- Christ. Leur renommée nous rappelle qu'ils ont vécu; c'est parmi les morts qu'on les cherche; c'est vers leur tombeau qu'on se retourne, quand il s'agit de connaître ce qu'ils ont fait. Jésus n'a point seulement été : il est. Son action n'a point seulement laissé après lui des traces plus ou moins lumineuses; il agit encore, toujours présent au milieu de nous, toujours victorieux de l'espace comme

de la durée. C'est donc d'un Etre vivant que le P. Didon vient raconter l'histoire aux hommes de notre pays, au déclin de ce dixneuvième siècle qui a été traversé par tant d'événements, animé par tant de nobles espoirs, épris de tant de rêves, et qui, las, désabusé, vide de tant de choses auxquelles il s'attachait, descend dans la tombe, sans même qu'on puisse pressentir si le siècle qu'il enfantera nous donnera plus de bonheur et plus de gloire.

Le livre était impatiemment attendu* Son auteur justifiait toutes les espérances. Orateur, il avait prouvé que le caractère, chez lui, était plus grand encore que le talent. Dans une heure de redoutable épreuve, il avait montré que son froc de moine, c'était plus qu'un symbole — une réalité. Il avait su se taire, obéir, s'humilier. Aucuns s'étonnèrent; beaucoup admirèrent et remercièrent Dieu. Mais, ce jour-là, il avait grandi, en se faisant petit. Ce dur noviciat était bon au prêtre qui devait redire à nos contemporains ce qu'était Jésus. Il allait, de plus en plus, à l'école du Maître. Rien ne vaut cette pratique quoti-

dienne des plus difficiles vertus qu'a implantées le Christ dans le monde, pour donner de son œuvre l'intelligence vraie, pour en avoir la pénétration et en propager l'amour. Le P. Didon a dû connaître, parce qu'il est quelqu'un, les traîtrises perfides qui s'ourdissent dans l'ombre, les dénonciations qui immolent à leurs pharisaïques étroitesses d'esprit l'honneur d'un homme et même la dignité d'un prêtre. Un jour, il me disait : « Je suis aux avant-postes ».

« — k Oui, Père, lui ai-je répondu; mais, ne vous étonnez point si vous êtes^ frappé aussi par derrière. »

Le coup l'atteignit en pleine poitrine ; il fit bonne contenance. Mais il me souvient de certains articles de journaux qui n'étaient rien moins que des traits mortels, lancés par des mains qui l'auraient dû défendre. Et croyez bien que la tactique fraternelle — je parle de ces faux frères dont déjà se plaignait saint Paul — n'a rien perdu de sa science malhonnête, rien, non plus, de ses faciles succès, mais que les cœurs hauts dédaignent ou méprisent.

Donc, pendant dix ans, le P. Didon, dans le silence, dans l'étude, dans ce face-à-face austère et doux de la méditation évangélique, a étudié Jésus-Christ. Il a visité les lieux bénis qui ont porté le berceau du Sauveur et ont été foulés par ses pas. Il a vu les lacs qui furent les témoins de ses miracles. Dans le cadre pittoresque du pays natal de Jésus, la divine figure s'est révélée avec plus de netteté et plus de charme. De Celui qu'avait invoqué, pendant l'oraison matinale, la supplication filiale du prêtre, à Celui que révélaient ces paysages sanctifiés par tant de souvenirs, le cœur allait ému, consolé, réjoui, comme au contact d'une personne présente et substantiellement vivante. Les paroles du Livre vibraient encore ; les scènes du passé redevenaient une réalité quotidienne. Le commerce intime se renouait avec l'Etre disparu depuis vingt siècles et constamment agissant au milieu des hommes. Dans la mystérieuse suavité de ces heures de contemplation, peu à peu la physionomie de Jésus s'est accusée avec une grande précision ; le P. Didon essaie de la reproduire devant nous telle qu'elle l'a séduit.

IO

Il y a quelques semaines, dans le couvent de San-Marco, à Florence, j'admirais les fresques où Fra Angelico de Fiesole illustrait l'Evangile que Savonarole annonçait à ses concitoyens. Le grand orateur apparaissait, le verbe enflammé, devant la foule, lui répétait les leçons qui étaient tombées, pour lui, de ces calvaires sanglants, et qu'il avait entendues auprès de ces crèches humiliées, dont Fra Angelico avait peint sa pauvre cellule. Ainsi fait le P. Didon. Ecoutez bien ce témoin; il est plus qu'un historien; il est apôtre. Il raconte ce qu'il a vu, ce qu'il a senti, ce qu'il sait vivre, et ce qu'il a conscience d'être la Vie pour les âmes comme pour les peuples. « La mort des martyrs nous touche, disait Pascal, car ce sont nos membres; leur résolution peut former la nôtre. » C'est un martyr qui nous parle, je veux dire un témoin, un témoin loyal, sincère : ce qu'il prêche, il le pratique. Cela vaut peut-être mieux qu'un brevet de critique délivré par la science moderne.

« Je ne crois que les histoires dont les témoins se feraient égorger », disait encore

Pascal. Celui-ci est de ceux-là; sa bonne foi d'historien se prouve par sa vie de moine prise au sérieux.

Pour vous convaincre, j'en appellerais d'abord à la magistrale Introduction que la Revue des Deux Mondes a publiée dans un mouvement de généreux libéralisme auquel il sied de rendre hommage.

Le P. Didon y fait très bien voir comment et pourquoi les Evangélistes ont écrit. C'est pressés par la nécessité de leur apostolat, qui rencontrait des ennemis aussi variés que difficiles à convaincre, qu'ils ont raconté leurs souvenirs. Pour les Juifs de la Palestine, saint Mathieu démontrera que Jésus est le Messie qu'ont annoncé les prophètes et que saluaient tant de désirs et de si longs appels. Plus tard, saint Marc, secrétaire de saint Pierre, son compagnon, en tout cas, écrira son Evangile, où il mettra surtout en lumière la vie publique du Sauveur, dans laquelle les faits tiennent plus de place que les discours. C'est aux païens qu'il s'adresse et, dans un abrégé substantiel, il apporte la bonne nouvelle du Fils de Dieu, présentée dans ses grandes lignes.

L'historien plus complet, initié à la culture hellénique, sera saint Luc, qui s'imposa l'obligation de combler les lacunes de ses prédécesseurs. Il écrit en grec, et sa langue, sans avoir la pureté élégante d'un Xénophon, n'est pas loin des qualités d'un Plutarque. On Ta appelé, avec raison, l'évangéliste de l'enfance de Jésus. Il avait eu les confidences de Marie ; dans le cœur de la Vierge, où s'étaient entassés tant de trésors, et où duraient tant de souvenirs, il avait puisé largement.

Grâce à saint Luc, nous connaissons ces premières années de Jésus, si douces à l'âme chrétienne.

Bethléem, Nazareth, séjours où l'on revient par la pensée, admirant, priant, y apprenant le travail, l'esprit d'humilité et d'oraison ! C'est saint Luc qui nous y introduit, et, parce qu'il nous a gardé le Benedictus et le Magnificat, quelle reconnaissance ne lui devonsnous point! Déplus, « si Marc, dit le P. Didon, est l'évangéliste de la puissance, Luc est l'évangéliste de la miséricorde et de la bonté. » N'est-ce point lui, en effet, qui a relaté la touchante parabole du Prodigue? Enfin, saint

— i3 — Jean achève le portrait de Jésus qu'avaient esquissé ses trois prédécesseurs. En présence d'erreurs philosophiques « où se condensaient les systèmes les plus en faveur dans l'Orient, et qui menaçaient d'anéantir la personnalité du Christ », Jean — le disciple bien-aimé — établit (( la foi en Jésus-Christ, fils unique de Dieu, source de la vie éternelle », et il détermine «la vraie nature divine de Celui qui est apparu dans la chair ».

Ainsi « les trois premiers Evangiles racontent ce qui se voit en Jésus, le quatrième, ce qui ne se voit pas ». Ainsi, l'harmonie est parfaite ; le cycle historique, parcouru dans sa sublime étendue ; et, parce que chacun des synoptiques, sous l'impulsion de l'Esprit, a reproduit les traits de Jésus, tels qu'une lumière surnaturelle les irradiait à son regard clairvoyant, il se trouve que la physionomie de l'Homme-Dieu surgit de l'Evangile, très saisissante, très achevée, très originale, — étant unique — ; celle qui attire, celle aussi qui provoque la haine et la colère.

Voilà ce que le P. Didon a magnifiquement déclaré dans les cent premières pages de son

beau livre. Est-il très neuf dans l'usage de ces arguments? Il me semble que j'ai déjà lu quelque chose de semblable dans un maître livre : De la croyance à V Evangile, par M. Wallon, de l'Institut. En tout cas, ce qui est bien du P. Didon, ce sont les lignes finales de l'introduction où il nous dit la secrète ambition qui le possède de rappeler à notre société le don ineffable que Dieu nous fait par Jésus-Christ et en Jésus-Christ.

Les Viesàz Jésus se sont multipliées depuis le sacrilège et douloureux livre de M. Renan. En Angleterre, surtout, la biographie de PHomme-Dieu a été très étudiée, tant au point de vue historique qu'au point de vue moral et pieux. Chez nous aussi, les belles œuvres abondent. Il faut rappeler d'abord les sublimes conférences de Lacordaire; — cri de tendresse, jaillissant d'un cœur épris et trahissant le secret intime de toute une vie de vrai religieux. J'ai gardé un non moins fidèle souvenir à YHistoire de Jésus-Christ, par Louis Veuillot. Le rude batailleur s'y reposait de ces âpres mêlées où il frappait d'estoc et de taille ; et quelle pages exquises il écrivait,

— i5 — artiste impeccable en maniant son outil favori, la prose! Je me rappelle un chapitre intitulé : V Année douce, qui m'est resté comme un chef-d'œuvre. On ne me pardonnerait point d'oublier le Commentaire sur saint Mathieu, du P. Gratry, Y Histoire de Jésus-Christ, par Mgr Dupanloup, dont l'introduction chante comme un hymne vivant d'amour.

Mgr Bougaud a été plus original dans sa Vie de Jésus. Devant nous il plaçait le Sauveur, homme tellement parfait, qu'il en arrivait facilement à cette conclusion : Jésus est Dieu. Ecrites pendant Tannée maudite, plusieurs de ses pages n'étaient qu'un long sanglot. Mais comme elle se détachait, vivante, cette figure du Christ, de ces fonds de paysages que je retrouvais, ces temps derniers, dans les tableaux naïfs et expressifs des Primitifs ! Combien son cœur s'ouvrait large, miséricordieux, compatissant, sous l'évocation géniale de celui qui l'avait si bien deviné et si profondément scruté! Je l'avouerai : nul livre ne m'a autant ému et consolé : c'était une révélation.

M. l'abbé Fouard a repris le même thème

— i6 — — un thème qui ne s'usera jamais — qui sera toujours d'actualité, parce que toujours les âmes ont besoin de croire, d'aimer et de prier. Honnêteté scrupuleuse, exactitude précise, descriptions sobres et nettes, usage indiscutable des données historiques, telles que la science moderne les exige, intelligence droite du texte sacré, encore que, çà et là, l'exégèse souffrît de quelque froideur : voilà ce qui fait le mérite du savant livre de M. Fouard.

Le Père Didon a pensé qu'il pouvait tenter ce qu'avaient fait ses prédécesseurs.

Je dirai donc que son histoire de Jésus- Christ est écrite avec un ensemble de qualités où se manifeste l'influence de ceux-là que j'ai nommés. Orateur, il a des envolées puissantes, comme celles qui emportaient Lacordaire. Ecrivain, il a le don de ressusciter les paysages où se sont passées les scènes qu'il raconte. Dans ses commentaires, on reconnaît l'homme de la méditation solitaire, et aussi l'homme qui a la science aimante de son époque. Sur plusieurs points, le P. Didon n'a pas réalisé son beau rêve, de concilier la critique contemporaine avec la tradition évangélique.

Mais, quand, interprétant le Verbe divin, il se met en face de la génération actuelle, quelles lumineuses visions l'éblouissent ! Quelle largeur dans le coup d'œil sacerdotal! Quelle émotion vraie, contenue mais poignante, anime son récit, inspire ses réflexions et accuse, avec plus de relief, l'intensité réelle du drame religieux dont Jésus reste le héros unique!

C'est surtout dans la description qu'excelle le P. Didon. II voit et fait voir. « Au milieu de la plaine, entre la Judée et la Pérée, une longue ligne blanchâtre marque la vallée au fond de laquelle le Jourdain creuse son lit, promenant ses eaux dans une terre marneuse, chargée de nitre, qu'il ronge depuis des milliers d'années. Ce sol fouillé, déchiqueté par l'érosion, a d'étranges aspects : on croit voir de vieux édifices détruits, pans de murs, tours ruinées, débris informes de quelque ville dévastée par la guerre, le feu du ciel et les siècles. Les journées sont brûlantes, les nuits tièdes, lumineuses. Longtemps après que le soleil a disparu, une grande lueur, semblable à la voie lactée, en-

vahit le ciel du couchant, et les étoiles se laissent voir, innombrables. A l'horizon, à fleur de terre, elles scintillent comme à leur zénith, pareilles à des phares sur le rivage d'une mer endormie. Le soir, des nuées d'oiseaux traversent la vallée à grands bruits d'ailes ; le silence n'est troublé que par eux et par la voix sourde du fleuve. »

Voilà un tableau parfait, d'où s'exhalent, avec une poésie pénétrante, des impressions senties et vécues. C'est sur de si merveilleux horizons que se meut la figure de Jean-Baptiste — très fouillée celle-là aussi — comme si, en parlant du Précurseur, l'auteur n'avait pu se défendre d'un retour lointain sur luimême — esquissé, mais réel... « Lorsqu'un homme se lève au milieu du peuple et, par l'initiative de son génie ou de son inspiration, se conquiert une autorité morale prépondérante, il inquiète toujours. La nouveauté de sa parole, l'indépendance de ses actions donnent le branle aux esprits, et souvent les représentants officiels du bon ordre social et religieux en prennent ombrage : c'est le conflit inévitable entre la force progressive et la force de

conservation qui prévalent tour à tour dans l'humanité... » Est-il besoin de souligner ce qui se devine si aisément ?

Très souvent le P. Didon a ces mêmes bonheurs d'expressions pittoresques et imagées, qui font revivre à notre regard charmé les contrées orientales dont Jésus a été l'habitant passager. La trame du récit est ainsi composée : une page de l'Evangile où se suivent, avec un art très habile, les textes pris aux synoptiques, puis les réflexions qu'elle suggère à l'historien. Là encore, il se montre vrai orateur, penseur original, écrivain assez fort pour briser les mots dans leur moule natif et leur demander des significations qu'ils sont parfois étonnés d'exprimer.

Ne craignez point la monotonie dans ce commentaire, encore que, çà et là, certaines expressions préférées reviennent souvent — par exemple le mot initiative. — Un homme y parle. Sa psychologie s'y manifeste et force la sympathie. Certains blâmeront peut-être. Presque tous loueront. Les âmes fortement trempées sont rares de notre temps. Le livre nouveau sur Jésus-Christ nous en montre

une, et le spectacle en est beau et vivifiant. Là n'est point seulement le mérite de l'ouvrage du P. Didon. Il précise lui-même le but qu'il s'est proposé d'atteindre.

« L'histoire, dit-il, n'est pas seulement une narration de faits ; si elle est d'abord et avant tout une œuvre picturale, elle a le devoir d'encadrer les faits et de les replacer dans leur milieu. Tout événement est soumis à la loi du temps et de l'espace. La raison ne le conçoit qu'en le rapportant au point de l'espace où il s'est accompli et au point du temps qui l'a vu se produire... La description d'un fait n'est complète qu'à la condition de le montrer non seulement en lui-même, mais dans ce double milieu qui l'enveloppe. Il est même souvent incompréhensible et il reste inexpliqué si nous l'isolons de son cadre. Nous, continue le P. Didon, qui n'avons pas vu le Christ vivre, agir et parler, nous qui ne le voyons que dans ce qu'il a d'éternel, ne nous est-il pas permis de le replacer dans son cadre terrestre et humain, dans cette terre de Palestine qui a gardé la trace de son passage et qui a été témoin de sa vie? Nous sera-t-il interdit

de le remettre dans ce milieu social juif, parmi les hommes qui furent ses concitoyens, parmi cette foule qui se pressait sur ses pas, en face de cette société judéenne dont il encourut la colère et dont il expérimenta l'opiniâtreté et l'aveuglement?

« Non seulement je considère cette œuvre comme légitime, mais elle me paraît indispensable pour l'intelligence de la vie de Jésus, de ses faits et gestes, de ses douleurs, de la forme de ses discours...

« Je me suis appliqué avec soin à encadrer la vie de Jésus dans ce que j'appellerai son milieu pittoresque ou géographique, et dans son milieu social et juif. »

L'heure est favorable à cette entreprise. L'antiquité n'a jamais été aussi rapprochée de nous. Toutes les sciences auxiliaires de l'histoire l'éclairentde leurs splendides découvertes, et il semble que les civilisations disparues soient presque des contemporaines.

Riche était donc la veine que le P. Didon pouvait utiliser. Il s'est servi de tant de richesses, patiemment amassées, avec la maîtrise d'un savant que n'effraie aucune diffi-

culte, avec l'ampleur d'allure du croyant sincère que n'arrête aucune objection, si protégée qu'elle soit par l'apparat scientifique dont le rationalisme de notre temps aime à entourer ses critiques.

Son livre est une œuvre de foi et de bonne foi. Il lui fait grand honneur.

Il est le fruit de longues années de travail; la plus généreuse et la plus sacerdotale des ambitions Ta inspiré, celle de faire connaître Jésus à une société qui se meurt loin de lui.

Nul prêtre ne pouvait tenter cette œuvre avec plus de chances de succès que l'illustre dominicain. Sa Vie de Jésus ira aux âmes ; elle en atteindra beaucoup. Elle leur apportera la lumière et la force. Une seule en viendrait-elle à confesser que Jésus est le Sauveur et l'infaillible guérisseur, combien l'auteur serait-il dédommagé de tant d'efforts! Oui, qu'il atteigne surtout les jeunes gens, ce beau et pieux livre ; qu'il leur rende présente et efficace l'action de Jésus, afin qu'ils deviennent tout ce que l'Eglise et la France attendent d'eux. Dans sa cellule d'Arcueil, le Père

Didon recevra plus d'un aveu d'où Ton sort transfiguré et armé pour les grandes luttes. C'est que l'adolescent qui se sera agenouillé dans l'humble confession de sa faiblesse, aura été touché et converti par une page plus émue de la Vie de Jésus-Christ ! Quel est le prêtre qui ne serait heureux et jaloux d'une telle récompense ?

12 novembre 1890.

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